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ils disent

Colette Muyard

Publié le par Jean-Michel Sananès

"La mer et mon amour rivalisent de couleurs. Elle éclabousse le jour de fastes phosphorés. Il embrasse le monde en ses moires marines. Je te serre en mes mots comme tout contre soi on serre le silence."

Colette Muyard "Etreinte" extrait de L'Homme soeur 2.

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Jean-Marc La Frenière

Publié le par Jean-Michel Sananès

Nous n'étions qu'un atome
sous la peau de la terre.
Nous en sommes le chancre,
la blessure, la mort.
Nous sommes le venin
qui empoisonne l'âme
et ronge les racines.
Les animaux nous fuient.
La pluie qu'on tient en laisse
finit par éclater.
Faute de survivants,
l'avenir s'étiole
sans un remords de l'homme.

Il continue de vendre
ce qu'il pille à la terre,
à fabriquer des bombes
de plus en plus puissantes,
à tricoter des chaînes
pour les fleurs trop sauvages.
Il ne conte plus, il compte
non pas les os des morts
mais le moindre caillou
qu'il peut vendre au désert,
ni les banquises qui fondent
ni les nuages qui meurent
mais le prix du pétrole
et le cours de la Bourse.
Il remplace le temps
par une grille horaire
et laisse dans l'espace
un grand vide à combler.
Au nom de la logique,
d'un drapeau, d'une idée,
d'un dieu omniprésent,
il brûle un à un
les rêves de bonheur.

Je continue d'écrire
malgré les arbres morts.
Avec mes phrases mal équarries,
la sève sémantique
sous l'écorce des lettres,
je creuse de ma vie
un sillon dans la langue
pour y semer l'espoir.

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Jean-Marc La Frenière

Publié le par Jean-Michel Sananès


Il faudra bien un jour revenir au partage, remplacer le profit par la bonté des fleurs et le prix des objets par la beauté des choses.

Publié dans Ils disent

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Jean-Marc La Frenière

Publié le par Jean-Michel Sananès

Elle a beau se nourrir de l'innocence des enfants,
de femmes traquées et d'hommes détraqués,
la guerre a toujours l'estomac vide.
L'appétit du profit est un ver solitaire.
Le capital s'est vendu à son propre néant.

Les hommes rentrent du bureau en se crevant les yeux.
Un bandeau d'apparences leur sert de lunettes,
un mensonge de foi, un mirage d'espérance.
L'oasis n'est pas dans le désert des chiffres.

Si je marche à l'envers,
c'est pour me rencontrer.
Il faudra bien un jour qu'on retourne les mots
pour voir à l'intérieur.

Ont-ils touché mes larmes ceux pour qui j'ai pleuré ?
Ont-ils vu la lumière qui traverse leur ombre ?

Pourquoi le poing tendu, le bras d'honneur,
la crosse des fusils et celle des évêques ?
Il a fallu des millénaires pour apprendre la caresse.
Il suffit d'une seconde pour tuer un oiseau.

Suant de la tête aux pieds,
mes mots attelés comme des chiens
tirent le traîneau de la phrase.
Leurs yeux s'abritent sous la laine frileuse des images.
J'arrache les portes pour faire du feu,
le bois des croix pour me chauffer.
La vérité des arbres me protège du factice.

Il faut redonner l'eau aux fleuves morts de soif,
rendre la parole aux sages qu'on musèle,
effacer de la terre sa date de péremption.

Il ne faut plus marcher vers l'est ou vers l'ouest
mais s'avancer vers l'autre avec les mains tendues,
accorder nos oreilles à la rumeur des étoiles,
que la sève renaisse dans le tombeau des feuilles.

 lafreniere.over-blog.net/

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Ile Eniger

Publié le par Jean-Michel Sananès

Le mensonge est verbeux, il étouffe la clarté. Car le mensonge ne parle pas, il vomit pour que glisse la vie. Pourrissement stérile qui gangrène la langue, il joue ses cartes truquées dans un remugle d'artifices. Il détruit le regard, abat la loyauté, tranche la parole. Le mensonge est un égorgeur. Sur ses béquilles volées il séduit la confiance. Et la tue.

