La taille des hommes

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Grand-Père me l'avait dit : La mesure de l'homme n'est pas le fait de l'image, belle ou triste qu'il traîne dans son sillage, cherchant à lire dans le regard des autres comme un écho de la brillance des princes. Les miroirs ne sont que les journaux fugaces d'egos d'alouette.

Il y a longtemps que Grand-Père est  parti, depuis je marche à la recherche de l'humain si bien dissimulé sous des carapaces d'apparences.  À la foire aux séductions, sa démesure dépasse de ses emballages verbeux et de ses profils de héros autoproclamés.

Dans une nuit aux rêves et aux douleurs inaltérés, les petites gens avancent à la sueur de leur labeur, habitent l'univers des enfants de l’ombre qui savent la solidarité plus forte que la compassion, qui tendent la main comme on  devrait tendre la joue, non pour l'exemple mais mus par un instinct imposant la primauté de l'amour sur toute violence. Ce sont les Justes de l'invisible, les Robin-des-Bois sans flèches et sans épées, mes pacifiques au grand cœur qui rendent le monde encore acceptable et l'espoir encore ouvert.

Je me souviens, Grand-Père me disait : Les hommes n'ont pour taille que leur conscience. Pour grandir, il te faudra différencier ceux qui s'inscrivent dans l'authentique nécessité du Bien, de ceux agissant par besoin de plaire ou d'être récompensés par une instance invisible. L'instinct du cœur n'est pas un calcul. Méfie-toi des prophètes de l’apparence, de ceux qui font montre d'empathie et de générosité seulement lorsqu'ils sont au grand jour.

Grand-Père est parti un jour de larmes et de fête, certains l'avait critiqué parce qu'il avait voulu protéger un ennemi. Il savait rire, ne jamais paraître sérieux, il savait côtoyer des hommes de bien et de peu comme les oiseaux naviguent entre ciel et nuages. Il était frère de la Conscience comme l'oiseau sait la pluie et le soleil.

Jean-Michel Sananès

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article