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et leurs enfants pareils aux miens

John Lennon

Publié le par Cheval fou (Sananes)

 

John77.jpg

 

Je pense à toi Lennon,
toi qui chantais
"Imagine les peuples, Vivant dans la paix"1,
si tu savais, comme les temps changent.

Nos utopies ont tari dans des placards de politiciens.
Partout les crève-espoir glapissent leurs aubades à la déréglementation.
Lentement, les jours engloutissent
San Francisco et sa Maison bleue.

Gilles Servat, Glenmore, les insurgés de la conscience, s’effacent.
Partout le silence crépite comme un fusil à crever les mots.
Partout la musique s’étouffe dans de vieux vinyles.
Le vieux Léo hurle encore
comme un prédicateur de mémoires troubles.

Lennon, si tu savais
comme ne rien oublier est une douleur furieuse.
Si tu savais comme dans mon crâne de petit homme
courent encore de vieux rêves.
Comme partout l’espoir se meurt.
La magie et le rêve sont éparpillés.

Lennon, toi qui chantais
"Aucun besoin d'avidité ou de faim"2,
croirais-tu qu'aujourd’hui
il nous faut encore affronter la vie et son désert d’utopies ?
Le futur et ses rêves atrophiés ?
Si tu savais, Lennon, comme la blessure est grande !

Les temps changent.
Nos enfants sont des orphelins du rêve.
Partout les tueurs d’avenir ont capturé l’espoir.
Les utopies tarissent aux coffres des financiers.

Je pense à Dylan, Martin Luther King, l’Abbé Pierre,
à l’île de Wight, à Woodstock.
A ces temps où l'on chantait
"Imaginez tous les peuples, Partageant le monde"3.
Je pense à Colette Magny, Yves Simon, Brigitte Fontaine,
Joan Baez4, Graeme Allwright, Dylan, Higelin, Areski…
Encore résonnent leurs voix.
Je pense à tous ceux, poètes fous et flambeurs d'utopie,
qui faisaient de leurs mots des chansons d’espoir.

Je pense aux soldats du cœur, aux objecteurs de conscience,
aux combattants pour les droits civiques5
en Amérique Noire, Biafra, Vietnam, Chili…
Je pense à Chico Mendes6, Dumont7,
à tous ceux qui se sont opposés aux avidités destructrices.
Je pense aux Mères de la Place de Mai8
à la lutte contre toutes les dictatures.

Je pense à toi Lennon,
toi qui écrivais à ceux qui "n'avaient pas compris la vie".
Je pense à ton mot "heureux",
à l’exigence qu’il enferme en son périmètre,
à l’intelligence qu'il renferme.

Je pense à l’Ile de Lumière9 et aux 'Boat people'.
A la flambée de conscience qui embrasa le monde
en ces temps où l’ambition d’être homme passait par le cœur
et non par une apparence certifiée grand luxe.
Ces temps où sauver un homme primait
sur l’autopromotion carnassière des élites.
Ces temps où des millions de petits épiciers
donnaient du cœur aux villes,
où les grandes surfaces n’avaient pas encore dévasté la France.
Ces temps où les travailleurs chantaient le dimanche.

Tu ne savais pas Lennon, vous ne saviez pas amis,
que si vite reviendrait le temps du martyr de la terre et des hommes.
Le temps où ceux qui paradent
au classement des grandes fortunes et aux box-offices des prédateurs,
substitueraient l’argent
aux valeurs fraternelles que vous aviez chantées.

Les temps changent,
nos utopies tarissent dans des placards de politiciens.
Des hommes pourrissent à genoux
tels de vieilles espèces animales endémiques
qui mendient leurs victuailles.
La conscience meurt dans des livres jaunis et sur de vieux vinyles.

Les temps changent,
je pense au temps d’avant la mort des utopies.
Quand les hommes voulaient changer le monde.
Quand survivre n'était pas un but.
Ce temps où l'on chantait l'amour.

