Pour ce rire intérieur
Pour ce rire intérieur qui danse sur les rumeurs du silence
pour cet écho d’outre-temps qui pétille comme l’asti ou la mort
pour l'enfant à l'étroit dans ce corps au souffle étriqué
pour ce rire étranglé dans l'espoir désarmé
pour cette lueur de petit jour d’où encore monte ton rire
pour Rutebeuf, mes larmes et les amis jamais revenus
pour Modigliani le froid et les jours de faim
pour l'enfant aux mains du tortionnaire
pour le banquier face au visage torturé des quémandeurs de survie
pour ces fins de mois où le ventre se vrille
pour cet homme en pleurs sur une aire d'autoroute
hurlant dans une cabine téléphonique ce :
"Ne me renvoyez pas", toujours collé à ma mémoire
pour la misère du monde toujours en embuscade
pour tout ce que je n'aurais jamais voulu savoir
pour la beauté et l'amour parfois trouvés
pour les matins qui montent portant de nouveaux soleils
pour ce chat qui court sur trois pattes
comme un espoir qui défie l'abattoir
pour les fleurs enfoncées dans le canon du fusil
pour les enfants de l'oubli sur les barricades du désir
pour l'homme vaincu et la revanche du rire
j'irai où le jour ouvre ses heures
j’irai, l'espoir pour toute arme, défricher la désespérance.
jms