Ile Eniger, Poivre bleu

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Jean-Marc La Frenière

Publié le par Jean-Michel Sananès

Plus haute

Je tiens tes mains de femme entre mes mains d'homme. Je t'aime d'une passion plus haute que d'aimer.

Un blog qu’il faut visiter : lafreniere.over-blog.net/


 

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Jean-Marc Lafrenière

Publié le par Jean-Michel Sananès

NEIGE

Loin du feu, c’est comme une autre vie, comme si les mots passaient à travers le papier. On écrit blanc sur blanc. Il n’y a plus de phrases, que les yeux ronds des bouleaux et les ailes des corbeaux. Tout l’espoir est figé dans le frimas des vitres. Il n’y a plus rien devant les yeux que le blanc du silence. La porte s’ouvre sans éveiller le bruit. On entend quelques voix derrière le paysage, l’espoir des racines dans les mains pleines de neige.


Extrait de NEIGE http://lafreniere.over-blog.net

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Victor Varjac

Publié le par Jean-Michel Sananès

J'apprendrai

J’apprendrai ton visage
sur le bout de mes doigts
et dans les profondeurs
fugitives des astres
j’emporterai si vite
ce joyau d’espérance
que le jour interdit
sans un mot de lumière
n’osera plus lever
son regard vers le ciel…


J’apprendrai ton amour
dans la soie du baiser
et comme le fleuve se mêle
à l’océan sans borne
nous plongerons nos cœurs
dans la sève du monde…
… et j’apprendrai ton corps
dans l’étreinte du sang
où les voix de la chair
à l’aube des légendes
découvrent le brasier
qu’entretiennent les anges…

Le chant des coquillages
Editions Chemins de plume

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Jean-Marc La Frenière

Publié le par Jean-Michel Sananès

Il fait un temps de balles perdues,
de ballons morts, d’enfants punis.

J’ai des trous noirs dans mes mots,
des accrocs sur le cœur où saigne la tendresse,
des cicatrices sur la page,
les yeux brûlés par les images,
les tatouages du destin sur mes biceps endoloris.

Il fait un temps de balles perdues,
de brins d’herbe brûlés,
de marguerites mal effeuillées.
J’ai des trous dans mes bas où se perd la vie,
des blessures dans la voix,
des cordes de pendu au manche des guitares.
Le museau du soleil ne lèche plus mes vitres.
Une maison de papier ne protège de rien.
Je ne suis qu’un enfant et j’ai peur la nuit
quand passent les avions.

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Jacques Danois

Publié le par Jean-Michel Sananès

Jacques Danois (entre autre prix littéraire Mention Spéciale Prix Unicef, pour "Moisson fragile", en 1995)

Je n'ai pas coutume de présenter des écrivains sur ce blog mais je voudrais dire quelques mots sur Jacques Danois, inaltérable jeune homme (né en 1927), à l´élégance rare, que j´ai eu le privilège de croiser quelques fois. C´est un être pudique dans le tohu-bohu des salons du livre, quelqu'un qui mène un combat pour la dignité humaine, un qui sourit plus qu´il ne parle. Il fait pourtant partie des témoins privilégiés du 20ème siècle, pas seulement parce qu´en des temps agités il a été grand reporter, pas seulement parce qu´il a crapahuté sur tous les continents, mais parce que sa poésie, ses romans, sont, tout comme ses actions, une suite de cris de coeur que je vous invite à découvrir, car, fort heureusement, cet homme discret a la plume bavarde. Il a écrit une trentaine de livres des années 60 à nos jours.


Je vous livre la quatrième de couverture de son recueil
"Cicatrice" (1996) :

"Ma cicatrice la plus douloureuse est le silence de Dieu dans le regard des adolescents nés sans espérance"


Extraits :

"Tu vois, tu ne ressens rien, tu n´es rien, tu n´es pas un témoin. Tu n´es qu´une oreille bouchée, qu´un oeil fermé, ton coeur n´est qu´un muscle non irrigué, tu n´es qu´un morceau de chair sur un étal de triperie. Tu n´as jamais osé fuir. Tu patauges dans la naïveté, les fausses et bonnes intentions. Tu es enrobé de clichés sentencieux, tu crois avoir vu, tu crois avoir entendu, mais ta pensée est plate comme une mangue coupée en deux.


- Seul celui qui n´a rien à dire a peur de la simplicité".

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