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Sang de lune / Quel est ton nom ?

Publié le par Cheval fou (Sananès)

À leur fenêtre
ils ont mis la mer en garde à vue
et les nuages en souricière

Je voyageais, ma gibecière pleine
pleine des gris nuages de la faim
et des peurs de dictatures lointaines

Plein de rêves et sans papiers
je suis en interdit
je vis et je t'aime

Et toi, ma sorcière
ma belle
mon aimée ?
Papiers et sans papiers
espoirs et rêves sous surveillance
ils ont fermé la mer et les nuages

Espérance libertine du bonheur
divagation des idées et des hommes
sur voie publique, interdite

Belle, ma sorcière carnivore
dévore mes rêves 
ignorants de frontières

La tête pleine
je vais ailleurs et partout
en royaume d'idées policées
là où l’on garde la faim pour les autres
je suis la bouche et la vie en trop
la misère exportée

Mes chaussures, ma vie, sont usées
j’ai faim, j’ai froid
ils ont tué Sangatte

Là où je suis, l’espoir broie du noir
toi que je cherche
sur l’autre face du rêve

T’appelles-tu encore Albion* ?

Plein de rêves et sans papier
je suis en interdit
je vis et je t’aime

Et toi ma belle
ma sorcière
mon aimée carnivore

T’appelles-tu toujours Marianne ?


* Albion : ancien nom de l’Angleterre

JMS

Dans : "Occident/Accident de conscience" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

Publié dans Occident de conscience

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Le sourire (humour)

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Ceux qui parlent de beauté intérieure n’ont pas  vu mes radios !
(humour)

UN-CHAT-DANS-LA-GORGE.jpg
Rassurez-vous ce n'était qu'un chat dans la gorge et le coeur un peu haut !

JMS

 

Publié dans Aphorismes de JMS

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La patience de l'eau

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Au début était le Néant.
Froissé par le poids de la solitude, il s’était replié sur lui-même, jusqu’au jour où, lassé de son immobilité, il se scinda en énergie et en conscience. Il emplit le vide et découvrit alors la beauté, le rêve et l’imagination.
Ceci fait, il décida de jouer à autre chose.
Il fit bing et bang !
Nous étions deux heures moins dix avant la Création.
Dans un premier frisson, il s’étira et découvrit le plaisir d’être, sentit l’ivresse du mouvement.
Cela lui demanda cinq jours qui furent comme cinq éternités.
Au sixième jour, il enfanta la matière et lui demanda d’être son corps. Il la nomma Univers.
Il l’organisa en lois, en structures et en particules.
Curieux de lui-même, il s’observa un jour durant.
Ce jour dura une éternité.
Enfin, au septième jour,  il se reposa d’un repos bien mérité.
 
De ce tumulte bouillonnant naquirent les trois éléments de son corps.
Curieusement, les élements, au lieu d’être heureux de vivre, ainsi, les uns avec les autres, ils se jalousèrent :
La conscience de soi, c’est bien compliqué car de l’observance naît l’envie.

Eau frémit de partout, joyeuse et vive comme un rire cosmique, elle s’écria :
- Je suis la vie et la mémoire du monde !

Vent, comme un frisson galactique, amicalement, la prit dans son manteau, ainsi que tout ce qui était.
- Je suis si grand, dit-il, que je peux tous vous contenir.
En jouant tour à tour de la caresse et de la tempête, il visita le monde.
 
Roche fut très fière d’elle-même.
- Pauvre Vent,  dit-elle, c’est tout juste si tu existes, nul ne te voit et tu te déchires pour nous laisser place, tu n’as même pas de corps.
Puis, elle se mit à plaindre l’eau
- Pauvre Eau, dit-elle, qui n’a ni forme, ni force, tu ne sais que glisser vers le fond, alors que mes cimes s’enracinent dans le ciel.
On ne peut pas dire que Roche fut très diplomate.
Vent était futile et pressé, il partit en crissant et hoqueta :
- Moi, je suis fait pour voler et parcourir le monde, je suis fait pour tout voir et renaître sans cesse. Réfléchir ne m’intéresse pas. Laissez-moi courir. Le monde est à moi.
Eau était plus susceptible. Vexée, elle répliqua :
- Je suis faite pour courir la terre et changer selon mes humeurs. Je peux aussi avoir mes vapeurs et voler tout comme le vent, disparaître et renaître, aimer et me battre et même, s’il me chante, me changer en pierres de diamant par temps froid. 
Roche se gaussa :
- Passez, formes fragiles, je suis la force et l’éternité, je vous regarderai sans broncher courir vers des rivages inutiles et vous déformer à mon contact. 
Le monde ne m’intéresse pas, il me suffit d’être. Mon voyage, c’est la traversée du temps. Courez, pauvres sans-formes, vous ne saurez jamais, comme moi, caresser l’éternité, mon destin est de m’asseoir à ses cotés.
Vivez, disparaissez et renaissez, si tel est votre plaisir. Vous ne pouvez m’inquiéter, regardez-moi : Nature m’a faite si forte et si belle ! Regardez comme je suis typée et variée, je suis faite de pics, de monts et de plaines, je vous porte sans effort.
Prenez-moi donc en exemple et essayez de vous durcir. Asseyez-vous près de moi et passons l’éternité sans broncher paisiblement dans le silence.
A vous déchirer sur moi, vous me faites pitié.

Vent ne dit rien. Il se contenta de siffler un air qui lui plaisait, de courir et de se reposer.

Eau portait la mémoire du monde et elle garda sa colère toujours intacte, ce qui ne l’empêcha pas de couler des temps heureux et de jouer au nuage et à la glace. Et cela, des semaines de millénaires et des millions d’années durant.
Inlassablement, elle jouait au nuage pour remonter au sommet des montagnes et là, elle jouait à Pluie, faisait du toboggan sur le dos de Roche.
Elle fit cela avec tant de patience, d’obstination qu’elle découpa Roche en Pierres et Galets, les fit rouler, les bouscula.
Roche gémit, Roche pleura, Roche s’insurgea .
Roche trouva ce procédé d’une parfaite indignité, traita Eau de sournoise, pendant que Vent riait.
- Donne-moi des coups d’épaule, bats-moi avec noblesse, mais cesse de me détruire traîtreusement avec tes caresses.

Eau répliqua avec ironie :
- tu sais maintenant, lourdaude, que ma force vaut bien la tienne. Car ma force c’est la patience du Temps. Puis elle partit courir le monde sous la caresse du vent.

Elle n’oublia rien car elle est la mémoire du monde.

Elle pardonna.
Ainsi ils firent la paix.
Ainsi, ils enfantèrent la Vie.
Poisson fut un de leurs premiers enfants


JMS - Extrait de :  Aube Fantasque Autobiographie d'un vieux rêveur

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Lettre à l'enfant qui dort (ou l'enfance algérienne)

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Je viens d’un monde ailleurs

 

Ici on dit treize heures.....mais là-bas.......

 

Connais-tu cette chaleur brûlante d'une heure ? Quand l'ombre de l'église et des platanes se fait si petite que tu prends ton souffle avant de traverser la rue pour vite aller te tapir dans une autre ombre ?

 

Même les bruits s'y font différents, secs, brefs et mats. Tiens, je me souviens... Même la cloche de l'église retenait son souffle pour pousser son plus petit cri de la journée. A cette heure, la place, le kiosque, les terrasses des cafés, les ombres des palmiers, semblaient cloués au sol, tétanisés comme des flaques de lumière et d'ombre sur une carte postale.

 

Dans les maisons fermées, les enfants rusaient pour ne pas faire la sieste.

