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La passante

Publié le par Ile Eniger

Cet article est reposté depuis une source devenue inaccessible.

Col relevé, manteau fermé, robe déteinte, soleil blafard, c’est la saison frileuse. Le froid gagne. Les mots gèlent aux poings. Les lignes ne font plus sens. Le texte piétine dans ses doutes. Parfois s’épelle un nom. La campagne nue comme une vérité démarie les blés des coquelicots. Les loups ont fané aux mémoires. Va-t-on encore au bois ? Plus personne n’en parle. Il ne restera pas une semence d’histoire. Aux planches des cabanes, la fente du jour peine. Des arbres bras coupés font les épouvantails. Mal brûlée, une paille tremble. La tombée du soir gèle la lumière. On entend des voix faibles. C’est la saison du peu, la saison basse. La passante.

 

Ile Eniger - Un violon sur la mer - Éditions Chemins de Plume

 

La passante
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Je ne suis pas une couleur

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Je ne suis pas une couleur
je suis un fils de tempêtes et de printemps
l'enfant d'amours bavardes
et de ce cri mulâtre
qui court dans le sang de toute vie.

Je suis l'enfant du verbe et du vent
de la pluie et de la graine des devenirs.
Je ne suis pas une couleur, pas une religion
je suis celui qui vient, celui qui va,
un souffle égaré dans les tracas de l'espoir
dans les flambées de la folie des hommes
je suis celui qui contre tous
offre des bras ouverts à qui vient sans haine
celui qui face au bâton,
face à l'injure, face à la haine
face au préjugé, face à la suffisance
reste frère et solidaire.
Je suis un homme de toutes couleurs
sans réticence ni crainte
pour qui vient
en quête de pain et de lendemain
pour qui se veut être unique et pareil à tous.

JMS octobre 2020

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Digression agnostique (Lettre aux guerriers des dieux sanglants)

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Pour les détenteurs de vérité
ceux qui ont la formule du Suprême
et partent à la guerre
Pour ceux qui la font
croyant que Dieu est avec eux
je prie
car : Heureux les pauvres d’esprit le ciel est à eux
Dieu a une formule :
matière + infini + vide + énergie
= Vie + Mystère
Qui touche à la vie conjure contre Lui
Dieu ne s’enferme ni dans des mots
ni dans des croyances ni dans des images
c’est le mouvement du Tout vers autre chose
Homme pétri d’amour
oublie la haine
car tous nous sommes
fils des dieux clairsemés de par le monde
car tous nous sommes
fils des mille idées germées
à l’écoute du lendemain meilleur
Guerrier des dieux homicides
qui porte la mort à la pointe de la prière
ne parle plus d’amour
Camarade horri-flammé de l’ordre rouge
militant gammé des désordres noirs
qui taille ton tribut dans la chair des peuples
ne parle plus d’humanité
Militants, camarades
et guerriers des dieux sanglants
vous qui n’êtes
que de mort et de diable
Sachez, maîtres de la haine :
les cieux et les idées
que vous revendiquez
ne sont la propriété de personne
d’aucun dogme
d’aucun pouvoir
Religions et doctrines
sont locales et temporaires
leur exportation guerrière
est nécessairement colonialiste
Maîtres du malheur et des pleurs
nos morts innocents vous attendent
craignez nos cimetières
s’il est un ailleurs nous vous y attendrons
mes frères sont Juifs et Palestiniens
Berbères aux yeux clairs
Arabes au teint mat
âmes volées à la liberté
hommes noirs
Indiens du Pays d’Honduras
torturés du dollar
Bosniaques abandonnés
enfants des dieux anciens
dont on a pillé les âmes
débris noirs au pays d’oubli
et sang jeté sur les pavés d’Alger
Ici-bas, nous sommes la nation du monde
Notre légitimité est d’amour
quand votre imposture tisse
les sermons doux fielleux
qui s’en réclament
Ici-bas, mes frères vont tous
coeur ouvert
vont tous
l’âme en larmes
ouverte sur la douleur des hommes
Ici-bas, avec eux je vous demande :
Quel dieu enfanta tant de haine ?
Quel idéal, quelle foi
revendiquera tant de crimes ?
Homme pétri aux souillures de l’Intolérance
retrouve les chemins de l’Amour
car il n’est ni religions vraies
ni authentiques morales
qui puissent confondre
l’Amour et la Mort
la soumission et le vouloir
Es-tu encore Homme
homme pareil à moi
qui ne connaît encore
le plus fondamental
le plus divin des droits
celui qui s’appelle justice ?
Ici-bas
range tes armes
prends nos larmes
dépose ta haine
prends ma main
rejoins-nous
car nous sommes la nation humaine
Allons proclamer
que tout ce qui vit, mange
boit et souffre a droit au Droit
Allons proclamer
ce que la raison demande
ce que le cœur exige
Allons jardiner la raison
semons l’utopie, ce rêve à fleurir
déjà, les Droits de l’Homme
sont nés d’un rêve
le monde a encore besoin d’utopie
Alors
un jour
je promets
un jour, les exclus du monde
connaîtront le droit au pain et à la dignité
Un jour
toute espèce
rescapée du grand holocauste
pourra vivre en ce monde
que nous avons accaparé
toute création y trouvera ses droits
Un jour, c’est sûr
un jour
l’Amour fera loi au pays de Justice.
1975
 
in Cheval fou
et Chemin de pluie et d'étoiles - Tome 1
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Du chien à l'homme

