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Viens (lettre à Léo)

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Allons viens
viens, j'ai des chips
un fond de bonheur et du coca
viens, pour toi j'ai des croquettes
viens mon chat
dehors il pleut de la guerre et de la douleur
viens, viens avant le grand éclair
viens, ma bête, mon fauve de salon
mon tigre à trois pattes
viens avant qu'ils ne nous lyophilisent
avant que le malheur ne traverse la rue
viens, j'ai de la caresse à donner
et si je t'avais dit "la vie quelle aventure !"
ne crains rien, je voyage en pantoufles
viens mon chat
loin de nous, laissons jouer les humains
viens mon petit sac à douceur
viens et ne crains rien pour aller à demain
je ne veux plus rien  savoir
ouvre ton moteur à ronrons
viens, j'ai fermé ma porte.

jms

Léo

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Et mon cri (Depuis ce texte de mars 2015 six millions de morts)

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Tu as pris mon cri
tu l’as, étripé, essoré, lavé
tu l’as noyé dans le silence
noyé dans ses larmes
tu as tourné la page
les talons

je n’étais qu’une image
dans l’annuaire des douleurs
7 secondes de compassion
pour un crime trop loin

et mon cri
mon cri est resté là étendu
à l’encoignure d’un œil humide
piétiné par des oreilles fermées

alors
je n’ai plus rien dit
alors
je n’ai plus parlé
plus pleuré

j’ai ramassé mon cri
je l’ai séché
je l’ai plié
et près d’elle
sous ton silence
j’ai creusé un trou
pour y enterrer
mes larmes
et mon cri

Au Congo
aucun cri orphelin
ne cherche plus d’oreilles

jms in "Et leurs enfants pareils aux miens"

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Je ferme ma gueule et je pleure

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Parfois, un bruit plus grand que le silence effondre l'espérance
un cri me réveille, aussi immense que l'impuissance
aussi profond que la blessure.
 
L'encre est un mot qui saigne
comme l'agneau sous les coups du bourreau.
Est-ce le matin, la fin des jours ?
 
J’aimerais tant rêver
mais, parfois,
parfois,
mon désespoir est plus vaste  que ma colère
alors
je ferme le bruit
je ferme les yeux
je ferme ma gueule
et je pleure.
 
Le temps des hommes qui s'entre-tuent est revenu
comme reviennent mes poèmes de peu d'espoir.
Les jours à contre cœur
et les furies cognent, fracassent grand cœur.
 
Je prie comme les enfants qui agonisent
aboient des odes à la vie.
Je jure des mots à gueules de trépassés,
des injures crève chien,
des glapissements carnassiers d'éventreurs en goguette
et je me demande qui marche dans les sabots du diable.
 
Je viens de temps invraisemblables où l'on croyait à l'amour,
où Luther King avait un rêve,
mais, hier, j'ai vu des cigognes sauvages
rameuter les bébés pour les ramener d'où ils viennent.
Ils iront à l'envers des naissances,
là habite la mort,
là où s'enterrent l'avenir et l'espoir,
ici,
je me demande qui joue à vis ou crève.
 
Je viens d'un temps inimaginable
où, comme cartes à poker, l'on battait l'utopie
en ces jours où l'as de cœur toujours triomphait.
Mais, le jeu est mauvais, si mauvais
que le trèfle, le pique et le malheur se ressemblent.
 
J'aimerais renverser la table,
déchirer le ciel comme un lit qu'on ouvre
et au matin me réveiller pour dire que la vie est belle
mais je griffe des mots qui ressemblent au jour.
 
jms

 

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L'âme

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Partout, l'âme du jour se décline dans ses possibles,
ils sont milliards d'échos dispersés dans l'universalité de la seconde,
à leurs portes, mon œil et tout l'irraisonnable de la raison
savent que la beauté n'est que la peau d'apparence des âmes,
combien de têtes charmantes, de fleurs, de joliesses endimanchées
ont-elles porté, en elles, la mort et le crime ?

Tout a une âme,
l'esquisse de cette pensée qui se fera poème,
les odeurs, les mots, les chansons, la couleur des rires,
les pierres, le chemin, l'instant, le visible, l'invisible,
le vivant et le passé en sont imprégnés.

Les  âmes sentent
le printemps et ses espérances, la vie,
la colère, le désespoir, l'envie, la mort,
elles sont en cet enfant qui pleure et me froisse le cœur, 
en l'image de l'odieux posée sur un écran TV,
en l'image-soleil d'une fleur qui réveille la saison.
Il me suffit de lire Prévert pour y trouver mon âme d'enfant,
Ferré pour y entendre vibrer le cri des misères,
La Frenière pour sentir le frisson de l'herbe,
Ile Eniger pour percevoir l'exactitude du cri 
Mireille Barbieri pour respirer le souffle de la Provence,
entrer dans  un tableau de Slobodan pour aller plus haut que le rêve.

Tout a une âme,
L'arbre qui gémit au coup de la hache,
la fleur qui saigne sous le pas.
Elle est dans regard de qui côtoie la conscience.

Laissez-moi fuir les belles phrases,
me tenir loin de l'envie qui se fait convoitise,
loin de ceux qui font chanter la haine et  la guerre.

Toutes les âmes n'ont pas la même taille,
je sais l'immensité de celle du moineau,
de celle effrayée de l'animal aux portes de l'abattoir,
et la monstrueuse, qui oriente le couteau et le fusil.