Je pense, et encore, j'"imagine" le bonheur.
JMS


1 "Imagine all the people, Living life in peace..."
2 "No need for greed or hunger"
3 "Imagine all the people, Sharing all the world..."
4 David et Joan Baez son épouse, furent les porte-drapeau des objecteurs de conscience du Vietnam,
5 Les droits civiques : combats de l’Amérique Noire contre la ségrégation raciale (Dylan, J. Baez et d'autres, s’engagèrent au côté de Martin Luther King
6Chico Mendes : défenseur des forêts et des Indiens d’Amazonie, il fut assassiné par les propriétaires terriens
7 Dumont : il fut le premier en France à dire que l’eau potable était en péril
8 Les Mères de la Place de Mai : elles bravèrent la dictature de Pinochet pour réclamer leurs enfants disparus
9 L’Ile de Lumière : bateau équipé par B. Kouchner et Médecins du Monde pour sauver les 'Boat people' en perdition en haute mer quand ils fuyaient l’arrivée des communistes au Viet Nam

 

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Ça m’inquiète

Publié le par Cheval fou (Sananes)

(lettre à Monsieur Depardieu suite  mon àcoup de gueule)

Vous m’en voulez ?
Il y avait des choses à ne pas dire
J’ai été très maladroit
Mon foutoir à idées a basculé
Il y a des maux sur le plancher
C'est pas net
Je perds mes mots
Ma raison vacille
J’ai peur de la chûte
Je cherche, je regarde partout
Où est passé mon carnet d’adresses ?
Mon crayon à papier ?
Le lexique de mes certitudes ?
Ma gomme à effacer les jours ?
La logique me bouscule
Ma raison prend le large
Le temps glisse
Je ne sais plus
Ce qui ne va pas en moi
Mes chemises sont froissées
Mon épouse me regarde de travers
La fête s’est arrêtée sur le palier
Mon sapin a les boules
Le vent souffle dans mes bronches
L’orage vient
Ça craint, ça fait peur    
Ça fait du froid dans les voyelles
Ça met des glaçons dans le verbe
Et plein de vent au fond de moi
Les consonnes en dérivent

Promis
Je ne voulais pas agacer
Seulement dire
J’imagine votre jugement
Tout comme le mien : à l’emporte pièce
Et la pièce n’est pas drôle
Je sais, j’aurais dû me taire
Garder ma tête aussi froide
Que la colère que je vous inspire
J’entends le silence grincer
La pluie de glace pénétrer ce papier
J'ai froid je gèle j'ai peur
Seule la honte m'empourpre et me réchauffe
En attendant que cesse ma con-gélation
Que s’épuise votre con-sternation
Pardonnez-moi

Dites-moi que je ne le suis pas con-citoyen ordinaire
Dites-moi qu'il fait beau de Carcassonne à Nouméa

Je sais votre absence
Et l'absence de pardon me fait d'hiver
Promis, je serai sage
Je mettrai mes mots en cage
Je fais la paix
Je n’ai plus qu’à me pardonner

Et à me rappeler
Que j'aime Noël et le café
Les vieux films, les glaces à la réglisse et les tartes à la crème
Que j'aime les vieux jouets et les marrons glacés
Que j'aime quand l'hiver finit

JMS

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Ne savait pas

Publié le par Cheval fou (Sananes)

clef-de-sol.jpg

Photo PB

 

J’ai attrapé l’oiseau

L’ai mis sur du papier photo

L’oiseau n’en a rien su

L’oiseau ne savait pas

Que parfois les hommes ne tuent pas

JMS

 

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Un goût du sang sur la pointe du jour

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Obsédante
L’image d’une enfant me revient
Image funeste comme le naufrage d’un continent
Triste comme une boîte à rêves que l’on massacre

Horreur lancinante
L’image d’une enfant me revient
Un homme la tient par les cheveux
une arme contre sa tempe


et la mort qu’il lui donne

Peut-on mourir à quatre ans ?
Peut-on vivre sans son enfant ?

Il y a un goût du sang sur la pointe du jour
Et l'image d’une enfant qui revient

J’ai mal au cœur des parents
J’ai mal à l’absence des enfants

Une image me revient
Un goût du sang sur la pointe du jour
Et des enfants comme mes enfants
Et des parents au cœur comme le mien


JMS "Et leurs enfants pareils aux miens"

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À Mahmoud Abou Ramah

Publié le par Cheval fou (Sananès)

À Mahmoud Abou Ramah,*

La mort et toutes les erreurs du ciel
La vie et tous ces crimes sur les chemins d’enfance
L'espoir qui court de l'âme au de profundis de l’oubli
Partout je ne vois que des tombeaux
Où est l’homme qui se voulait debout ?

Écoute Mahmoud, j’entends gémir la conscience.

Au grand bazar du ciel, je cherche la pitié, la justice
La compassion, le pain et le rayon amour
Partout pullulent les Amin-Dada,  Himmler, Torquemada*
Enver et Talaat*,  Staline,  Custers, Nivelle     
Et autres bouchers qui salissent l’Histoire

Écoute Mahmoud, j’entends les hommes pleurer.

