De l'ignorance à la diffamation

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

En ces temps où chacun croit avoir de bonnes raisons de tuer l'autre, bien que je me sois interdit de commenter les conflits qui enflamment cette décennie, j'ai involontairement été mêlé au drame des exactions et des enlèvements du 7 octobre en Israël, de ce fait, je m'autorise à écrire ce texte :

De l'ignorance à la diffamation, de la diffamation à la négation de l'autre, nous nous laissons entraîner par la méconnaissance, ou la paresse du savoir, nous fiant aux délires d'influenceurs, qui souvent défendent des colères (haines) et des sectarismes inavoués, utilisant les ressentis émotionnels et jamais la réalité, masquant et utilisant leurs propres rancœurs identitaires ou personnelles. Je les regarde jeter l'huile sur le feu et selon la source de rancunes subliminales, je les vois embusqués, mettre leurs haines au service de ceux qui pointent du doigt et opposent les communautés arabes et juives, les désignant à la fureur aveugle des incultes, cela, en distinguant, selon eux, ceux qui devraient ou ne devaient pas exister.
Aussi, dois-je leur dire que dans l'Islam que j'aime il y a ce compagnon et contemporain de Mahomet (la Mecque 570 - 632/635) : Abu Bakr al-Siddiq, premier calife musulman, qui dans un célèbre décret, dit ainsi à son armée :
"Arrêtez-vous, ô soldats ! J’ai dix recommandations à vous faire pour vous guider sur le champ de bataille. Ne commettez aucune trahison et ne vous déviez pas du droit chemin. Ne mutilez pas les dépouilles de vos ennemis, ne tuez ni femmes, ni enfants, ni vieillards, ne coupez aucun arbre fruitier, ne détruisez aucun lieu habité et n’égorgez aucun mouton, vache ou chameau de vos ennemis sauf pour votre nourriture. Ne brûlez pas les palmiers et ne les inondez pas. Ne commettez pas de fraude (détournement de butin de guerre, par exemple) et ne soyez pas coupable de lâcheté [...] Vous trouverez sur votre chemin des gens qui se sont consacrés à la vie monastique, laissez-les tranquilles".
De même, Omar ibn al-Khattâb, (la Mecque 573 - 634), aussi compagnon et contemporain de Mahomet qui succéda à Abu Bakr al-Siddiq et, partant à la conquête du Moyen-Orient sous le nom d'Omar raccompagna les tribus juives dans leurs pays d'origine respectifs soit Babylone pour les uns et Jérusalem pour les autres.
Aussi, dans l'Islam que j'aime, il y a Saladin qui, pendant les croisades, demanda aux enfants d’Ephraïm de rentrer chez eux à Jérusalem. De même que les sultans qui, au XVIe siècle, rapatrièrent les Juifs andalous dans l'empire ottoman, ceux qui cédèrent la région de Tibériade et, au XIXe siècle des territoires dans le Nord de la Palestine, à des financiers qui voulaient y installer un foyer juif au nom d'une fraternité abrahamique.
Je rappellerai aussi la parenté qu'il y a entre les monothéismes et les cultures humanistes, en  remettant en mémoire ces trimillénaires lois du judaïsme :
"En cas de guerre, les non-Juifs, y compris les idolâtres, doivent être protégés de la déprédation et du pillage par les armées juives…"* ou "Les étrangers hors de la terre d'Israël ne doivent pas être considérés comme des idolâtres, mais comme des peuples vivant selon les traditions de leurs ancêtres" (T.B. Houlin 13b) ou "L'étranger tu n'humilieras pas", ou "Tu ne contristeras point l'étranger ni ne le molesteras, car toi-même tu te souviendras avoir été étranger en Égypte" (Ex. XXII 21). "Quiconque falsifie le jugement de l'étranger, c'est comme s'il falsifiait le jugement du Ciel" (T.B. Haguiga 5a), de même que le très connu "Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse" repris par le Christianisme.
J'aimerais tant que les pourfendeurs de l'humanisme et ceux qui s'en réclament, et ceux qui refusent toute légitimité à Israël de vivre sur ses terres millénaires, ne découpent pas l'Histoire en moments choisis d'histoires destinés à conforter leur haine. L'Histoire ne se segmente pas, pas plus que l'Orient à ne se résume pas à ce verset : "Ô Dieu, détruisez les infidèles, les infidèles et les non-Musulmans et donnez aux Musulmans la domination sur eux". Ce verset, parce qu'il est fondateur du moteur idéologique de la majorité palestinienne non israélienne, et qui ne concerne pas la plus grande partie des Arabes Israéliens, des Bédouins, des Druzes, des Kurdes, des Chrétiens, des Circassiens, est la même idéologie que celle du Hamas qui résume depuis des décennies l'impossibilité de voir vivre deux états complémentaires et fraternels.
En réalité, la proximité culturelle entre l'Islam et le Judaïsme est telle que le même mot définit les religieux qui se vouent à la foi : al-Siddiq pour les Musulmans (le véritable) et le Sadik pour les Juifs. Le vivre ensemble est donc présupposé possible, je l'ai vécu en Algérie laïque sous la période française et avec mes ancêtres au Maroc. J'attends donc que revienne la fraternité.

*Les extraits de textes du judaïsme sont repris du livre de Hillel Saint-Agnès : "Jésus et mes frères, à la lumière des manuscrits de la mer morte" (l'histoire du Jésus historique) aux Éditions Chemins de plume.

 

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