Perdu dans l'infini,
je suis parcelle de l'âme originelle
celle de terre et d'eau
venue d'un temps géologique
où la poussière flirtait avec la vie.
Je suis celui qui écoute et creuse  encore l'espoir
dans les parfums d'un printemps qui vient,
celui qui pleure au jardin des âmes   
quand, là-bas, le canon résonne.
Je suis celui qui, dans la transcendance du jour,
cherche l'âme du verbe Aimer.
 
JMS

Publié dans JMS - A paraître

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Le sais-Tu ?

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Où que j'aille, j'écrirai,
du Nord de mes inconstances au Sud de mes regrets,
de l'Est de mes désirs aux ailleurs du temps et de la mémoire.
Qu'y a-t-il plus loin que l'Ouest,
plus loin que le crépuscule des aimants ?
M'as-Tu connu ?
Et moi qui ne sais rien, je Te demanderai :
Dis-moi qui je suis
car je ne sais plus d'où je viens.

As-Tu un autre corps que celui qu'enferme ma question ?
As-tu une autre voix que celle de l'énigme ?
As-Tu une réponse à m'offrir ?
Je T'ai cherché partout, j'ai scruté le futur et le passé,
traversé le cristal, regardé en moi sans jamais Te trouver.
Je n'ai croisé que l'attente des enfants et la peur des vieillards.
Encore et encore, je Te demanderai :
Pourquoi n'es-Tu pas venu ?
 
Moi, l'athée qui tutoyais l'infini, traquant Dieu et la beauté,
de mes mains percées, comme un cœur oublié,
j'agripperai le vent, les heures et ma peur.
Dans le chevauchement des jours, j'irai,
sans savoir où, sans savoir quand.
Dans la traversée des diagonales,
je chercherai un nom qui aille à Ton pas.

Où que j'aille, moi, l'athée qui Te tutoyais,
je m'écrirai sur la page blanche de Tes silences,
je nous écrirai,
le sais-Tu ?

Je cherche une aile qui sache le lointain,
une branche sur l'arbre aux oiseaux,
une feuille, un rire, un regard
où suspendre cette musique qui parle de l'enfance.
Était-ce une comptine ?

Moi, l'athée qui tutoyais l'Impossible
sur l'aride chemin des consciences,
je cherche une route qui soit mienne,
une griffure de miroir qui nous assemble.

Peut-être me rencontrerai-je,
un soir, dans un bar à oubli,
ou une nuit, dans les fumigènes de l'espoir.

Écoute, écoute,
est-ce un bruit de guerre, un cri ?
Une frayeur ou des voix d’enfants ?
Le souffle d'une migration d'âmes ?
Le sais-Tu ?

Déjà, j'ai mal de froid
comme le corps des mots quand la vie s'en va,
quand le sens s'égare.

Demain je reviendrai,
le matin avant l'éveil de la ville,
je reviendrai dans le sommeil des savoirs.
Demain, des hommes, en restera-il ?
Le sais-tu ?
                   
Moi, l'athée qui tutoyait Dieu,
je reviendrai Te demander :
Dis-moi pourquoi je suis venu
moi qui partirai,
inconsolable,
sans avoir sauvé le monde.


JMS

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Un goût de déjà vu : Sixties-seventies - La vie en rose (1968)

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Le soleil brillait encore
dans la mémoire des lointains


C’était un temps étrange et sucré
où de curieux imprécateurs nous parlaient d’avenir


Dans le cœur d’un piaf
mourait la vie en rose
et les couleurs du jour


Là-bas au pays des hommes,
les mecs à idées vendaient un monde
dont ils avaient chassé les Dieux


Dans les printemps de Prague
on assassinait Marx
le Banana-consortium
fleurissait sur l’Amérique latine


Ailleurs dans les remous de la puissance
naissaient des ordres nouveaux
qui érigeaient des Marseillaise
à mal gammées d’idées noires


À  l’ombre des bombes à neutrons
les Présidents se rassuraient
Et moi, pauvre mec
aux devantures des drugstores


je m’interrogeais
sur la morphologie des parapluies à mégabombe
En ce temps là, des cris d’oiseaux
ciselaient des crépuscules suaves
Martin Luther rêvait encore


Au pays des hommes
les mecs à idées vendaient le monde
rêver n’était pas de  mise


Là-bas, ils fusillèrent nos rêves

C’était un temps étrange et sucré
les enfants du rêve perdu
cerclaient des A sur les murs de la Ville


Quand l’espoir n’est plus à la taille des désespoirs
il faut bien que quelqu’un le cri
e

Des Fuji-Yama d’inconscience nous berçaient  
des Himalaya de diplomatie-science nous bernaient


Des chants de larme déchiraient le silence
pendant que les orangs-outangs  
les bébés phoques ou Biafrais
et autres frères muets
dans un stade au Chili
ou dans ces camps en Sibérie
loin des canards*qui parlent  
laissaient leurs peaux et leurs idées  
Big Brother veillait


Les anges de la désillusion
poudraient les couleurs du jour
de rêves d’héroïne  


Dans le cœur d’un piaf
mourait la vie en rose


C’était un temps étrange et sucré
où de curieux imprécateurs
nous parlaient d’avenir


Et moi, et moi  
pauvre  mec, dans la jungle des marchands
ou autres péripathétiques chiens
qui vendent leur vie contre le droit de becqueter
j’étais ce chien errant et hors-la-loi
condamné pour divagation sur la voie publique
qu’on expatrie au paradis des chiens
pour avoir osé vivre sur une terre
qu’on lui a volée


Et moi, et moi pauvre mec
dans les jardins du Luxembourg
je cherchais le goût de l’automne


Le soleil brillait encore
dans la mémoire des lointains.


 * canards = journaux
In Cheval fou et De Pluie et d'étoiles (compilation) Éditions Chemins de Plume

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