J’ai une mémoire Arménienne, Rwandaise, Tutsi
Juive, Cambodgienne, Indienne
Je sais la douleur des tiens
Chaque matin j’appelle les enfants disparus
Mais les mots, leurs noms, explosent.

Écoute Mahmoud, le ciel tangue sous les assauts du vide.

Le ciel bascule comme un épervier sans visage
Le ciel nourrit des anges perfides 
Les dieux sont en campagne, ils bradent
ils vendent la foi et des rasoirs, des prières et des bombes
Ils troquent conscience contre territoire, ventres de femmes contre plaisir

Écoute Mahmoud, la voix des frères déchirés

En terres lointaines, je cherche les tribus
Partout le dieu goudron les a chassées
Les fils de bonne conscience ont pris leurs terres
Les marchands arabes ont vendu les hommes
Les blancs s’en sont servis

Écoute Mahmoud, partout les sermons éduquent au meurtre.

Le ciel est désert. Dieu est ailleurs
Ses héritiers sont capitalistes, barbus hermétiques ou croyants sanguinaires
Ses fidèles sont à l’église du loto
Ils misent leurs espoirs sur papier chiffré
L’hostie des prières s’arrose au champagne

Écoute Mahmoud, j’entends gémir la conscience.

La mort et toutes les erreurs du ciel courent
sur des chemins de vie où je piste la vertu
Partout la mort et toutes les erreurs du ciel dépravent le bonheur et l’amour
Peut-on grandir sans justice ?
Vivre peut-il se faire sans bonheur ?

Écoute Mahmoud, j’entends mourir la conscience.

JMS "Et leurs enfants pareils aux miens"
______________________________
* Mahmoud Abou Ramah, militant des droits de l’homme poignardé à Gaza, miraculeusement rescapé (source « Le Nouvel Observateur avec AFP »)
**Amin Dada : dictateur africain  -  Himmler : bras droit d’Hitler, maitre d’œuvre de la solution finale - Torquemada : inquisiteur espagnol  - Enver et Talaat : massacreurs d’Arméniens - Nivelle : boucher du Chemin des Dames, guerre de 14-18 - Cortez : conquistador massacreur d’Aztèques - Staline : déporta au goulag des millions d’innocents  - Custer : massacreur d’Indiens en Amérique du Nord


 

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La prison est-elle la maison des poètes ?

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Angye Gaona

Parfois les grands inquisiteurs bâtissent des rumeurs pour tuer les peuples
Parfois l’intérêt supérieur des morales inférieures est de tuer la vérité
Parfois les petits accusent leurs chiens de la rage pour pouvoir les tuer
Parfois les puissants accusent les poètes pour tuer les consciences

Souvent l’oiseau de la conscience est au bout d’un fusil
Souvent le chancre de l’ambition enfante des serpents
Souvent par crime la morale efface sa culpabilité
Souvent détruire est plus facile qu’avouer

Il est des pays où cisailler le chant des oiseaux est une fête
Il est des pays où faire taire un poète et une conscience n’est pas un crime
Il est des pays où les des Droits de l'Homme sont un danger
Il est des pays ou la poésie est rébellion

Il est un pays où Angye Gaona est enfermée.

JMS - "Et leurs enfants pareils aux miens"

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Je les regarde (Fin de trêve)

Publié le par Cheval fou (Sananès)

centre-de-retention-de-Rennes.jpg

centre de rétention de Rennes

"Je veux, si je suis élu Président de la République,que d'ici à deux ans,

plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid.

Parce que le droit à l'hébergement, je vais vous le dire, c'est une obligation humaine"
(Discours de campagne de Nicolas Sarkozy : 18/12/2006)

 

Je les regarde

Comment apprendront-ils à espérer et à grandir
en regardant leurs mères pleurer
les fils d’hommes sans travail
les sous-payés, les sans toit, les sans espoir ?

Comment apprendront-ils à aimer et à ne pas mourir
en regardant leur frères les ventres pliés par la misère
les sans pays, les sans écoles, les sans amour
les sans rien, les sans argent, les sans avenir ?

 

À croire au Nasdaq, à Wall Street, à l’Euronext
à vouloir la mondialisation, la globalisation, la dérégulation
à cautionner les subprimes, la finance, les stocks-echanges, les stocks-options
les places boursières, le capital et le "market", devient-on différent ?


Comment nous apprendront-ils à ne plus exploiter et à nous respecter
ceux qui jouent à la market-spéculation, à la capitalisation
au banking, à la sur-cotation, à la désinflation
un doigt dans chaque banque et le cœur en paradis fiscal ?

