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textes de jms

Matin gris

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Le matin me maltraite
le sort mauvais joue avec mes nerfs
le café gît là
étendu sur la table
le sucre et mes rêves sont mouillés
le réveil n'a pas sonné
l'aube encore une fois est arrivée trop tôt
le soleil brûle mes yeux
Je suis aussi triste qu'un vieux cheval
qui part pour la casse
aussi emprunté qu'un réverbère
qui voudrait visiter le monde
Mais qui a encore besoin de lumière ?
C'est un temps de gris et de nuages
de compromis et d'espoirs usés
Rien ne va
À l'inflation du désir
je perds l'envie d'aller plus loin
Pourtant le temps presse
mes amis se bousculent au portillon de l'ailleurs
la pression monte
comme une odeur de colère sans arme
sans cri et sans violence
Le bruit d'un silence m'invite
à ne pas sortir de mes gonds
à ne pas m'étendre
Je cherche la lumière
implose devant une tablette de chocolat
l'univers me fait mal
un travers d'absence agrafe une douleur
l'avenir ricane
comme une souris dans les griffes d'un chat
à frontière d'âme
je rentre en moi
je parle à mon crayon
et s'il fait grise mine
c'est qu'il joue
la censure de mes velléités
je pose
un carré blanc
sur mes états d'âme
la vie passe
certains matins sont violents.

 

jms

Publié dans Textes de JMS

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S'en vont (mes amis)

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À toi qui part où s'en vont mes amis

S'en vont
s'en vont, emportant de nous mille choses
aux transparences concrètes et indicibles.

S'en vont
laissant de nous le mirage d'un temps à jamais orphelin
de maux inutiles et de mots de rien
de quotidiens de rires et de larmes envolés.

S'en vont
nous laissant seuls dans la traversée de l'inattendu voyage
seuls dans l'attente de tout et de rien,
s'en vont
quand, à la table du jour,
le seigneur des leurres dresse l'addition du néant.

S'en vont
comme tu es parti
et comme je pars, mon ami.

Il est des temps
 où tous allons,
où mes amis s'en vont
emportant de nous des morceaux de vie,
tous s'en vont
emportant des morceaux de nous.

Partez,
partez comme je pars mes amis.

Pourtant, plus loin que les heures,
vous êtes là,
pourtant, plus loin que les heures
je resterai là
les doigts agrippés
à ce qui reste de nous,
à tout ce qu'il nous faut encore regarder,
encore et encore aimer,
car le précieux est fragile
aussi fragile que la clairière aux mots perdus
où les étoiles reposent.
Et même s'il ne reste d'elles
que lumière d'astres disparus,
quelque part au centre de moi,
elles sont là,
comme le cri d'un papillon qui défierait l'oubli
pour éclairer l'éternité du noir.

 

jms-lettre à Pascal

Publié dans Textes de JMS

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La photo retrouvée

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Passager d'un regard

à l'arrêt

sur une image en papier glacé

je te regarde

indélébile fantôme

toi

en noir et blanc

ta silhouette reste là, figée.

 

L'image est un muet qui hurle.

 

L'instant n'arrête pas le cri.

 

Passager de l'instant

je te regarde

posé sur ce coin de rue

où tu tends la main.

 

Tu es parti

et le silence

est venu, qui a noyé l'absence.

 

Ta douleur de vivre a-t-elle disparu ?

Si longtemps que ton envie d'être

et de vouloir être s'était tarie…

 

Cette déchirure de désespérance

ton cri

ce silence où sont-ils dans l'agitation du jour ?

 

Photo prise il y a une quinzaine d'années lors de l'écriture d'un recueil "À l'ombre des réverbères", sur l'exclusion des SDF. À Nice, à cette époque la misère ne se montrait pas, en plein été, la mairie de la ville les kidnappait pour les abandonner sur une colline à une quinzaine de kilomètres de leur lieu de vie !

Bien que les photos aient été prises avec le consentement de chacun des acteurs de mes textes, il m'a semblé que la douleur d'être un habitant de coin de rue et d'abris en carton n'est en rien un spectacle, et je les ai, pour la publication de ce livre, remplacées par des dessins.