 

C'est vrai, tu n'en sais rien, toi, tu es d'ici, c'est ta certitude, tu dors et je te regarde, il est treize heures et tu ne sais rien de la bouffée d'air brûlant qu'on aspire comme la fumée d'une cigarette, douce brûlure, aimée comme le goût d'un pays.

 

Il est treize heures. Dans l'ombre, les silences ont tant de choses à dire.

Il est treize heures et le soleil a envie de folie, il se croit comme là-bas, fort à créer la torpeur.

 

Dans cet ici, blottis dans des carrés de mémoire, pêle-mêle, temps et vie, passions et regrets, rangés au fond d'un cœur.

Tu ne sais rien de cet ailleurs où chaque heure avait son poids de vie réglé au rythme profond des soleils et des parfums.

 

A six heures, tu dirais dix-huit heures, les martinets joyeux allaient s'assembler sur les câbles téléphoniques tendus au ciel des rues, arrimés en leur extrémité à des gobelets de turquoise.

A cette même heure, l'ombre des entrées des maisons, les feuillages, libéraient un flot de vie dans l'avenue principale sous la chevelure fantasque des palmiers, chimères fidèles et bienveillantes qui semblaient garder un bonheur éternel.

 

A cette heure, la vie bruissait et glissait de toutes parts. Les éclats de voix, les klaxons, les cris d'enfants, naissaient comme une marée puissante, invisible et forte comme le vent.

 

Comme les arbres qui jalonnaient cette quiétude, enfant un peu seul, j'épiais ces cris, regardant les heures.

 

 

Extrait du roman : "L'enfance algérienne"

et  du recueil de poésie "Lettre à l'enfant qui dort"

 

Publié dans Mémoires d'Orient

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Algérie, le chemin où le loup guettait

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Le cristal de l’enfance s’ébrèche quand vient le loup. L’hiver 1954, le loup guettait quand il prit Grand-père. Aucun rire, aucun blagueur ne résiste à son l’appel. Même Sethi, le vieux Sethi, celui qui lui rendait visite, l’ami revenu du Chemin des Dames, l'avait rejoint avec son tablier de pauvre et sa béquille. Longtemps qu'il toussait des restes de gaz moutarde, longtemps que le cri du fauve soufflait dans ses vieilles bronches.

La campagne grondait comme une souricière. La mort avait de longues dents.

À 8 ans, à la Toussaint, j’ai su que nous habitions la tanière du loup. À 8 ans, j’ai su qu’il n’y a pas d’âge pour être grand, ni d’âge pour être enfant. À 8 ans, j’ai appris que vouloir être qui l’on est, suffit. À 8 ans, j'ai compris que la destination m’était moins importante que le chemin.

Grand-mère avait la patience de ceux qui partent. Le secret habitait sa maison. Lorca la faisait pleurer, des noms jaillissaient du noir. Je n’ai jamais su s’il avait été utile à mon père de vouloir être plus fort que ses peurs d'homme, je n’ai jamais su ce qu’il savait du bonheur, il était mon père.

Depuis le premier hurlement du loup, je n’ai jamais cessé d'être le petit garçon qui en a peur, le petit garçon qui sait que, jusqu'au bout, il lui faudra se battre pour mériter la vie.

J’ai toujours su qu’il me faudrait parcourir cette brisure d’éternité où seule la beauté rassure. Tout cela, je l’ai appris en regardant le ciel d’Algérie et ses hirondelles hiéroglyphes courir entre le silence de mon père et l’aridité des peurs.

Depuis, le loup a tout mangé, les amis ont essaimé loin d’une enfance devenue étrangère, mon père est parti, et ma mémoire est un pays d'exil. Sur ma route de Poucet, si vieux que je sois, il me faudra encore semer des mies de beautés et des croutons de douceurs, si les oiseaux les mangent, plus fort que mes peurs je ferai canard et chanterai le bonheur d'être encore là.

Il y a longtemps que je le sais : les imbéciles ne croient pas au loup.

jms

Publié dans Mémoires d'Orient

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Salon du Livre de Nice 2012 (Nouvelle)

Publié le par Cheval fou (Sananes)

C’était un temps indéfini entre sucre et brouillard, les années passaient, se bousculaient, se hâtaient de venir et revenir. Ma jeunesse était restée loin de là, prisonnière de la première moitié d’un autre siècle. Rien, jusque-là, ne m’avait prédisposé à prévoir le futur ou mes rencontres à venir. Encore une fois, les ans se refermaient sur un printemps paresseux qui n’avait su chasser ni la pluie, ni les nuages.

Le Salon du Livre de Nice 2012 était arrivé comme passent les oiseaux dans l’indifférence des villes, dans une léthargie sans faste ni joie. Les chasseurs de mots et d’idées, selon l’usage invités par les libraires, avaient posé leurs stylos le temps d’une rencontre.

Les premiers arrivés au Salon du Livre avaient été des enfants. Ils étaient passés en courant, jetant aux écrivains les regards furtifs qu’habituellement ils offraient aux singes et aux léopards quand ils allaient au zoo. La similitude était là, les auteurs, assis derrière de longues tables, semblaient des animaux rugissant, mugissant, et ruminant des cris de papiers. Chacun avait sa chaise, et son nom sur une étiquette qui permettait de pouvoir le nommer. Rien, aucun index n’indiquait l’utilité de lire ou la possible toxicité de certains textes. Loin de la course des scolaires, la foule dormait et faute d’authentiques lecteurs, organisateurs et auteurs quêtaient le soleil et le badaud.

Comme il en était l’usage depuis quelques années en cette belle ville de la Côte d’Azur, les poètes étaient parqués loin du circuit littéraire, loin des lieux de passage où l’on exposait, comme des trophées, les  habitués des forums médiatiques. Près des "vedettes authentifiées", quelques écrivains, parfois talentueux, attendaient que l’on reconnaisse leurs mérites. Dans l’allée secondaire, les autres, les sous notables, les déficients de la notoriété, les sans souteneurs littéraires, les artisans du mot, les ciseleurs du verbe, les diseurs de vérités, les traqueurs d’âme, languissaient.  

En périphérie du grand circuit, les poètes, dont je fais partie, étaient installés à la marge, bien dissimulés dans le pavillon des bouquinistes.

Avec mes amis troubadours et mes frères d’encre, nous habitions la travée du fond, mais…  le fond peut parfois avoir bon fond !

Alors qu’ensemble, dans une joyeuse convivialité, nous arpentions la désaffection des foules, apparurent enfin, par petits groupes comme arrivent les papillons dans un coin de printemps, les traqueurs de livres. Parmi eux, un couple souriant, atypique, s’était perdu dans les allées de ce salon du livre loin du bord de mer, du soleil et des lieux que fréquentent habituellement les touristes. Près du stand poésie, leurs pas se firent minuscules puis s’immobilisèrent pour regarder mes livres sur les chats. Avec une attention béate, distribuant de généreux et larges sourires, ils s’approchèrent de moi.

      - Un livre sur les Chats ! dirent-ils avec une pointe d’accent anglais.

Alertés par un sixième sens, ils avaient senti que j’appartenais à la tribu des serviteurs du Chat. Visiblement ils me soupçonnaient d’être l’un de leurs biographes, ce qui m’autorisa à leur demander, sans ambages, dans une de ces phrases bâtardes qui ne sait si elle est affirmative ou interrogative :

     - Vous avez des chats dans votre famille ?

Sans attendre la jeune femme répondit avec une grande assurance :

     - Oui, nous en avons neuf !

Quelque chose en cela me froissa : leur dévotion à la gent féline semblait surpasser la mienne ! Leur horde avait une tête et quatre pattes de plus que la mienne. Mes huit chats ne leur parurent pas un fait exceptionnel. Je n’osais leur dire que depuis un certain temps, la route, l’âge et la maladie, étaient passés chez nous pour prélever leur dîme. Je n’osais leur dire que mes chats avaient payé un lourd tribut ! J’étais donc contraint, pour rivaliser avec eux, à compter au nombre de mes chats, les Norvégiens de ma fille et mes deux vieilles pelures : l’une mi fille de gouttière, petite noire et craintive, et sa mère une mi hystérique caricaturale et collante.

