Vampirella et Moi
Dans un instant de panique léthargique, cette gourde m’affirma qu’elle n’était pas cruche. Elle n’en était pas moins outrancière, des flots de larmes et des trémolos mêlés à des torrents de mots coulaient à flots. Désespéré, je cherchais des chemins d’escampette, un point de fuite, une ligne d’horizon à poser sur ses vagues à l’âme. J’avais atteint les frontières vaseuses de la désillusion, l’outre était pleine, la coupe débordait, mais rien n’altérait son flux verbal, aucune vanne ne l’affectait, elle gardait son plein débit. Grand-mère eut dit qu’en dépit de sa taille, elle contenait le litre. Encore et encore, il pleuvait du verbe et des mots. Moi, je me noyais dans une lavasse de paroles indistinctes, j’en avais jusqu’à plus soif. J’étais imbibé, mais parlais d’une voix sèche. Elle voulait couler des jours meilleurs, prétendait ne jamais me laisser en carafe. Le naufrage était bruyant. Elle avait étanché mes certitudes, épongé ma dernière larme, éteint la dernière flamme, noyé mon chagrin, mis de l’eau dans mon vin. Elle m’avait liquidé, j’avais perdu ma poésie et mon dictionnaire de rimes. Je rêvais de mers et d’océans, de déserts et de solitude entre nous. Ne me demandez pas pourquoi je n’aime ni l’eau ni ses contenants. La dynamique des fluides m’inquiète. Il m’arrive d’être imbuvable.
JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros