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dieu le silence et moi

Et l'amour, c'est où ?

Publié le par Cheval fou (Sananès)

J'ai trimé, j'ai travaillé, délavé le ciel, les nuages, l'escalier. Le tablier s'est usé à frotter l'établi du jour, à voir le soleil noircir.

L'heure est en pente raide, je piétine, glisse, m'éreinte, dit l'homme en route sur le chemin de l'âge. Entre deux sourires affaissés, il les regarde jamais contents et assoiffés de vouloir. La table toujours trop petite, jamais à leurs faims.
Le jour me lève, je cours, travaille, me glisse, m'insinue dans le flot des minutes, m'essouffle, piétine, cours, travaille, travaille.
Pas content le boss ?
Pas contente mon amour ?
Et les rires, les rires où sont-ils ? Dit l'homme assis sur un recoin aigre de sa mémoire.

Ce soir, le ciel est courroucé. Le lézard, le chat, le frigidaire, le petit frère et les trois sœurs, tous, sont assoiffés. Ils boivent, ils mangent tes heures et des quenelles, du chocolat  et des couleuvres, mais face à l'infini des désirs, ta vie est petite, si petite que tu la logerais dans une peau de chagrin. Et tu cours, tu cours, t'arrimes, t'éreintes à en faire plus et plus…
Tu  es seul sur la ligne d'horizon et le jour recule.
Le soleil est trop gris, le tablier usé. Et toi, toi tu en as assez, tu as envie de tout poser, de jeter le marteau et l'enclume, de retirer les doigts, et d'aller dormir.
Déjà au matin lundi est là, et tu as une overdose de vie. Tu veux fermer les yeux, fermer le jour, fermer la vie. Courir plus loin que Las Planas, plus loin que le Mont-Blanc, plus loin que Valparaiso, tu as de la neige dans tes cheveux, tu te sens petit, trop petit, et tes épaules sont étroites, trop étroites, ton genou est malade, tu ne veux plus courir. Les exigences sont grandes, trop grandes, et tes jours trop courts.
Tu te couches et tu te demandes.
Tu te lèves et tu demandes.
Et la vie, c'est quand ?
Et le rêve, c'est où ?

Je ne suis pas venu pour ça.
J'exige du soleil, des frites et des vagues, un horizon plus loin que les étoiles.

JMS

Publié dans Dieu le silence et moi

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Je cherche au fond de la mélancolie

Publié le par Cheval fou (Sananès)

C’est jour de fête

Mais à la bataille des pleurs, le soleil s’est lassé

L’âme à reculons, je me cherche au fond des mélancolies

La vie est un espoir érodé et le temps fait mal

La grenaille des jours écule l’avenir

C’est une heure de crépuscule enrayé

Dans un décompte qui court, qui court, qui court

Comme un enfant qui joue

Je me demande, je me demande, je me demande

Est-il trop tard ? Est-il trop tard ? Est-il trop tard ?

Il y a cent millénaires que j’attends d’être là

Mais la route est en pente

Et moi, les doigts agrippés à des ambitions inachevées

Au fond de cahiers d’écoliers qui ne retiennent plus la nuit 

Je glisse, je glisse, je glisse

Et moi comme un moineau dans les griffes de l’épervier

Je m’accroche, je m’accroche, je m’accroche

À l’amour

Et au filet des jours

Je ne rêve plus, je ne rêve plus, je ne rêve plus

Je pars

Partir me fait moins peur que mourir sans avoir tout dit

Mourir ne me fait pas peur, ne me fait plus peur

Mais ce qui m’est à faire est trop vaste pour la somme des jours

Les doigts agrippés à des ambitions inachevables

Je glisse, je glisse, je glisse

Dans les ventres des nuits

Au fond de la mélancolie

Je cherche, me cherche, te cherche

Ai-je tout dit ? T’ai-je tout dit ?

Je me cherche comme un oiseau qui se demande

Est-il trop tard ? Est-il trop tard ? Est-il trop tard ?

C’est une bataille des pleurs

C’est le jour qui passe

L’âme à reculons, au fond de la mélancolie

Je cherche, me cherche, te cherche

Encore, encore, encore, je veux courir

Je veux dépenser mes jours, sans report, sans regret

Je veux sans compter payer mes comptants de bonheur

Je veux caresser, frémir, goûter

Je veux vivre sans épargner mon souffle

 

Et tout dire avant que la nuit ne me cherche

Je ne crains pas l’intense.

JMS

Publié dans Dieu le silence et moi

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Le mot est un chiffre

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Chaque mot est le chiffre d’une réalité. La note d’un clavier d’abstraction. Un cri, une larme, un avoir, une verbalisation, une dénonciation, une prière, un terme de terre et de ciel, une encoche dans le bras du cœur, une micro cicatrice dans l’immense du regard.