À l’évidence, le jeune couple  ne m’était plus tout à fait étranger, nous avions en commun une branche familiale, et pas n’importe laquelle : la plus charmante, la plus élégante, la plus fascinante, la plus féline… celle qui miaule, celle qui, d’un miaou, d’un ronron, et parfois d’un coup de griffe quand il est mérité, nous rappelle qu’en Égypte nous en fûmes esclaves.

Vous l’avez compris nous parlons de chats.

Comment aurais-je pu ne pas sympathiser avec ce jeune couple si proche de mes  amis griffus !

Ma voisine de table ne tarda pas se joindre à la conversation. Depuis qu’elle avait adopté une naine à poils longs, elle aussi avait rejoint la secte des amoureux du chat.

Aussitôt, les histoires fusèrent, passionnées.

Avec une impudeur bavarde, je disais tout de mes amours félines, je parlais de ma Toutoune, de Cachou, de Vieux Macho, de Mistigri, et des autres. Je parlais des larmes et des joies que l’on glisse dans nos mémoires.

Mot après mot, nos liens familiaux se confirmaient, tant et si bien que l’on me demanda de dédicacer un livre. On me prit en photo, on nous prit en photo, on se prit en photo… seuls les chats manquaient !

La jeune femme s’enquit :

      - Si vous nous en donnez l’autorisation, nous mettrons des extraits de votre livre sur notre site, promis juré.

L’heure tournait, il leur fallait partir pour nourrir leur petite horde, faire leurs dévotions, donner des caresses et recevoir de la joie et de la tendresse.

 

  ***

Le Salon du Livre a fermé ses portes, la fête du livre est finie.

Une idée à couleur de certitude, me titille : que deviennent les minutes perdues, où vont nos sourires, où vont les mots et les rires oubliés, les photos effacées ?

Peut-être qu’un jour ces jeunots retrouveront une vieille photo. Peut-être que, d’un air mi nostalgique mi contrit, ils se poseront la question :

     - Tu te rappelles ? C’était où…

     - Mais quels étaient les noms de nos chats à cette époque ?

Puis, mesurant la distance et affrontant leur 8è décennie, ils diront : 

     - les livres restent mais les hommes passent...

 

En ces temps, ils n’auront pas lu le journal du 2 décembre 2017, ils ne sauront pas qu’en me rendant au Salon du Livre de Perpignan-la-Gare, j’ai eu un terrible accident. Ils ne sauront pas que je me suis retrouvé sans rate ni foie, sans loi ni permis, sans cheveux ni rêves, avec une effrayante atrophie du nombril. Ils ne sauront pas qu’ayant perdu tout ce qui est utile à un auteur pour vivre, on m’avait  cryogénisé en attendant que la médecine sache me sauver.

 

En 2052 la médecine m’a réparé. Vous ai-je dit que maintenant ils savent réparer la rate, le cheveu, le nombril, mais pas la mémoire ?

Depuis, je la scrute ma mémoire, je me cherche.

 

Sur ICC* - Interconnectic cosmique connections -,  je me suis trouvé. Un article parle de moi, j’ai vraiment existé ! Mon nom figure sur un blog parlant de la gent féline. J’y ai même trouvé quelques lignes de texte qui me sont attribuées.

En quête de souvenirs, je cours après moi. Hier, j’ai retrouvé les auteurs du blog, ils ont un appartement-jardin au 118è étage de la tour 4 au  Spacemodrome d’Orly 18. Ils habitent tout près de l’usine à air respirable. Ils ont douze super-palmiers synthétiques et un musée dédié aux espèces félines.

