Rendez-vous "Café Provence"
L'automne s'est assis à ma porte
et l'hiver est arrivé.
L'absence et le vide crépitent autour de l'égarement des jours,
le jardin se dépeuple,
c'est une neige de mots qui glisse dans un frisson d'oubli.
J'aurais tellement aimé que l'on se retrouve
ailleurs qu'en ce festoiement de nostalgies,
autour d'une de ces tables de bar
où l'alcool enivrait nos mots de promesses à la vie,
intraitables comme l'étaient nos utopies
quand à 20 ans le besoin de vivre haut faisait tonner le verbe.
Amis, je vous donne rendez-vous "Café Provence",
à l'heure des déraisons et du temps perdu.
Ressuscitez mes amis,
reconstruisons un monde plus vaste que nos déceptions,
toi qui parlais d'un monde sans travail et de robots qui trimeraient pour nous,
toi qui voulais réinventer un art non contrefait
où le génie ne serait pas provocation,
toi qui nous parlais de Krishnamurti et de nouvelle conscience,
et vous, vous qui frissonnez dans l'ombre des mémoires,
vous de l'au-delà de toutes les vies que j'ai eues,
de celles qui allaient d'échec en reconstruction,
de rêves en larmes, de désespoirs en euphories,
savez-vous qu'après avoir voulu en mourir,
à l'heure où viennent les enfants
j'ai trouvé le monde si beau
qu'avec ce qu'il me reste de vie
je voudrais rebâtir le futur
le repeupler de nous,
de nos doutes et de nos rêves.
Pas besoin d'architectes, de fils à plomb,
ensemble allons, à tort ou à raison,
sur cette passoire où le fil du temps s'écoule en nous emportant.
Peuple de ma mémoire,
je veux encore nourrir l'amour,
regarder les enfants et du profond de nos échecs
leur dire "votre tour est là".
Encore il faudra appeler le soleil
la révolution vit dans les cœurs,
aucun idéal n'est vain
quand on attend demain.
JMS