Comment apprendront-ils à aimer et à nous laisser vivre
ceux qui affament nos enfants et mettent les peuples à la rue
ceux qui déshabillent les pauvres pour engraisser les nantis
ceux qui ne savent pas que l’homme à genoux un jour se révolte ?


               Ne voient-il pas pleurer les mères et les enfants
              ceux qui ont gommé de la constitution le droit au travail
              ceux qui s’augmentent et asservissent
              ceux qui vendent l’eau, l’énergie, les transports et les pays à la criée ?

              

Ne voient-ils pas les sans toit, les sans espoir,
ceux qui s’acharnent à maintenir et sauver le système
ceux qui revendiquent les droits de la banque et la dictature des bourses
ceux qui ne veulent pas que les hommes réclament la dignité qu’on leur vole ?


Comment apprendront-ils à aimer, ceux qui regardent mourir le monde
ceux qui ne voient pas plus loin que le carré filtré de leur télévision
ceux qui ne regardent jamais le flot des sans pays, des sans écoles, des sans toit
des sans papier, des sans argent, des sans rien et des sans avenir ?
              

Les écoles de l’indifférence créent-elle un homme supérieur
              un homo privilegius ayant la matraque et le droit à son service
              et un homo miserabilis corvéable à merci ?

              Qui ne sait aimer et ne sait plus la justice est-il encore homme ?

JMS - "Et leurs enfants pareils aux miens"

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Barbare plus que les barbares, À David Troy

Publié le par Cheval fou (Sananès)


                                                                                                          À Davis Troy
Barbare plus que les barbares  

Barbare plus que les barbares
Ils ont tué Davis Troy
Et je n’ai rien su empêcher
 
Amérique, Amérique, que fais-tu de mon amour ?
 
Un doigt coincé aux portières du temps
Je vis dans la douleur sucrée du permanent départ
J’entends tressaillir les larmes
J’entends les chevaux courir
J’entends les femmes dans le tipi
 
Amérique, Amérique, que fais-tu de mon amour ?
 
Je traverse l’immensité d’un cri plus large que le vent
Il s’éreinte au sacrifice de tant de morts
Venus libérer ma France
De tant d’hommes partis sauver mon peuple
 
Amérique, Amérique, que fais-tu de mon amour ?
 
La mémoire accrochée à un passé
Vrillé en multitude d’échos
J’entends les rires qui piétinent les ghettos
J’entends pleurer Cheval Fou
Et nous n’avons rien empêché
 
Barbare plus que les barbares
Est-ce la couleur du monde ?
Amérique, j’entends pleurer Dylan
 

Amérique, Amérique, que fais-tu de mon amour ?

JMS - "Et leurs enfants pareils aux miens"

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Promesse de l’aube grise (pamphlet)

Publié le par Cheval fou (Sananès)

 Je suis assis, carrefour des aubes grises, là où vacillent des champs d’espoirs anciens. Les petits bonheurs font illusion, les grands bonheurs sont en croise-ailleurs.  Je viens de loin, j’ai fait le voyage intérieur, j’ai fait le compte et le décompte, j’ai l’âme ébréchée, le cœur écorché, l’oiseau qui m’habitait semble cloué à de vieilles nostalgies.

Pour la première fois depuis cent mille ans, pour la première fois depuis que j’ai quitté mes grottes du Hoggar, depuis que mon frère de Tautavel a migré emportant le cri des vents, depuis que j’ai fui la vieille Mésopotamie, pour la première fois, le monde rétrécit.

Moi qui viens de mémoire sapiennes, je vous le dis : le bilan est mauvais.

J’ai peur comme quand il fait nuit et froid.

Comme quand j’ai mal de Toi.

Pourquoi n’existes-Tu pas pour allumer la torche des prières ?

Où as-Tu mis le rêve ?

Au décompte de l’espoir, je ne trouve que des enfants qui ont peur, du sang et de la faim.

J’ai peur du crépuscule des rêves et de l’aube grise.

Ils sont là les mange-promesses, les dresseurs de mensonge, les mange-planètes et les démagogues

Assis au carrefour des aubes grises, je voulais croire, mais en matière de promesse tout ne va pas aussi bien que ça. Pourtant, main sur le cœur ils avaient dit :

Le droit au logement, la fin des sans abris, la fin de la faim…

Mais… c’est quand ?

Tout pose problème.

Cela me perturbe.

Les rêves inutiles m’éparpillent, je meurs en utopie et poèmes surannés.

J’arrive trop tard, Sniper vomit sa haine. L’humanisme n’a plus cours.

Est-ce la banque-route de l’espoir ?

Devrais-je changer et participer, entrer de plain-pied dans ces temps nouveaux ? 

