Adieu Verlaine, la beauté n'existe plus

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À déchire-sommeil, parfois une voix brusque le silence. Cette nuit, elle clamait : "Verlaine est moins important que Jenner, l'homme qui inventa le vaccin contre la variole !…". Venus d'un indiscernable ailleurs, tout aussi incongrus qu'un sucre sur une pizza à l'anchois, les mots se dandinaient quand une hydre loufoque glapit :
"Les mots de Hugo sont des piqûres de rappel contre l'indifférence, Cosette porte la besace de l'indigence face à l'arrogance des puissants".

Ne pourrais-je pas avoir le sommeil tranquille et rien d'autre à compter que des moutons ? Ne pourrais-je faire taire la voix d'un poème qui, paradant, se croit au firmament de la  pensée harmonique ! Ne pourrais-je pas bâillonner  le cri intuitif d'une conscience raisonnée qui mesure le bien et l'obscène ?

Je voudrais dormir, le sommeil nu, déshabillé des douleurs du monde, et rejoindre un univers où ma mère avait peur que la pluie me mouille, où vivre selon ce qu'elle appelait la morale ouvrait une conscience qui devait fabriquer l'homme de bien et l'avenir meilleur.

Où es-tu ma mère dans ce vacarme où les démons nourrissent leurs vérités, où le bien s'enferme dans l'archaïsme des conditionnements ? Encore, l'Empire romain affronte la Perse et la certitude chrétienne, le djihad. C'est une guerre des regards, chargée de bombes et de morts, le "wokisme" blanchit les "Dix petits nègres" au nom d'une légitime culpabilité et reconstruit une histoire à charge en oubliant l'impartialité, la traite transarabique qui a nourri l'esclavage et  l'histoire de millénaires cannibales. L'ignorance gomme les chronologies comportementales, les influenceurs refont l'Histoire, le hooliganisme politique fait son théâtre et s'empare de l’avenir.

M'as-tu menti ma mère quand tu me disais que les hommes étaient frères, que la laïcité était le bien commun qui faisait la République ?

Chaque nuit, mes rêves meurent à mesurer un désespoir impuissant face au poids des comportements induits par les subconscients millénaristes de cultures sociopathes où les hommes de Dieu confrontent leurs livres, affrontent leurs certitudes et veulent supprimer les vies incompatibles avec leurs inquisitions. Une morale nauséabonde affirme que certaines femmes ont des droits mais fait silence quand des millions d'autres sont sous le joug d'un patriarcat indigent.

Pour que la conscience renaisse, nous faudra-t-il tuer les dieux assassins, avec leurs inquisitions, leurs djihads ? Qu'en dis-tu ma mère ?

Loin du périmètre des certitudes, dans les banlieues d'exister, parfois je fustige l'arrivée intempestive de ces pensées nocturnes qui endiguent le chemin lancinant des silences où tarit la raison.

Mère, la beauté n'existe plus quand le crime règne.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article