Quand je reviendrai, mon père, ne m'oublie pas.
Là où les ventres forcés
ouvraient des berceaux sans pères
sans ciel, sans rires,
j'ai eu mal ma mère, mal mon père, mal pour vous.
Maudite soit l'humiliation,
et si le vent fut mauvais, j'ai pardonné au temps.
Quelle heure est-il, quel jour fait-il
que je m'y perde ?
La croissance des adieux vous enlève
à l'éventration du silence,
il pleut des arbres morts
pourtant, j'ai vu les cerisiers d'un printemps à Tlemcen*
et la flamboyance des fruits d'espérance,
c'était en de lointains matins, en un monde disparu.
Tout part, tout s'efface, c'est le triomphe de la mort-sure,
l'écharpe barbare du souvenir est un collier de ciel et de soie
où l'hirondelle percute mes printemps.
Il y a des chants de pierre et des voix d'ailleurs
qui cabrent l'absence.
Mère, l'anneau à ton doigt cercle les décennies,
où es-tu dans la grisaille des bonheurs oubliés ?
J'ai mal mon père, mal pour toi, pour vous,
à l'explosion des spectres,
la nébuleuse du passé n'oublie rien.
Il est un détroit où je me rejoins,
je cherche un nid où abriter mon rire,
mais il est si tard à l'horloge des vies.
Je plie la distance,
le temps s'égrène plus vite que l'espoir,
demain je guérirai
au coin d'un rire revenu.
Nous avons connu l'heure du jasmin,
quand je reviendrai, mon père, ne m'oublie pas.
JMS
Tlemcen,* ville d'oranie