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Lettre à ma petite-fille

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Tu as pris tes yeux en rond, tu t’interroges. Qui es-tu, me demandes-tu ?
Ah ! ah ! je m’inquiète, ta question m’inquiète, elle pose problème…

 

Je ris, je galège comme on dit ici. Toi, tu te demandes, tu m’évalues.
C’est étrange, je suis le problème, et tu es la question.
Tu me toises. Dans ton regard une suspicion amusée, un éclat de curiosité insensée, et des étoiles. Je n’appartiens à aucune espèce référencée. Les vieux gamins n’existent pas, enfin tu le crois et tu demandes.
Autant me demander le poids du vent, la couleur de l’amour, la durée du jour, la densité de l’attente, ou comparer l’hélium et la tendresse.
Question folle, immense, démesurée comme la candeur de tes certitudes, de tes peurs. Je suis du royaume du loup et des fées, je connais l’arbre à bonbons, le pays des fourmis roses. Je suis le vieux gamin fou, celui qui sème du doute et du jeu dans tes certitudes. Que pourrais-je te dire d’autre, moi qui n’aime que le vin, l’amour et l’amitié. Moi qui crois que l’amour et l’amitié se jouent de la raison. Moi qui t’aime sans but, sans intention. Je suis un animal qui se nourrit d’instinct, moi qui aime sans raisons, moi qui crois, à tort et à raison, aux vérités instinctives.
Rien d’autre que la taille de tes yeux, la couleur de tes larmes, et ma douleur quand tu pleures. Tu es la frontière brisée, celle que je franchis par sourire et par cœur. Je suis le vieux gamin qui veut du pain, de l’amour et de l’amitié. Le vin n’est là que pour la musique des mots, pour la couleur de l’instant, mais je pourrais t’aimer sans vin, sans pain, sans rien, nu et infirme, comme cette mer de dunes, comme ce désert qui se souvient de l’eau et qui regarde encore le futur.
Tu ne sais rien toi, tu arrives. Tes yeux en rond m’interrogent et je voudrais te parler du goût de la vie, de l’amour, de l’amitié, des fées et des canards roses. Mais comment te dire que rien de ce qui est important ne s’explique, comment te dire que mon chat m’aime et que j’aime mon chat. Pourtant, mon chat me préfère le soleil et donne ses ronrons au vautour d’en face, un tartuffe qui l’achète avec une ration de pâté…
Comment te dire que rien d’important n’est à hauteur de raison. Quand je coupe mon pain en quatre pour nourrir mon chat, ça ne l’empêche pas de rêver, d’avoir des mains griffues, ou d’avoir froid.
Comment te dire qu’on n'est riche que de ce qu’on aime. Je suis riche de toi, de mon chat, de l’amour et de l’amitié, du vent et du passé, de rien qui soit à hauteur de raison. L’amour et le bonheur sont des constructions imaginaires, bien plus réelles que le réel.
Tes yeux en rond m’interrogent. Et je ne sais que te dire sinon que je viens de loin. J’ai la tristesse et la joie consanguines, je ne suis pas un homme standardisé. Même quand il fait beau j’aime mes amis, les gâteaux et les épreuves.
J’ai fait ma route et tu arrives.
Dans mes lointains, Grand-mère disait "la pluie n’irrigue pas tous les champs, le désert n’est pas loin". C’était un temps de palmiers et d’enfance, j’avais du rouge dans mes cahiers et du bleu sur le cœur. Grand-mère disait aussi "le bon vent ne porte pas que l’odeur des roses". Et pourtant je ne peux vivre sans respirer, sans rire, sans partager.
Tu me demandes qui je suis, comment faire, comment vivre… mais je ne sais rien ! Les chats malades et les comment faire me persécutent. Chaque jour je vieillis et ma porte s’ouvre moins grand. Pourtant, aujourd’hui, je vois mieux mon étroitesse, mon ventre rond, mes cheveux de sel, j’ouvre plus grand les yeux. J’ouvre plus grand le cœur. Tes yeux en rond m’interrogent. J’ai fait tout ce chemin et je ne sais que te dire.
Moi qui t’aime sans but, sans intention, je suis un animal qui se nourrit d’instinct, un animal qui aime sans raisons et qui croit, à tort et à raison, aux vérités instinctives.

