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Tu vois, Martin, l’Histoire ne nous apprend rien (Texte déjà publié le 24 novembre 2015)

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Lettre à Martin Niemöller et à Mordekhaï Gebirtig

La clarinette de David Krakauer pleure
comme hurlerait un chien,
son os de vie planté en plein cœur.


«Ils brûlent brûlent notre bon village,
proie des flammes, proie de carnage… vent de haine …
C’est toute notre vie qui brûle»
*1

La voix de Catherine Ringer résonne
comme crépite le cri d’une femme
dévorée par d’atroces mémoires

Sa voix martèle et forge mes mots
le verbe compressé résonne
sur l’étendue d’un cri plus long que les décennies

Ailleurs et ici les hurlements mutilés
portent la plainte de peuples qu’on assassine
de femmes que l’on souille et d’enfants volés que l’on fait soldats

Ailleurs et ici sa chanson court comme un linceul blafard
posée sur l’agonie de l’Orient
sur des hommes esclaves et d’autres qu’on décapite

Dans un siècle qui rumine ses silences
la voix de Martin Niemöller*2

ne cesse d’embusquer son poème

Aux apothéoses de la mort
la haine n’est pas morte et les consciences incertaines
ferment les douleurs trop lointaines

Quand ils sont venus chercher les yazidis,
encore une fois, Martin
nous avons fermé les yeux

Quand ils sont venus chercher les chrétiens,
encore une fois, Martin
nous avons éteint nos cœurs

Quand ils s’en sont pris à nos enfants,
alors, nous avons tremblé

Tu vois, Martin,
L’Histoire ne nous apprend rien.

Les barbares sont à nos portes

——————————————-
*1Mordekhaï Gebirtig, poète auteur du poème : Ça brûle
*2Martin Niemöller, pasteur et poète au célèbre poème : "Je n’ai rien dit"

http://www.dailymotion.com/video/x2i08ix_catherine-ringer-soiree-david-krakauer-et-son-all-star-extrait_music

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Parfois, le rêve s'éveille

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Parfois, le rêve s'éveille jusqu'au matin.
Hier, j'y ai rencontré Van Gogh
mais, déjà je l'avais croisé
alors qu'il s'éternisait, en noir et blanc,
sur une vieille photo.
Et déjà, il se ressemblait beaucoup,
aussi n'ai-je pas été surpris.
 
Tous deux,
Comme si nous nous étions de toujours connus,
nous sommes partis
loin du siècle,
de ses imposteurs et de ses frayeurs.
Partis,                        
de l'encre jaune et des corbeaux sous le bras.
 
Entre avril et le mal de vivre,
nous avons croisé mai
dans le tue-tête d'un soleil
chantant le printemps à l'oreille de Vincent.
Moi, d'un œil, j'écoutais l'horizon
faire tourner l'heure, les moulins,
et la terre se faire noire
dans une ivresse
où l'encre et le pinceau brassaient le ciel et la lune.
 
Dans les silences de la vigilance,
un vieux hussard acharné et son palefrenier,
bon pied mais mauvais œil,
avançaient sur la route de Waterloo
là où le vivre mal et la mort faisaient leurs fêtes.
 
Depuis trop longtemps, au quadrille des vanités,
les hommes étaient allés, tambours battants,
si loin dans le plaisir d'être grands,
qu'à vouloir s'en expliquer, ils s'étaient perdus !
 
Mais, n'était-ce pas aussi parce qu'entre chien et loup
on ne reconnaît plus les siens ?
N’était-ce pas aussi qu'à prêter son oreille au chat,
on écoute les souris ?
Et qu'à montrer patte trop blanche à la chance,
parfois les portes se ferment
comme des promesses oubliées ?
 
Parfois, le rêve se couche au matin,
laissant traîner des mots tout aussi fluides
que ces larmes qui du ciel tombent
comme hallebardes et averses,
nous laissant dire que, même mélangé à l’eau,
le ciel reste lourd.
 
Van Gogh est parti,
le silence me revient comme une solitude,
immense.

Parfois, Dieu me manque un peu.

JMS

Van Gogh : Champ de blé aux corbeaux

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5 Avril

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

                                                     à Pierre

À la foire aux jours,
ton anniversaire tombait le 5 avril,
moi, j'avais ramassé le mien une semaine plus tôt,
je ne savais pas que déjà commençait
le compte à rebours des peines et des joies.
J'étais souvent chagrin
et souvent chez toi,
André nous faisait bonheur,
et nos rires éclataient
comme du maïs sur le poêle.
Déjà les hirondelles étaient venues
et le soleil au matin entrait dans la cuisine,
nous attendions la Pâque et les vacances.
Mais toi, déjà t'es parti,
du chemin ne reste qu'un souvenir
que les autres oublieront.
Mais encore résonnent les bonheurs perdus.

jms

mon cousin Pierre 1950

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Remerciements

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Merci à ceux qui ont eu une pensée ou un mot pour mon Léo.
Vous m'avez touché, je vous en remercie.

Mais,
si vous l'aviez connu mes amis…
ce petit bonhomme qui le matin me regardait
avant de m'appeler, me montrant le chemin de la cuisine.
Si vous l'aviez vu
mon petit handicapé à grand cœur,
toujours prêt à faire gros dos
à faire caresses-content.
Si vous l'aviez connu…
lui qui me parlait dans la langue d'œil-doux,
ce petit chat pareil à mon enfant,
qui quémandait la vie
et m'ouvrait sa confiance.
Si vous l'aviez connu…
mon copain, ce petit bonhomme,
à qui, plus que ma mémoire,
je confie ce reste de nous deux,
à qui je donne ma prière,
ce coin de ciel posé sur notre banc,
les quatre fleurs et les épines du jardin,
là où maintenant, près de lui,
l'amour fleurira.