Je sais l’intense. Chaque sentence est une nano brisure de conscience, une particule d’âme et de vie qui passe. Le mot est la cendre d’une réflexion, un relief du consommé, l’évacuation d’un intangible. La phrase est une addition d’arrachements de mots, de notes chiffrées, que les reniements raturent, que la bêtise efface, et que les silences  gommeront dans l’amputation des heures.

Mot après mot, pied à pied, j’avance, je chiffre, je compte, je note, je piétine, j’archive, je lance des cailloux à l’oubli. Mot après mot, comme se découd la raison, avant que vienne la nuit, je mets mon âme en ligne.

J’avance et je chiffre. Le solde de tout compte m’effacera comme l’on froisse un papier d’encre perdu dans les veines du destin.

JMS

Publié dans Dieu le silence et moi

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Bientôt dix-huit heures, et la nuit monte.

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Il joue

S’habille d’une élégance juvénile

Mon chat stagne dans une perpétuelle enfance

 

Un tic tac porte l’inquiétude de l’heure

Chaque jour je forge mes rides

Chaque jour j’apprends à  vieillir

Insouciant mon chat me regarde trahir ma jeunesse

Bientôt dix-huit heures, et la nuit monte.

JMS

Publié dans Dieu le silence et moi

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Vivre est toujours un imprévu !

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Je n’étais pas ou je n’étais rien
Peut-être habitais-je un temps mort
Quand sans langes et sans un mot
Nu comme un enfant
On me lança dans la vie.

Vivre est toujours un imprévu !

JMS

Publié dans Dieu le silence et moi

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Mon chat perd ses griffes

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Mon chat perd ses griffes

je perds confiance

 

j'arrache mes cheveux

Je déchire mes rêves

 

comme mon chat je suis en diète d'humanité

je m'isole et il en est témoin.

 

Je vis avec moi

quand je sors c'est en moi


La peur de mes peurs parfois m'effraie

un café me rassure.

JMS

 

Publié dans Dieu le silence et moi

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Elle dit

Publié le par Cheval fou (Sananès)

 Elle dit que l’hiver part en poussière

Elle hurle pour un poème qu’on brûle

Elle dit qu’à l’oubli

La joie et la tristesse meurent des mêmes douleurs

Elle pleure pour un frère qui se perd

Elle dit que l’automne a perdu ses couleurs

Elle dit qu’au loin le proche part en exil


JMS

Publié dans Dieu le silence et moi

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Dieu n'habite pas chez nous

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Tu es là

Tu es d’ici

Tu cherches…

Tu cherches en bas, tu cherches en haut

Tu cherches en toi, tu cherches en moi

Tu cherches en eux, tu cherches en Lui

 

Dans les cachots, dans le chahut, dans le cahot

Mains jointes, tu regardes les cieux

Tu cherches ici, tu cherches ailleurs

 

Mauvais adresse

Au labyrinthe des consciences

Dieu n’habite pas plus la Mecque

Qu’il n’habite Jérusalem, Rome, ou les bras de Shiva

 

Dieu habite la tête des piafs

Le rire des mouettes

Le sarcasme des fous

La larme de l’orphelin

Et le sourire des mères

Il habite la source qui renaît

La mer qu'on a blessée

La blessure refermée et le couteau qui l’ouvre

 

Tu es là, tu es d’ici

Tu cherches en toi, en moi

En Lui, en eux, en haut en bas

Tu cherches ici, ailleurs, aux cieux

 

Au labyrinthe des consciences

Tu ouvres l’encre des livres

Tu vas chez les féticheuses

Les marabouts, les liseuses de cartes

Tu visites la prédiction et le marc de café

Tu te perds dans le carcan des dogmes

 

Mauvais adresse

Dieu n’habitera jamais le fil des litanies

L’épée du conquérant, le sabre, ni le crime des djihads

Dieu habite la question plus que la réponse

Il est dans la fraternité de l’eau, de l’arbre

Le regard aimant, le pollen des fleurs

La caresse du chat

 

Il est dans tout ce que l’œil approche

Tout ce l’esprit sait

Tout ce que le savoir conçoit

Plus vaste et plus lointain que la dernière étoile

Il est atome, neutron, horizon

Première cellule et dernier né

Il est la pitié à la pointe d’une baïonnette

La larme, le printemps et l’hiver

Le contenant et le contenu

Il est dans les toujours des nuits

Les frissons de l’avant cosmos, dans l’après du temps

Taillé de démesure dans l’épaisseur du verbe

Plus large que la conscience, plus grand que le regard

Il est à taille d’univers et d’infinis

Aucun livre ne l’emprisonne

Il est

 

Au profond du sang, à l'intime du souffle

Il est l’écho qui nourrit la vie

Le cri dans la bouche du nourrisson

Les bras de l’arbre, les cheveux du vent 

Celui qui se contient jusqu’à l’infini

Qui se rêve au plus vaste de la douleur

Celui qui va au bras des mères

Qui chante dans la tête de l’enfant qui rêve

Il est feu, tempête, et chant de l’indien

Il est le verbe penser-voir-toucher-sentir-pleurer

aimer- pardonner, réunis en Un

Il est celui qui dit non

Aux fausses promesses, aux amours guerriers

Aux égorgeurs, aux inquisiteurs

Aucune prière, aucune main tendue ne lui est étrangère

 