 

La vieille dame, souriante, et son compagnon, un tout aussi sympathique vieux monsieur aux cheveux blancs, confirment : ils m’ont connu.

Je crois les reconnaitre mais l’homme a un scaphandre marcheur qui lui donne un air un peu lourd. Les temps ont changé, le scaphandre est bien plus efficace qu’un fauteuil roulant. Tous deux se souviennent de moi, ils disent que je n’ai pas changé.

J’ai du mal à me souvenir, mais je suis heureux.

Soixante ans ont passé depuis notre rencontre au Salon du Livre de Nice 2012 !

Les chats n’habitent plus que les musées. Je suis un homme en berne, je n’aurai plus jamais de chat à servir, à aimer, aucun ami à quatre pattes. La plus charmante des espèces terriennes, la plus élégante, la plus fascinante, la plus féline… celle qui miaulait, celle qui d’un miaou, d’un ronron, et parfois d’un coup de griffe quand il était mérité, me rappelait qu’en Égypte nous en avions été esclaves, n’est plus. Comme la plupart des créatures vivantes, une science folle l’a éradiquée.

Pouvait-il en être autrement dans un monde où la foire aux gloires médiatiques remplaçait la littérature et la philosophie ? Pouvait-il en être autrement dans un monde où les poètes n’avaient plus leur place ?

La cryogénisation est ma malédiction !

 JMS

*Pour ceux qui ne le savent pas encore, ICC est, depuis l’an 2032, la version de ce que les anciens nommaient Internet.

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Salon du livre 2012 de Nice

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Merci aux amis de la poésie
qui nous rendrons visite

À bientôt

JMS

Publié dans Informations

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Vivre est toujours un imprévu !

Publié le par Cheval fou (Sananès)

 Avant que l’heure ne me percute,

je n’étais rien ou je n’étais pas.

 

Peut-être habitais-je un temps mort
quand, sans langes et sans un mot,
nu comme un enfant,
on me lança dans la vie.

Vivre est toujours un imprévu !

 

JMS - Extrait de "Dieu, le silence et moi" (à paraître)

Publié dans Dieu le silence et moi

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Ile Eniger

Publié le par Cheval fou (Sananes)

C'est fou comme tout s'éclaire quand est confiant ! Joyeuses, les mains piaffent. De petits démons farceurs tirent les manches.  Je pioche dans un tas de mots, j'en ferai bien quelque chose. Des éclats de lumière chatouillent les idées allongées sur la page. Des phrases chahutent, bavardage enjoué. On ne saura jamais tout le plaisir d'un bavardage. Une légèreté de moineau effronté picore le papier. Le carnet piaille comme une cour de récréation. Aujourd'hui, je n'ai de pays que cette joie délicieusement vivante sur ses pattes d'encre. Il fait vacances dans l'allégresse du poignet. Le papier s'enflamme, allumé de soleil.

Publié dans Ils disent

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Lettre ouverte aux élus et au futur Président des Français

Publié le par Cheval fou (Sananes)

 

"… plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid.

Parce que le droit à l'hébergement, je vais vous le dire, c'est une obligation humaine"
(Discours de Nicolas Sarkozy, lors de la campagne présidentielle - 18/12/2006)

 

 

 

Messieurs les politiciens, je ne veux pas plus être politique, que je ne cherche un emploi de notable ou de député. Je n’ai, ni ne veux, avoir d’autre profession que d’être Homme avec le H majuscule qui devrait définir tous les Humains capables d’humanisme intégral. J’entends par ces mots : humains de cœur et non de titre.

 

C’est avec des mots de petit homme du commun, de sans grade, de gourmand d’amitié que je suis partie prenante de la communauté des hommes fraternels et laïques ; que je parle, que j’écris et que j’adhère aux idées de ceux qui savent que la misère et l’exclusion n’ont pas plus de couleur que la colère et le désespoir.