La question se pose, devrais-je apporter ma pierre aux déréglementations de la conscience ou, de façon plus appropriée, ôter ma pierre du vieil édifice de la solidarité et de l’éthique ?

Au décompte de l’espoir et des enfants qui ont peur, dois-je me demander :

À quoi donc peut servir un homme si l’on ne peut en faire un chômeur ?

Si l’on ne peut le soumettre ?

À quoi donc peut servir un homme si l’on ne peut en faire un esclave du nouvel ordre mondial ?

Dois-je me demander :

À quoi donc de nos jours servirait une conscience si l’on ne pouvait s’asseoir dessus ?

Hé oui, les temps sont là mon vieux Shakespeare, la société pose ses lois. Faut-il en être ou ne pas en être ?

Pour m’intégrer, devrais-je surveiller, espionner mes voisins, croire que "La dénociation est un devoir républicain" ? 

Les temps changent et moi-même je change, j’en arrive à me demander : où en est le fichage des bébés ?

 

Au carrefour des aubes grises je deviens raisonnable, je suis de notre temps. Les fichiers de la délation organisée me m’interrogent plus, je rentre dans l’ordre, je déballe des mots bottés, j’écris des marches militaires et des discours anti-écologiques. Pour sûr, j’ai loupé Vichy, mais qu’à cela ne tienne, je suis bon teint, j’adhère aux grands projets : tenez, dès demain, je pars repérer les bébés délinquants !

Aujourd’hui, amis de l’aube grise et chers amis con-citoyens, je vous le demande, apportons tous ensemble notre contribution aux nouvelles exigences du projet social. 

Amis bien-pensants, dressons les bébés fortes têtes. Sanctionnons les, passons leur l’uniforme que j’ai spécialement créé pour les bébés hurleurs.

Avec moi, remettez  à l’ordre du jour un de ces bons vieux journaux qui fleurissaient sous Vichy. Non ce journal ne se nommera pas l’Anti-bébé mais :

Le Matricule des Langes.

Journal garanti non révolutionnaire

 

Chers amis et con-citoyens, soyez actifs,  soyez de votre temps !

Vous êtes conviés à m’adresser des photos, des noms, des adresses de bébés délinquants.

J’attends !

Je n’habite plus les Promesses de l’aube grise, je consume le noir des heures

J’attends.

Votre dévoué Collaborateur

Âne Fou

JMS - "Et leurs enfants pareils aux miens"

 

Uniforme

  

le-matricule-des-langes-centre-2-jpg.jpg

matricule n°1264

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De moi à Sherlock

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Mille excuses, encore une fois, j’étais parti sans même me laisser un mot. Une urgence : vivre ailleurs dans le cœur d’un roman, d’un conte de fée, d’un polar. Il me fallait suivre une piste et remonter l’intuition. Je suis parti habiter l’urgence, au cœur d’un continent incertain. Je ne choisis pas mon chemin, il m’appelle.

J’ai eu peur, j’ai eu froid, le monde est une machine terrible cernée par les frontières de l’insoupçonnée beauté et de l’effroyable cri de la souffrance.

Sans carte, sans boussole, sans projet, sans rêve, affamé de tristesse et d’espoir, je me suis jeté dans ce départ intérieur.

Capitaine de mes rêves, je suis un homme mineur qui creuse l’intérieur du cri. Sherlock Holmes des crimes de l’intime, je piste le silence, le casse, l’élime en copeaux de mots, le file en ligne sinueuse, en armées de phrases, de points, de virgules, et de fautes. Les pourquoi, les où va-t-on ? Et autres pitreries de la conscience inconsciente, je les enferme, les interne, les cloue sur des pelures de papier.

Est-ce grave docteur Watson ?

Je cherche l’opium des rêves, m’abreuve à l’héroïne des pensées. Je quête, j’enquête, traverse le film des jours, me pends au filin des heures, me perds au dédale des années. Je cherche la conscience, docteur.

L’assassin de l’ombre me guette, me détaille, me vend à la criée des désespoirs, un cheveu par-ci, un rêve par là.

Je me cherche docteur, dans mon incompétence à sauver le monde, à vouloir sauver l’amour et à distribuer le bonheur. Je suis ce que j’ai toujours été un homme d’ailleurs, un exilé. Il y a longtemps que me cherche. Je suis un apatride qui ne se reconnaît nulle part. Je cherche le royaume des frères. J’ai peur. Le cynisme et la haine sont partout.

Je ne sais plus combattre, le monde n’est plus à ma taille.

Je cherche mon pays. Ils ont tué l’enfance.

JMS

 

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