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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Comme un marin

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Je suis parti à la vie
comme un marin part à la mer
sans savoir

sans savoir si le retour
est au bout du voyage

sans peur

 J'ai ouvert le jour et la nuit
j'ai cru aux étoiles
j'ai mangé du vent et de l'Histoire

Le prof m'a tapé sur les doigts

sans cesse
j'ai franchi la frontière
celle qui va d'hier à demain

 celle qui longe le fleuve de l'instant :
Le Maintenant

 Je respire

 Je sais
entre le faire et l'oubli
il y a des cascades
des ponts sur les flots
des mots sous les ponts

 chaque main tendue
est un pont qui ouvre les solitudes

 Je respire

 Je suis là
tout près de moi
j'ai cloîtré le silence et les nuages

 Entre deux rêves et la question
j’ai posé la nuit sur le tabouret
entre le noir et la lumière

 elle a si grand
la couleur de l'immense
qu'elle dépasse l’éternité
sort par la fenêtre
déborde, palpite
comme un corps de femme

 Toi
dans le lointain
tu cours
tu marches à ta rencontre

La nuit
JMS - "Mon chien mène l'enquête" - Éditions Chemins de Plume - 10 €beauté endiablée
est là
avec ses soleils papillons

qui frappe à nos carreaux

 Tu cours

Je marche
comme un  marin part à la mer
sans savoir si le retour
est au bout du voyage
 
En quête de lumière et de vérités
je vais de moi à moi
sans peur.

JMS - in "De moi à moi" - Editions chemins de Plume - 12 Euros

 

 

 

Publié dans Textes de JMS

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Retour de silence

Publié le par Jean-Michel Sananès

 

Je ne paraphraserai pas Prévert en vous déclarant Tu, "je dis tu à tous ceux que j’aime", cela serait d’une excessive prétention, mais peut-être accepterez vous, vous qui parfois vous arrêtez sur mon blog, le nom d’ami.
Ainsi amis, excusez les absences dont je suis coutumier quand la vie m’appelle ailleurs, ou quand je rentre en écriture et en silence.
Dans cette absence, j’ai accouché de mon dernier recueil "De moi à moi ". C’est un voyage entre ma folie ordinaire et un regard non sans ironie sur moi même.

Publié dans Informations

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Etre fou

Publié le par Cheval fou (Sananès)

J’ai traversé l’espace

d’un rire à un amour

d’un mot d’enfant jusqu’à l’hiver

 

J’ai eu

un cerf volant

un chèvrefeuille

du papier blanc

un crayon rouge

 

J’ai chanté

J’ai traversé la rue

J’étais qui je croyais

Je me regardais passer

Je caressais de grands dragons bleus

Je me parlais fort

 

Être fou

être libre

être plus beau que beau

être plus grand  que grand

savoir que les rêves changent le monde

savoir que la mer est bleue

savoir la distance entre l’être et le devenir

 

Entre hier et aujourd’hui

qu’ai-je oublié

 

Je ne joue plus

je suis sage

je suis pauvre

j’ai oublié

 

Je ne vais plus à moi

Je ne vais plus de moi en émois

je n’ai plus d’été

je sais le chemin entre être et avoir été

je sais la distance entre être libre et  adulte

 

Je suis sage

je suis pauvre

je ne suis plus fou

 

Entre goudron et désespoir les poissons trient la mer

entre moi et moi j’ai perdu le rêve

j’ai traversé la vie

ce soir je tailladerai la raison et ses barreaux

ce soir j’irai me voir

ce soir un oiseau chantera.

JMS - in "De moi à moi" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

Publié dans Textes de JMS

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Jean-Marc Lafrenière

Publié le par Jean-Michel Sananès

NEIGE

Loin du feu, c’est comme une autre vie, comme si les mots passaient à travers le papier. On écrit blanc sur blanc. Il n’y a plus de phrases, que les yeux ronds des bouleaux et les ailes des corbeaux. Tout l’espoir est figé dans le frimas des vitres. Il n’y a plus rien devant les yeux que le blanc du silence. La porte s’ouvre sans éveiller le bruit. On entend quelques voix derrière le paysage, l’espoir des racines dans les mains pleines de neige.


Extrait de NEIGE http://lafreniere.over-blog.net

Publié dans Ils disent

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En traversant le matin, tu te cherches

Publié le par Cheval fou (Sananès)

À l´intérieur
À l´extérieur,
J´ai tué le réveil,
mangé ma montre,
des spaghettis et des lardons,
j´ai rêvé, j´ai vu, j´ai bu.