En quinze ans, le temps a passé, a grignoté la vie, nombre de ces SDF ont déjà disparu. Je les croyais en partance pour cette autre nuit où partent mes mémoires et voici qu'hier, au hasard d'une liasse de photos retrouvées, tous sont revenus là, à encore fouetter ma mémoire avec leurs regards pareils à des mains en attente d'autres mains, avec leurs  mots et leurs yeux si tristes où se noient un flot de vague à l'âme, des regrets et des frayeurs.  

Comme une épine, la requête inquiète de cet homme reste là : "Ne me dénoncez pas, ne me faites pas de mal". Trop à la marge du pays des hommes, à genoux aux portes de l'opulence, son droit de vivre ne lui semblait pas entièrement légitime.

Cette rencontre, comme celles d'autres passagers de ce recueil, réveille une douleur qui me percute quand je revois ces images.

JMS

 

 

 

Publié dans Textes de JMS

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J'ai peur

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

J'ai des silences irascibles où les non dits rongent l’espace
J'ai des sommeils qui parlent et une mémoire qui pleure
J'ai des amis au parking de l’oubli
D'autres jamais partis et pour toujours perdus
J'ai des mots en prison qui veulent se faire la belle
des espoirs qui font le mur
des rides des rires des larmes, que je ne veux pas répudier
J'ai le doute posé sur la jachère des certitudes
des lendemains cerclés par la parenthèse des jours
des hiers inachevés en pays volé
l'espoir et la nostalgie à jamais mêlés
J'ai peur des certitudes aveuglantes

qui parfois ont fermé le chemin des vérités que je cherchais
J'ai peur de partir sans avoir fait ce que j'étais venu faire
peur de n'être qu'une pâle copie de qui je voulais être
peur que mon cri soit impuissant
peur de ne pas savoir assez aimer
J'ai peur que la musique s’arrête.

jms

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Je courais, courais, courais

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Quand j'étais jeune

je ne savais où aller

je courais

après mon père

après ce chat qu'il me fallait apprivoiser

après cet alphabet qu'il me fallait dompter

je courais

après mon âge

et les grands qui partaient à vélo.

 

Seul, en attente d'être grand

à l'âge du duvet sur les joues

laissant mes mots au vestiaire

je courais après filles

dans l'infortune des timides

je courais les échecs et le spleen

je courais la rime

voulais être Rimbaud

sac au dos, je courais des rêves d'aventure

je courais après la vie

les amis, le travail, une raison de vivre.

 

Je courais, courais, dans l'odeur des casernes

courais après le temps

après les larmes, l'exil et le chagrin

dans les rayonnages du mot

à frontière de raison

de l'imparfait au futur je courais le verbe être

je courais après le temps

je courais je courais je courais

jusqu'à ce que s'ouvre ce chemin intérieur

où j'ai couru de mois en mois en mois

où j'ai couru de moi à moi

 

Je ne cours plus

j'ai trouvé de l'encre et du papier

des yeux d'enfants, des yeux de chats

si grands que j'y lis le monde

je ne cours plus

j'ai trouvé des êtres à aimer

plus grands, plus vastes que le champ des étoiles

et toutes les mappemondes du monde

je ne cours plus

je suis enfin arrivé chez moi

pour être, jusqu'à ne plus être.

 

Maintenant je sais

pour aller à soi

courir est inutile.

 

jms

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Tourments de mémoire

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Il y a toujours des mots et des cris
dans les mémoires d’hommes.
Moi, je ne sais oublier.
Encore résonnent ces mots
qu'aux veillées
l'on cachait aux enfants.

Derrière l'air grave des anciens
je n'ai rien su de l'oncle disparu dans un camp
ni vu la douleur et les larmes
quand, dans un sourire amer,
on nous disait : "Allez jouer les enfants".

Longtemps, sous les nuages,
des mots et une terre effacée
ont joué l'amnésie
avant que je n’apprenne l'histoire des "Amants d'un jour"
celle d’Odette, cette tante suicidée
qu'Edith Piaf chanta.
 
Longtemps les mots ont joué l'amnésie
avant que l'on ne me raconte
l'histoire d'une lettre insipide
dont l'endos indiquait : "Madame veuve S"
en un temps où Franco assassinait
en un temps où être républicain était un crime.

Sous le franquisme, parler des purges était périlleux !
Un simple revers d'enveloppe nous avait alertés :
le cousin de grand-père était mort

C'était un temps
où la censure imposait le silence
jamais nous ne sûmes
ce qu'il advint de ces parents.

