Comptine de l'enfant fou
"Un dieu trois
le paradis est à moi,
un deux trois
crois moi,
toi tu n'en auras pas…"
L'enfant fou ne le chantait pas,
comment l'aurait-il pu
lui qui croyait les hommes semblables
parmi la vie et les fleurs de l’invisible.
Comment aurait-il pu avec eux chanter
quand la guerre était là,
déchirant ceux qui se croyaient seuls
à avoir des droits
sur le ciel, la vérité et le pouvoir !
Jardin tristesse, l'enfant les regardait jouer
comme chiens et chats,
à je porte le drapeau,
à battre de la prière, à déclamer à la parade des vanités :
"Regardez-nous, regardez-nous bien,
regardez-nous bâtir des cimetières, des temples, des minarets,
nous sommes mandataires du ciel, l'Infini est à nous".
Comment aurait-il pu avec eux chanter !
Non loin d’eux, hors frontières, dans l’immense,
vivaient les sans ciel,
les fils et filles de la vie, les fleurs de l’invisible,
les libérés du devoir de haïr l’infidèle,
les enfants fous fidèles à l’incrédulité,
ceux qui s’opposaient à l'impérialisme des certitudes,
les libres d'identités exclusives, d’a priori et autres suffisances,
ceux qui vivaient sans haine, accueillant le ciel et la pensée ouverte.
Gambadant hors du périmètre des dogmes,
l'enfant savait que nul n'a de droit suspensif à celui de l’autre,
seule la conscience est loi quand elle ouvre sur l’éthique,
il savait, seule la tolérance rend visible la beauté des mondes.
Jardin tristesse, dans l'universalité des différences,
l’enfant fou savait : chaque vie est un univers
que seule la tendresse des regards rend habitable.
Il savait : seule la conscience de la beauté rend la beauté possible,
il savait le chemin d’humanité, et jamais ne chantait :
"Un dieu trois
le paradis est à moi
un deux trois
crois-moi,
toi tu n'en auras pas…"
L’enfant fou savait qu'en chacun
sommeillent les fleurs de l’invisible.
JMS 4/08/24
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