Tu es là

Tu es d’ici

Tu cherches

Tu cherches en Lui, tu cherches en eux

Tu cherches ailleurs

Tu cherches aux cieux

Tu cherches dans le chahut, dans le cahot, dans les cachots

Tu cherches en bas, tu cherches en haut

Il n’habite nulle part

Il est partout

Il est en toi

Il n’a d’autres parures qu'amour et respect

Il est le contenu, le contenant

L’atome qui danse dans la sève, dans le sang

Dans ce qui gronde, et le matin qui vient

 

Tu Le cherches dans les cachots, dans le chahut, dans le cahot

Tu Le cherches ici, tu Le cherches ailleurs

 

Au labyrinthe des consciences

Il est ce que tu en fais.

JMS - Extrait de "Dieu, le silence et moi" - Editions Chemins de Plume

Publié dans Dieu le silence et moi

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Lettre à Armand Robin

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Se souvient-on du jamais ?
Se souvient-on de l'après du vent ?
De l'après l'hiver, de l'après la vie ?

Dans l'impasse du silence
Je vous ai rencontré un soir d'automne chez Emmila
Vos mots, comme une résurrection, encore s'allongeaient sur le blanc d'une toile 

Quelques lignes de vous ont suffi
Je vous ai lu jusqu'à l'émotion
Je vous ai ressenti jusqu'à la fratrie
Pourtant, déjà, vous parcouriez le lointain exil

L'entendrez-vous mon ami ?
Se souvient-on de l'après la vie ?
Se souvient-on de ceux qui restent, de ceux qui viennent ?

Dans mon étui de chair et de vie
J'ai du mal à savoir que vous n'êtes plus là
Vos mots Trop imagés de mort pour n'être pas présages
Sont si vivants que je les crois un peu à moi

Le saurez-vous mon ami, comme je le sais ?
Avant que je ne sois au flanc du mouvement
Aux jours kaki et aux cœurs de marbre
Vous étiez pensée habillée de vie
Vous parcouriez une lucidité habitée de mots

Se souvient-on de ceux qui vivent ?

Le saurez-vous jamais mon ami ?
Vos mots sont là comme un fleuve de vie qui coule devant mes yeux
Un flux d'amour et de désespoir
Au sang de votre verbe, je croise la dimension d'homme
J'exhume la coquille de mots qu'une conscience d'autre temps éventre
Mais rien ne change, rien n'a changé sur cette rive
Ils sont toujours là, ils ont d'autres alibis, d'autres habits
Et de l'or sans âme au cou de leurs femmes
Et l'approbation, cette putain servile qui danse à leurs côtés

Se souvient-on de ceux qui meurent, de ceux qui viennent ?
Vous êtes si proche et si loin mon ami
Vos mots sont là comme la chanson d'un monde sourd
Une rivière de cris à mon oreille
J'écoute et j'ai du mal à croire, mon ami, que jamais je ne vous parlerai

Les décennies courent et déjà, vous êtes si loin dans les contrées d'exil
Je vois la vie comme elle est, comme elle reste
Avec ses creux, ses bosses
La couleur noire de l'oubli, la lumière du cri
Et votre présence rebelle sur l'encre des papiers
Et votre présence hirsute
Que l'on extirpe de vos mots qui brûlent le silence des morts
Et votre chant de vie qui réfute l'oubli

M'entendrez-vous mon ami ?
Il y a longtemps déjà
Vous parcouriez la vie comme je parcours l'exil des possibles
Comme je parcours la douleur d'être homme quand on croit à la vie
Et que l'on se sait prisonnier d'un monde que l'avidité dévore

Se souvient-on du jamais ?
Se souvient-on de l'après du vent,
De l'après l'hiver, de l'après la vie ?

JMS

Publié dans Dieu le silence et moi

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Comme la paille sous l’avenir d’une fleur

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Comme une langue ancienne dont on arrache les mots
Comme un peuple indigène que l’on arrache à son passé
Comme une terre autochtone que l’on pille

Comme la paille sous l’avenir d’une fleur
J’avance

Comme une pendule use son temps
Comme un mémoire en pleurs
Comme un enfant traverse la poussière
Je mange ma route

Partout le rêve est pendu au poteau de la rationalité
Partout je ris d’un bonheur en pluie
Partout, conscient de la beauté du monde
je cours je marche je boitille

Comme un enfant reliquaire des mondes perdus
Je traverse le précieux
Je vais
La vie est l’essentielle liberté
La mort est un silence définitif
Je sais.

JMS

Publié dans Dieu le silence et moi

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