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

La grande différence entre le chien et l’homme, c'est que lorsqu'un chien en rencontre un autre, quelle que soit sa taille ou sa couleur, il le reconnaît en tant que semblable ; le teckel reconnaît le berger allemand et tous deux se savent chiens. Chez les hommes, certains d'entre eux sont si peu apparentés à l'humanité qu'ils pensent que leurs dissemblables doivent disparaître. Là est toute la différence. Certaines cultures se fanatisent pour faire de la haine de l'autre leur identité fondatrice, d’autres, en dépit de leurs propres sectarismes, tendent à s'ouvrir à une universalité, à l’empathie, et au droit de réfléchir pour aller vers la solidarité et l'accueil fraternel.
JMS
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Le mot

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

L'homme sans le mot,
ne serait qu'un animal instinctif
une âme qui cherche sa raison
une douleur qui se sait mais ne s'explique pas
une liberté qui ne sait se nommer
un rire qui ne sait pas le bonheur
un brin de vie, une conscience sous séquestre.
Rien de ce qui ne se nomme n'existe vraiment
l'amour ne se donne que si on le dit
l'amour n'est pas dans le faire
Il est dans la chair d'une pensée
dans le corps d'un mot qui se vit
rien n'existe qui n'est point nommé
Le mot est un silence qui arrache ses chaînes.

5/09/2020

 

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Les chiens avaient été lâchés

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Les hommes de foi, les hommes à drapeaux
et les chiens avaient été lâchés.
Un vieil enfant disait : "Ouvrez vos cœurs".

Je ne suis ni doctrine, ni religion
ni l'héritier de crimes que je n'ai pas commis
ni l'enfant Falacha
ni l'enfant Noir d'Amérique ou de Palestine
ni le Juif, ni l'Indien
ni le Ouigour ou le Yazid
je suis fils de la vie et de l'arc-en-ciel
et si j'erre encore sur cette Terre
laissez-moi être ce vieux républicain
cet affamé d'hier
cet adolescent en fête sur les barricades de l'utopie.

Si la balle me fait tomber,
quel que soit le jour, quelle que soit l'année,
je ne serai jamais qu'un enfant en peau d'homme.

Dites aux hommes de foi, aux hommes à drapeaux,
qu'il y avait en moi une maison de vie
des mémoires ancestrales
de vieux disparus sur des champs de guerre
des enfants partis guerroyer sur des chants de paix.

Dites aux chiens lâchés qu'il y avait en moi
des mémoires de tableaux noirs
des grincements de craie
des caresses de chats
une odeur de fleurs
et des terres sans barbelés.

Dites la flamme au cœur que portait ma mère
les vieilles douleurs de mon père
et une femme aux yeux doux
assise près de ses larmes.

Et, ne l'oubliez pas,
encore en moi un reste de pardon
et cet amour qui ouvrent le jour et l' à venir.

jms à paraitre

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Orage sec

Publié le par Ile Eniger

Cet article est reposté depuis une source devenue inaccessible.

Je cherche partout mais tout est nulle part. Je ne sais plus rien du ciel et de la terre. J'ai cessé d'écouter, interroger, espérer. Sentier sans balises, pierre oubliée, violon sans archet, orage sec, et les mots pour silence. Une nomade plantée au milieu du hasard, voilà ce que je suis. Un risque misérable bien lourd pour une vieille mule.

 

Ile Eniger - Les mains frêles (à paraître)

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Jean-Marc La Frenière : Respirer l'infini

Publié le par la freniere

Cet article est reposté depuis LaFreniere&poesie.

