Rendez-vous Galleria Vittorio Emanuele II
Parfois un souvenir revient d'un ailleurs où s'embusquait un instant de bonheur si solide que l'intemporel s'y cramponne. Je me souviens de ce rendez-vous dans la Galleria Vittorio Emanuele II, devant la librairie qui exposait un immense aquarium qu'un moteur faisait osciller, agitant un flot bleu qui s'écrasait en écume blanche. Combien de temps ai-je passé à le regarder, m'y perdant comme en un de ces rêves où le temps s'égare et créé des espaces magiques ? Te souviens-tu, mon père, de ce Milan des années 1968, à l'heure de toutes ces espérances ignorantes des désespérances futures ? Si le siècle se découpait en instant choisis, quels seraient ceux que j'aimerais ou que tu aimerais garder en mémoire ? Nous nous sommes si peu connus mon père, que gardes-tu de nous et de l'épine de la désaffection des tendresses ? Que gardes-tu de ce que j’emporterai ? Quêteur de bonheurs absolus dans les griffures des jours, oublierai-je tout ? Le kaléidoscope des réminiscences s'emballant, sauvera-t-il mes rires, nos rires, mes larmes, nos larmes, gardant près de moi, près de nous, la subliminale présence de ceux que nous avons aimés?
JMS
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