Lettre à l'enfant qui dort
Tu dors
quand, dans l'ombre, dansent tant de fantômes
et de mots à l'affût d'un regret qui te parle d'eux…
Ils parlaient…
Ils parlaient déjà d'exil
avec l'air grave de ceux qui savent
le poids des douleurs que les matins portent.
Ils parlaient de l'exil des Séfarades
et de cette grosse clef en fer forgé
que le grand-oncle Isaac nous montrait
comme le chemin d'une nostalgie perdue,
qu’il nous montrait, disant :
c'est celle de notre berceau à Tolède
c'est celle de notre vraie maison.
Clef que nul ne tournera plus,
clef mythique d'un bonheur
que l'Inquisition brisa des siècles auparavant.
Viendras-tu avec moi, clef en main,
Viendras-tu chercher avec moi
la maison qui va à cette clef ?
Non, toi tu dors…
Des siècles auparavant, déjà, ailleurs,
le passé s'était fardé du poids de mille nostalgies
que je traînerai dans des bagages millénaires
y ajoutant le poids de mon présent,
ne voulant rien jeter.
JMS
/image%2F0689629%2F20230214%2Fob_be52a1_z3-clefs-en-sur-fond-noir.jpg)
In le roman "Le Vieil Homme disait" Éditions Chemins de Plume
et in : Lettre à l'enfant qui dort (2000) (épuisé)