Délire de la vingtième heure
Tombé du ciel sur un quartier de dernière lune, le rêve se débattait sur un coin de table comme une crevette échappée de son sushi. À vouloir voler trop haut, comme un super-héros myope, il avait culbuté l'ennui, perdu l'abécédaire de gros mots, ses calembours, et sa dignité.
En fait, son atterrissage dans l'assiette de l'ogre l'avait froissé comme un origami raté. Il en avait été réduit à attendrir son rire pour être plus digeste, à se boucher les oreilles pour surnager dans une soupe au vinaigre par trop pimentée par l'incongruité des rumeurs.
Mais où étaient donc passées ses ailes quand ses dents, ses cheveux et son bon sens jouaient trop loin de lui dans les remous de temps oubliés ? Le moulin à quatrains s'égarait en contrepèteries et en contretemps, les arpèges de la désespérance jouaient un concerto bancal où le la n'était plus là et où le si égrenait des "pourquoi ?".
Était-il un rendez-vous loupé avec la vie, avec lui -même, avec le bonheur ? Regardant ce qu'il restait de la beauté de ses espérances dans un miroir ignoblement réaliste il remisait l'inatteignable du Désir, se demandant : ma jeunesse l'ai-je bien flinguée ?
JMS (le14 à 20 heures)