Seul, parfois un cri remonte
d'une mémoire qui ne veut pas mourir.
Cette nuit encore il grinçait
 un peu plus fort que la nuit.

 JMS

"Les Amants d'un jour"

"https://youtu.be/2m-_FzubQx8

 

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Jacques Higelin

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À Jacques Higelin

 

Il est parti ce morceau de ma jeunesse, cet arpenteur d'utopies, qui côtoyait la générosité et la folie du vouloir vivre, ce cœur trempé dans l'intense, ce roc tendre de mes sixties qui chantait la fraternité et savait dire la douleur et la folie comme personne, celui qui regardait la misère côté Abbé Pierre, côté rue, là où rien, pas même le gîte et la table sont une certitude, il est parti de ce siècle irréparé où l'utopie piétine encore dans une gare en grève.

Triste, ce siècle qui part avec ses rêves inachevés et cet espoir à ne pas oublier.

La transparence des êtres qu'on a aimés, sans même les connaître, mais dont on a perçu, dans le profond des cris, la désespérance, les rêves, ramène cet écho de leurs âmes aux couleurs du monde qu'ils voulaient construire,

                                                                                         ...  avec nous.

 

Ce soir a une odeur de pluie sans chagrin, certains êtres portent une lumière intemporelle et des rumeurs de chansons immortelles.

Ce soir un oiseau plane par-delà des jours. Les ailes d'un condor aztèque portent une mémoire teintée de l'or des grands soleils. Une voix et un regard, à l'inépuisable tendresse, s'attardent à ma table. Au cirque des "j'aime", Être ne connaît pas l'imparfait, rien de ce qui a été ne s'efface. L'invisible des sentiments n'est jamais en absence.

Ceux que j'aime résident au clair-obscur de ma conscience, dans un temps que je conjugue au futur-antérieur-présent et perpétuel.

 

Comme un regret concave, dans un verbe qui ne cherche plus sa rime, Jacques Higelin va dans ce vague à l'âme qui a trouvé sa rive. Ma tristesse n'est pas seule, il est là, comme un poème encore en écriture.

 

Ce soir, Jacques a emporté un carré de soie, une échappée de vie, une bouffée de lui. Je me souviens de Fontaine, Areski, l'Art Ensemble of Chicago… et des enfants qui pleurent…

Partis avant, partis après, les poètes ne meurent pas, mais tous nous y allons.

                                                                                                         ... Nous y allons.

jms

 

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Journée des migrants

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Parce que je porte des douleurs de harkis abandonnés et livrés aux couteaux
Parce qu'aussi, je viens d'un ailleurs où vivre ne fut plus possible
Parce que certaines larmes portent la peur et le sel
Parce que les portes ne se sont pas ouvertes quand les miens ont fui
Parce qu'un enfant est toujours un enfant
Parce que l'amour et l'éducation ouvrent aussi les consciences  
Parce que la main tendue est toujours plus forte que le fusil
Parce que les hommes changent
Parce que vivre est un droit.
 
je réitère ce texte de 2015
extrait de "Et leurs enfants pareils aux miens"


Migrant ?


D’où je viens
il pleuvait du crime et de la grenaille
des rires d’enfants écrasés à même le sol
des larmes et de la peur
plus hautes que les cieux
Laissé mes rêves
laissé mes parents

Parti
parti loin des fanatismes
des kalachnikovs barbares
qui psalmodient leurs haines du vivant
 
Je suis parti chercher le pain
je suis parti sauver mes enfants
Je suis là
à frapper aux portes des suffisances étrangères
à fouiller les poubelles
à remercier pour les restes d’un gâteau jeté
 
J’ai faim plus haut que ma honte
pourquoi faut-il toujours que l’opulence
trouve un malin plaisir à l’humiliation des faibles ?
 