Dans la panique du miroir,
dans la pointe de ta plume,
c´est un rêve triste qui ruisselle
c´est une quiétude irradiée.
Tu es là qui te cherches sans savoir où tu es.
Tu es là où tu es,  mais tu ne sais pas qui tu es.
Est-ce toi qui te regardes ou toi qui te cherches ?

J´ai perdu mon rasoir,
j´ai tué le réveil,
mangé ma montre.
Dans la panique du miroir
à l´intérieur,
à l´extérieur,
le matin est passé.
Il est quinze heures
j´ai bu, j´ai vu, j´ai rêvé.
Tu te demandes qui tu es.
Est-ce toi qui te regardes ou toi qui te cherches ?
C´est une quiétude irradiée.

Sois sans crainte,
sans lunette sans sextant,
je te dirais où tu es.

JMS - in "De moi à moi" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

Publié dans Textes de JMS

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La colombe

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Si je cherche encore le rire

aux yeux des bébés

et la joie

aux jeux des adolescents

et le rêve

aux creux des matins

et la paix

à l'aurore des devenirs

et l'amour

aux yeux des visages

 

je ne suis pas d'un autre âge,

 

Si je ne suis plus qu'un oiseau blessé

au loin des chemins de certitude

ne sachant se taire

dans des déserts de solitude

 

ne coupez pas mes ailes,

Et même si je ne bois pas à vos idées

Et même si ma route solitaire

va vers des millions de nulle part

aux crépuscules blafards

 

même si l'on m'appelle colombe,

 

Chiens gardiens d'idées

ne brisez pas mes ailes,

 

rendez l'amour

aux amitiés disloquées,

 

ouvrez la cage aux principes

libérez la tolérance,

 

Et comme dans le premier matin du monde

je renaîtrai de l'espérance.

 

JMS - in "Cheval fou" - Editions Chemins de Plume - 12€

Publié dans Textes de JMS

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Aux armes papillons

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Une eau perdue dans le Sahel
une larme sur le ventre des douleurs
Ce soir
l’horizon manque de hauteur
l’infini se réduit au carré
Pleure papillon

Tes rires sont des étoiles
entre les frissons et le matin
Je creuse la nuit jusqu’à la trame
Aux larmes citoyens

Où vas-tu ma tendresse
dans cette marge qui borde le destin ?
Dans ce dehors
l’horizon mord ses nuages
l’infini se réduit au carré

Le ciel est bas
j’ai rêvé trop haut
Dans les travées du jour
les murs hurlent leurs vanités

Sur l’asphalte des rêves
le quêteur d’étoiles cherche sa Grande Ours

Une eau cherche sa source

Une larme perdue dans le désert
Aux armes papillons.
JMS

Publié dans Textes de JMS

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Etre chien aujourd'hui

Publié le par Cheval fou (Sananès)

J´ai eu peur d´être fou. J´ai marché dans la rue en pensant à ce que m´avait dit mon chat quand je lui ai avoué que parfois je me prenais pour un chien. Ne riez pas, mon chat dit que si être chat aujourd´hui est aussi terrible qu´être poule du temps des renards, être chien aujourd´hui, avec la fourrière, est aussi dur qu´être juif en 40, mais, a t-il ajouté, les chats ne dénoncent pas !

Je ne suis pas rassuré, mon chat est sympa mais, j´ai peur, je n´aboie plus en regardant la télé.
JMS - in "De moi à moi" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

Publié dans Textes de JMS

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Victor Varjac

Publié le par Jean-Michel Sananès

J'apprendrai

J’apprendrai ton visage
sur le bout de mes doigts
et dans les profondeurs
fugitives des astres
j’emporterai si vite
ce joyau d’espérance
que le jour interdit
sans un mot de lumière
n’osera plus lever
son regard vers le ciel…


J’apprendrai ton amour
dans la soie du baiser
et comme le fleuve se mêle
à l’océan sans borne
nous plongerons nos cœurs
dans la sève du monde…
… et j’apprendrai ton corps
dans l’étreinte du sang
où les voix de la chair
à l’aube des légendes
découvrent le brasier
qu’entretiennent les anges…

Le chant des coquillages
Editions Chemins de plume

Publié dans Ils disent

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