Le jour bouge et vacille comme l'ombre d'un arbre, le profil d'une vague. Les fleurs reconnaissent leur parentèle. Elles poussent en famille, les zinnias avec les zinnias, les tournesols avec les tournesols pour regarder le soleil. Les montagnes s'étendent toutes nues ou habillées de vert, dressant leurs mamelons rocheux. Le houblon s'enroule autour des bouleaux comme des cheveux de femme. Je vais, sentant le sec et puis l'humide, l'odeur des fleurs ou des plantes, le romarin, le basilic, le thym, le grand noir de la nuit ou l'air brûlant du jour. Mon cœur cogne et demande à sortir. Il toque contre la peau et les poumons se gonflent dans la cage thoracique. Tout est précieux, une brindille, un pétiole, une feuille. Tout est utile, un brin d'herbe, un grain de sable, un poil parmi d'autres. La terre n'en finit pas de marmonner comme une vieille édentée, murmurer dans les eaux, soupirer dans les grottes, le ciel d'éclairer même au milieu de la nuit. Mille questions nous taraudent. Toutes les réponses nous entourent, le jappement d'un chien, les pin-pon d'une ambulance, le rire d'un ruisseau, le ronflement d'un chat ou celui d'un moteur, le sifflement des balles, l'étonnement d'un enfant, les cris d'amour des musaraignes, la taille des objets, l'âme des arbres, celle des hommes. Il faut les déchiffrer, défricher les énigmes, déchirer les pans de mur, écorcer les écales du sens. Puisque le sommeil des choses est sans rêve et sans trêve, je veux saisir la vie avec ses pages trempées de boue, ses bouts de comédie humaine, ses brouillons, ses brouillards, ses bafouilles et ses mots, sentir l'odeur de l'immense,  respirer l'infini.  Depuis tout petit que je m'échine à grignoter les mots, le pain du jour tombé en miettes. J'écris comme une brouette chargée en trop, une soupe qui déborde, un petit-lait qui monte. Je voudrais que ce livre écrit sur rien se tienne par ses phrases, non pas leur style mais l'âme qui les habite.

Ce n'est jamais les choses que l'on voit, mais son regard sur les choses. Je ne suis pas doué pour la parlotte. Je défigure la parole. Pourtant, je tiens à la vie par les mots, le s du sperme, la barre sur les t, les points sur les i, les différents accents, le v du vol des oiseaux, l'électricité des choses, l'énergie de la terre, la décantation des roches, les mouvements de langue, les dés jetés, le déjeté des ballerines, la fraîcheur de l'eau, le e muet des gestes, la couleur des moissons, celle des peaux, la souplesse du cuir, l'initiale des noms, des minuscules aux majuscules, l'esperluette et les guillemets. Tous les hommes se valent, du pire au meilleur. Ce sont les conditions qui changent. Le temps passe. Les blés jaunissent. Les sentiments dégringolent du cœur et courent dans la vie. Chacun vieillit en suivant ses organes et sa chair, ses tripes et ses pensées. Enfer et ciel sont en nous, peu importe les religions ou les idéologies. Chaque jour apporte un jour. Chaque heure fait son temps. Chaque homme porte son poids. Il y a la vie. Il y a l'homme. Il y a la mort aussi. Pourquoi a-t-il fallu qu'on ajoute l'économie, cette engeance aussi sotte que la chose militaire? Alors qu'une bonne partie de la planète meurt de faim, on ne calcule pas le prix de chaque bombe, chaque sortie d'avion, chaque sous-marin, chaque soldat. Avec une minime partie de ces dépenses tout le monde pourrait manger, se loger, s'éduquer, s'amuser. Il faut souvent se détourner de l'homme pour apprécier la vie. Les verges d'or envahissent la campagne. J'écoute le bavardage des oiseaux et les grenouilles qui ricanent. Des papillons balaient leurs maisons d'herbes folles. Je ne suis pas un chercheur d'or. Je cherche l'homme encore debout. Je poursuis ma route, de la caresse nébuleuse des étoiles au baiser géologique des montagnes. Tout commence à partir d'une goutte, l'homme et la rivière, l'esprit et la matière, le ton et la manière, toute la faune et la flore à partir d'un arbre et le cri d'un grillon.

Jean-Marc La Frenière

 

http://lafreniere.over-blog.net/2020/07/respirer-l-infini.html

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Mes nuits ne me font plus peur

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À l'euphorie des possibles 
J'aime savoir la mère et l’enfant 
sous l'arbre porte-destin et ses envies de fleurs 
Les nuits ne me font plus peur
J'aime voir le jour s’enraciner 
dans l'espoir de lendemains sans fin 
J'ai tant appris du siècle et de ses griffures 
qu'aujourd'hui mes nostalgie reculent devant le pas d'un enfant 
Je ne sais pas ce que devient l’attente
J'ai perdu le goût de la question
J'aime à la frontière de l’heure 
J'ai tant appris que demain n'existe pas sans bonheur
Je sais la traversée des dimensions
Les ronces de l'absence, le flou des crépuscules
je les ai si souvent côtoyés 
que même parti,
je creuserai le néant, l'espoir et le vent 
jusqu'à y rencontrer l’intelligence
le lilas et l’oiseau, et l'amour si loin qu’il soit 
je le sais aussi vaste que ces mots 
qui défilent cherchant le papier 
comme terre d'accueil emplissant le néant.
jms 20/09/2020
 
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Article publié depuis Overblog

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

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