JMS

 

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Le bruit et la fureur

Publié le

Cet article est reposté depuis lafreniere&poesie.

Je fuis le bruit et la fureur. On est vraiment soi-même quand on s’éloigne des autres. J’avance très lentement. Je m’attarde des heures à poursuivre un insecte. Je me perds et me trouve dans la vie d’un brin d’herbe.  La vitesse n’est que le temps qui se répète plus vite. La lenteur, au contraire, est une métamorphose. Il faut traîner la patte pour découvrir une porte invisible. Ceux qui passent trop vite se butent au chambranle du réel. Il est difficile d’harmoniser tous les aspects de l’homme. Le pire prend le pas sur le reste. Le poing parle plus fort que la caresse. Il reste le refus d’obéir, la paresse, l’insoumission, le partage, la soif d’absolu. Ce qui n’existe pas nous sauve de ce qui est. Pour bien profiter du présent, il faut d’abord se débarrasser de l’avenir, savoir marcher lentement, apprendre à goûter la paresse, cajoler l’inutile, respirer sans raison, être à la fois ici et là. L’avoir, le pouvoir et le valoir n’apportent rien à l’homme. Ils le dispensent d’exister. D’un autre côté, la servitude et l’obéissance ne font pas mieux. C’est ailleurs qu’il faut chercher la vie. Peut-être dans la contemplation. Ce qui sidère aimante l’âme. Dans le théâtre de la vie, l’acteur m’intéresse moins que le spectateur. Il n’a pas besoin qu’on l’applaudisse. Il remercie les fleurs avec ses yeux, les choses avec sa main, les mots avec sa bouche. Il y a si peu de nous dans les images qu’on projette. Il y en a plus dans celles qu’on regarde.

Il faut accueillir les fleurs, non les cueillir. On apprend tous à compter, mais on ne sait plus dire bonjour. On écrit sans savoir épeler. On mange sans avoir à goûter, à saliver, à mordre. Je rêve d’une chandelle au milieu des néons, d’une simple parole éteignant les micros, d’un pissenlit sur l’asphalte. À l’abondance du vide, je préfère la qualité du peu. Certains regardent la pluie comme si c’était des larmes. D’autres y voient l’arc-en-ciel. La vie n’est pas faite pour être subie ou méritée. Elle est, tout simplement. Par inadvertance, j’ai échappé mon cœur. J’en ramasse encore les débris. Je les assemble mot à mot comme un immense puzzle. Dans l’église des athées, le partage a remplacé la charité. Dans le troupeau des mots, les bergers sont en laine. Combien de lèvres porte une pomme ? Combien de gestes pour un bras ? Combien d’onces de soif dans un verre ? Il y a des questions servant d’échine à tout ce qu’on ignore. Il faut se présenter vivant face à la mort.

L’argent laisse des cernes à chaque chose que le savon du cœur n’arrive pas à laver. Comment peut-on préférer la médiocrité à l’admirable ? L’habillement, le vêtement, le déguisement importent moins que la manière d’être nu. J’aime le parfum du frêne ameutant les insectes, les boules de buis tendues comme des seins, les vagues d’encre laissant du sel sur la page, les avant-bras de l’herbe soulevant des odeurs, la rosée qui résiste à la poussière d’usine, le frisson du tonnerre dans les oreilles de l’air, les mots qui s’approchent des choses avec leurs pattes de mouche, les roseaux infusés de soleil, les galeries de rats d’eau déchaussant les racines, les loges de verdure encastrées dans la pierre, le rayon vert dans le gris des routines, les papillons nichés sur un filet de flûte, les champs de tournesols impatients de s’ouvrir. Il m’arrive de flotter entre le conscient et l’inconscient, de pêcher à la ligne sans passer à la ligne. Des fragments de musique s’agglutinent pêle-mêle à mes visions d’enfance. En danger de vertige, j’ai le cœur qui louche et l’âme qui tressaute. J’ai plaisir à cueillir des mots sur le bord des fossés. Ils montent des orteils à la tête. Lorsque les fleurs me transmettent leur pensée végétale, je pense par le nez. On m’a privé de pays, mais sa langue m’accompagne. Ma maison n’est pas encore bâtie. Elle est dans l’air des paroles, le froid d’hiver, l’été trop court, les eaux du fleuve, la chair des enfants. J’écris avec mes yeux comme des clefs qui tournent et ouvrent l’invisible.

Que me reste-t-il de toutes ces années à faire le con ? Trop de choses nous heurtent en cherchant l’absolu. On écrit sur le vide pour mieux le traverser. Jamais droit dans ses bottes, serrant de près l’instant, on écrit pour après, pour plus tard, contre le temps aux yeux méchants qui brise les visages. Il n’y a pas d’oiseaux s’inventant une cage. J’écoute la tempête comme un enfant comprend le chien. La moindre goutte de vide cherche une goutte de plein. J’avance mot à mot dans ce qu’on ne sait pas, dans l’entre tout et rien, dans l’infime infini. J’écris surtout la nuit. Je tourne et me retourne dans un grand lit défait. Quand il ne reste que les mots, je m’habille de leurs draps. Je ressuscite entre les lignes d’un cahier, entre les linges du silence. Mes parents sont en moi. Leurs doigts se touchent dans ma voix. Leurs mains témoignent dans les miennes.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Ils disent

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