 

C’est avec ces mêmes mots que je vous invite, Messieurs les politiciens, à constater que la douleur de vivre ou plutôt de mal vivre, est là.

 

Notre société est malade. Elle est malade de vos choix, de votre libéralisme qui organise la captation des richesses globales par les multinationales, de votre libéralisme qui, méthodiquement, tue un tissu social jusque-là structuré par le petit commerce partagé et raisonné que nous avons connu. La dépossession programmée des classes moyennes et ouvrières pour permettre à certains d’accumuler des milliards, est insupportable quand des enfants meurent encore de faim et qu’en France des travailleurs dorment dans la rue.

 

Votre projet de capitalisme européen et mondial que nous, Français, avons refusé par référendum, envoie à la marge tous ceux qui, pendant des décennies ont bâti la France, et tous ceux qui souffrent parce que vous préférez la finance au travail réel.

 

Notre société est malade parce que vous reprochez à ceux que vous avez exclus et qui ne trouvent pas de travail, de pouvoir encore bénéficier d’aides financières à la survie ; parce que, après leur avoir tout pris, je veux dire leurs petits commerces, leur travail, leur droit à une retraite décente après 40 ans de travail, leur droit à une médecine et une école non précarisées, après leur avoir volé leur avenir et leur dignité, vous leur reprochez de vouloir avoir droit au Droit.

 

Rejetant tous les chemins de la colère, je m’élève contre la démission programmée des acteurs sociaux. Il est urgent que cesse la sous rémunération des salariés de France et nécessaire que cesse aussi la recherche de boucs émissaires.

 

Rejetant le fatalisme du malheur que vous prônez en affirmant que l’évolution que vous avez voulue est irréversible, je voudrais vous voir être réparateurs de société et affirmer qu’aucune morale légitime n’autorise un patron à jeter à la rue ceux qui ont travaillé à la création de leur entreprise.

 

Je clame et proclame qu’un homme qui travaille dans une entreprise depuis des années, quelle que soit sa couleur, sa religion et son opinion politique, ne peut être remplacé par une machine ou un projet de production déportée, sans autre motif que la sur-rémunération du patron et des actionnaires.

 

J’affirme que la rationalisation du profit, si elle est un but, n’a aucune légitimité morale, elle est d’autre part une absurdité inconcevable car, s’il faut vous le dire, une société de consommation ne peut pas fonctionner quand les consommateurs sont acculés à la misère.

Avant même d’être une charge pour les ASSEDIC, chaque fonctionnaire que vous supprimez, chaque employé que l’on licencie, est une entaille dans la croissance raisonnée qui pourrait sauver la France.

 

Je déclare votre échec économique responsable du malheur des banlieues. Le manque d’avenir que vous offrez est une invitation aux gourous archaïques qui vendent la guerre, et aux marchands de paradis empoisonnés qui désocialisent la jeunesse. Seuls l’éducation et l’espoir bâtissent l’avenir.

 

Messieurs les politiciens, j’espère vous voir redevenir les médecins de la société que vous devriez être si vous n’étiez prisonniers d’ambitions personnelles ou enfermés dans vos écoles de pensées. Il est indispensable qu’enfin vous serviez la France avant de vous servir d’elle.

 

Messieurs les politiciens, il ne vous faudra jamais oublier que l’homme qui a peur des lendemains est le ferment de toutes les violences, de tous les fanatismes, de toutes les dérives. La misère sans issue est un incalculable moteur d’incivisme. Le clivage et la mise en opposition des Français à des fins électoralistes est un crime. Le service public que vous sacrifiez avec acharnement est notre richesse collective, il est l’essence même de notre patrie, le lien solidaire entre chacun de nous. L’urgence n’est pas de blesser notre pays mais de bâtir un projet d’espérance commun.

 

Messieurs les politiciens, je vous le demande : rendez les espoirs volés. Offrez à chacun un droit à la décence et à la justice et encore nous pourrons chanter "Douce France".

 

Publié dans Coups de gueule

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