Je hais les pantoufles, le lit, et les jardins de l’âge
Grand-père a fini en prison,
les murs de son enfermement n'étaient pas de pierre
ils furent mesures d’isolement.
On confisqua ses costumes,
sa prestance, ses envolées lyriques,
on échangea ses vernis contre des pantoufles,
on lui infligea une robe de chambre
si lourde qu'il cessa de trottiner,
on le destitua, éborgna son rire,
on lui interdit la rue et les avenues,
les embuscades de midi,
on remplaça l'opéra et le chant de vie par un lit.
Ses cercles amicaux,
ses discours et sa bonne humeur
furent réservés à nos visites du jeudi,
nous avions 8 ans.
Se riant de nous, il nous faisait croire
que du jambon il n'aimait que la couenne,
nous, complices de ses jeux
nous mangions son repas.
Le vieil ogre n'avait plus faim
mais, avec enthousiasme,
il nous parlait de Lorenzaccio, de l’Aiglon
de Dumas, de Paris, de Sarah Bernard.
Une dédicace de Rostand
et de vieilles photos m’appellent,
me parlent de lui
me parlent de nous.
Je hais les pantoufles,
le lit, et les jardins de l’âge.
JMS
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