Le chagrin d'être homme

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Que veulent dire les mots : colère, désespoir et tristesse en cet instant où assis sur la blessure d'un cri sans écho j'enrage, pleure, maudis, vocifère, crépite comme un insecte aux ailes brûlées ! J'ai honte de savoir que des rebuts de la conscience se croient hommes et peut-être même pensent avoir été choisis par dieu pour semer la douleur ! Ne se sont-ils pas reconnus en cette femme et cette enfant, torturées et abandonnées sur le sable, en ces deux enfants de la vie ? Ne savent-il pas qu'ils ont bousculé le ciel ? N'ont-ils pas vu là deux de nos sœurs de vie, deux petites passagères de la misère et de l'incompassion qui les suppliaient ? Non, c'étaient des hommes de certitude, trop fiers pour avoir un cœur, ils ont ri comme des toreros portant l’estocade ; ils n'ont donné ni l'eau, ni le pain. Les exactions engluent l'histoire du monde. Comme en 36, aux portes des barbelés ils ont réduit deux femmes à la suffisance fielleuse de leurs regards posés sur la misère étrangère, ils les ont réduites à des couleurs de peau. Souriants et fiers, de leurs mains rugueuses et sordides pensées,  ils ont souillé, éborgné l'avenir. Y a-t-il pires criminels que ceux qui refusent aux vivants la fraternité la plus élémentaire ? Qui peut prendre un enfant et une femme par la main pour les jeter à la mort ? Quelles chapelles, mosquées, temples, synagogues, pourraient engendrer des monstres capables d'ignorer le droit imprescriptible de vivre de chacun d'entre nous ? Petite femme et petite fille, n'aviez-vous place en aucun cœur avant de rencontrer vos bourreaux ? Que le silence se taise, je veux qu'il se taise pour elles et tant d'autres que je ne sais nommer. Femmes aux corps jetés sur une photo, et vous autres, hommes aux voix étouffées, laissez-moi, à jamais, dénier aux bourreaux toute place et tout droit à se dire Homme. Je ne peux, je ne veux, les croire humains. 

JMS (Titre emprunté à un texte de mon recueil "Une étoile dans le sang")

 

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