Aux tables des cafés une odeur de sucre et de désespoir
aussi grande que ma misère
porte les ailes noires d’un corbeau-révolte
 
J’appelle
je marche
je marche vers ma faim
 
Vers ceux qui encore savent tendre une main
vers d’autres cieux
vers ceux qui avaient écrit sur l’ocre des terres
des mots de pierres, de briques, de chaux
et des frontons de marbre
 
Je vais vers ceux
qui écrivaient le chant des portes ouvertes sur le ciel
vers ceux qui, de trois petites notes au cœur de l’espérance
de trois petites notes sans tambour ni trompettes
de trois petites notes sans préjugés ni  fusils
de trois mots : Liberté Égalité Fraternité
avaient cru embellir l’avenir
et allumer la flamme d’une conscience nouvelle
 
D’où je viens
il pleuvait du crime et de la grenaille
du viol et des femmes écrasées à même le sol
des larmes et de la peur plus hautes que les cieux
Parti sur les chemins
parti chercher le pain
parti sauver mes enfants
Je suis là
je marche
je vais vers cette Marianne
venue d’un temps où l’âme de la France
vivait de mémoires grandioses
Où es-tu
Abbé Grégoire ?
Et toi Abbé Pierre ?
 
Où êtes-vous ?
 
Regardez vos fils
ils ont fermé leurs portes
jusqu’à l’encoignure des regards

Regardez-les
ils ont fermé leurs cœurs
sont devenus experts en indifférence
 
Pleurez mes pères !
Pleurez mes frères !
Vos fils sont devenus traders
ogres nourris aux bonus et au sang des exclus
 
Aux frontières nous quémandons la vie
 
Les oreilles sourdes
survivent aux années noires
 
Je suis là
mains tendues
si loin de mes rêves
si loin de mes parents
pour sauver mes enfants
 
Là bas, ils tuent, ils  violent, ils décapitent
je suis las
je suis là
à frapper aux portes des suffisances étrangères
à fouiller les poubelles
 
Aux tables des cafés, une odeur de sucre
enterre des temps oubliés
j’ai faim plus haut que ma honte
mon désespoir plus haut que ma faim
 
Savez-vous mes frères
Savez-vous mes pères
ils m’appellent migrant
Mais, qui fuit la mort
n’est-il pas un réfugié ?

Publié dans Textes de JMS

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Lettres à l'indien - 1

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Photo : MOSES ON THE MESA

 

*

Affronter ce regard  où la sérénité des jours heureux s'est perdue.

 

Rencontrer l'inquiétude

posée là, comme un corbeau assis au mouroir de l'espérance.

Envisager une terre sans avenir où l'enfant habite.

 

Mâchoire serrée, sous sa tenue de parade

retenir le sanglot.

 

Le passé me fait mal.

L'avenir me fait peur.

 

JMS

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À la fin des temps

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À la fin des temps,
je crains qu'il y ait un autre temps
où le temps prend tant son temps
qu'à la mitan de l’être,
sans tambour ni major qui claironne,
je redoute que ne s'installe un temps mort.

Aux extrémités de l’âge,
dans ce contretemps des mémoires
où un ventre malaxeur des consciences
ingère et digère les cent saisons du rire,
je T'ai attendu,
espéré, au long des mois d'hiver et de larmes,
des semaines  d'amour, des jours de tendresse
et des folles minutes d’espoir.

À tant effeuiller le temps,
me voilà nu
et Tu n'es pas venu.

À la fin du temps
me voilà nu et seul
face au grand broyeur d'éternité,
ce temps effaceur de mémoire
qui écrase et jette aux vents,
aux orages et aux tempêtes,
l'agenda de vie
où je vous ai tant aimés,
où je T'ai tant prié,
non pas avec des versets de bibles millésimées,
des psaumes ou des mantras tirés de livres,
non pas avec des mots psalmodiés
jetés dans l'étendue de Ton silence,
non pas non plus avec des préceptes philosophiques
ou autres recettes de bonne conscience,
pas plus qu'avec des mots de croyances enseignées
déclamés haut et droit en fixant le ciel et l’espoir,
je ne suis pas un quémandeur
croyant que prier peut acquitter l'homme de son indifférence.

J’ai tant prié, tant aimé,
avec ce qu'il y a de cris de révolte, de candeur,
dans les tréfonds d'un cœur qui quémande le bonheur
pour les enfants qui ont faim,
pour l'oiseau perdu dans un ciel pollué,
pour l'animal qui n'a plus de terre.

Je T'ai tant imploré pour le souffle, la terre et l'eau
qui sont la seule patrie du vivant,
qu'à la fin des Temps,
en cet espace où s'épuise la désespérance et l’espoir,
je crains qu'à la mitan de l'être, il y ait un autre temps
où le temps prend tant son temps,
que mes prières se perdent.

 

jms

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