Sur le chemin de l'abattoir
Sur le chemin de l'abattoir - Il y a une beauté dans la bonté et l'honnêteté qui me touchent. Ce sont là les soubassements du monde que je défends et si la bonté est vaine comme le clamait Bob Kaufman quand il disait "Quels sont ces sauvages qui écoutent du jazz quand il y a tant de tueries à entreprendre" et si comme lui, quand on lui parlait, il ne savait si c'était à lui ou à son identité que l'on s'adressait ; si sa parole fut, comme tant d'autres, une de celles qui ont nourri mon cri, j'ai maintenant fermé le temps des colères.
Je sais la désespérance, je l'ai fréquentée jusqu'aux portes du chemin noir, je sais que chaque gorgée d'alcool, chaque shoot, est une lettre adressée à la laideur, mais, je n'irais pas plus large que mon chemin chercher à changer le monde. Et si une seule personne m'entend, les mots n'auront pas été vains.
La vie est une vaste rumeur que j'ai parcourue avec la vigueur des utopistes, mais je n'irai plus arracher les affiches de haine sur les murs. D'ailleurs je ne sais plus où habite la haine quand je vois les fossoyeurs de vérités brandir le drapeau rouge ou noir pour le poser sur le dénigrement de l'autre !
Certes, je pourrais bien parler de l'histoire non émasculée par le devoir de servir une cause contre l'autre, mais que l'on ne me demande pas de juger des apparences et des vérités truquées, adaptées à des consciences estropiées. Si demain un brave enflammé par les certitudes qu'on lui a fourguées au nom d'une 'vérité' venait à m'ouvrir la gorge, ce n'est pas lui que je blâmerais, ce sont les truqueurs de vérités, les marchands de l'Absolu mensonge, ceux qui, au nom de la croix, ont massacré les Indiens, et tant d'autres de mes frères, et saccagé l'Orient ; ceux qui, de la couleur des âmes ont enflammé la vie et le ciel d'une couleur de sang. Je blâmerais, condamnerais ceux qui ont trahi le devoir de fraternité au nom de vérités identitaires ou de subconscients programmés à la haine afin de fractionner l'être humain ; de même je m'opposerais à ceux, et tous leurs apprentis sorciers, qui veulent détruire le monde sans savoir par quoi le remplacer.
Si mon encre reste auprès des Gilets Jaunes et de ceux que l'on dépouille, j'ai quitté mes combats contre les moulins à vent pour m'ouvrir à un plus large regard sur la vie. Et si jamais j'avais encore à dégainer l'encre, je demanderais aux guerriers de certitudes et aux juges partisans, de renoncer à défendre des identités aux dépens d'autres, d'oublier les préjugés inavoués, de se désapprendre plus loin encore que leur enfance, et de retrouver la racine humaine commune et neuve, nue, pour relire le monde.
Jean-Michel Sananès (Réponse au texte d'André Chenet)