Territoire, homme tu te perds

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

   En quoi te suis-je différent
moi qui oublie que mon désir te cherchait
avant de savoir qui tu étais ?

 

Homme, je te regarde,
as-tu un autre territoire que celui de ton désir,
d'autres desseins que celui de servir ton ego ?

De quels a priori sommes-nous nourris,
de quelle crasse millénaire nous vient cette identité,
ce réflexe patriarcal,
cette attirance sournoise,
inavouable,
qui nous fait mesurer l'autre
dans les travers d'un paramétrage
dicté par l'estimation sexuelle ?
Qu'est-ce qui nous fait rejeter les unes
et convoiter les autres ?
Qui d'entre nous mesure l'intelligence,
la pertinence sociale d'une femme
avant de l'objétiser ?

Bien sûr, chez nous
on ne viole pas
on séduit, on jette
on possède, on trompe
on guette
on pervertit l'argument
l'amabilité
la forme,
et on espère.
Le monde est prédateur,
on se croit singe supérieur
capable de conscience
mais en nous toujours une bête sommeille.

Tu te crois pur, désintéressé
au point de te battre pour la justice,
tu aimerais être un saint,
mais toujours en toi
il y a ce chien qui oublie les serments,
la promesse faite au futur,
celle de vouloir une égalité entre les êtres.
Mais la laide ira aux cuisines
la gironde dans ton lit,
et tu demanderas à tes enfants
d'être sages,
sages comme des images,
et de te prendre comme modèle.

Tu vis tu respires tu mens
tu te mens, te déments,
et toujours cette dichotomie
où tu assassines qui tu voulais être.

Quand la bête s'éveille,
tu te surprends
à croire que le revers pardonne à la médaille.
Tu triches,
mais rien de grave si les enfants n'en savent rien.

Tu enchantes le miroir
et tu y graves le mensonge.

JMS

 

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