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Sur un fil

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Cet article est reposté depuis lafreniere&poesie.

Quand l'idée du bonheur
se jette sous le train
à 5 heures du matin.

Quand l'infini bascule
du côté noir des choses
à 5 heures du matin.

Quand un fleuve d'oiseaux
perd ses vagues en volant
à 5 heures du matin.

Quand la fiancée des fleurs
perd sa bague d'odeurs
à 5 heures du matin.

Quand on marche sur un fil
qui ne tient plus à rien
à 5 heures du matin.

Quand la chair des mots
n'est qu'une peau de chagrin.
Quand le cuir des bottes
n'est qu'une chair de poule.

Quand le sommeil abat ses rêves
comme des cartes truquées
 5 heures du matin.

Quand personne ne m'attend.
Quand les morts me rejoignent
À 5 heures du matin.

J'invente à l'espérance
une sœur jumelle.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Ils disent

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La complainte du hérisson

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Le hérisson, venant de quitter l’hiver, aperçut une souris :
"Comment oses-tu sortir toute nue et sans défense ?"
 s’insurgea-t-il ! avant d'apercevoir une beauté sans pareille
qui ne manquait pas de défense.
Mais qui donc aurait osé, d'une main enhardie,
s'approcher de la belle hérissonne ?
Détournant son regard, peut-être par pudeur,
il vit maître mulot s'extasier devant la souricette,
lui qui vivait dans la peau d'une feuille printanière,
et il dût bien le constater,
tout le monde ne regarde pas d'un même œil !
D'ailleurs, le petit rat, à voir ainsi bardé le hérisson
paré de son habit guerrier, lui trouva fort mauvais genre,
avant qu'une ombre ne le fasse fuir.
À chacun ses armes, seules ses jambes le sauvèrent
lui qui, dans son chic habit, plaisait à la chouette.
D'une infinie sagesse, il s’exclama :
"Cessons de regarder les autres
et allons vite dans notre trou et chacun chez soi,
laissons les autres se ressembler,  
et si à être pareils, les modes s’acharnent,
n'est-il pas bon de se ressembler et d'être soi ?
N'est-ce pas la peur du dissemblable qui fait les guerres ?".

Au repas du soir, le hérisson et le mulot,
trouvèrent chouette de vivre ensemble,
mais fou qui ne se méfie pas...

JMS 23/04/22

         

   

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Dans l'immensité des jours

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Parfois, l'immensité des jours
et de la douleur d'être homme est si vaste
qu'elle s'enferme et s'autodétruit dans l'inimaginable.
Le choix est dans son contournement
ou le cumul des poignards de la raison, jusqu'à la folie.

Déchirez-moi la tête,
la pensée,
déchiquetez mon corps, mon âme,
étouffez mes ressentis,
gommez-moi
effacez-moi.

La mort,
leurs morts, entrent en moi,
me hantent et me rongent.
Je pense à toi,
je te sais, toi la mère
qui regardes la poussière d'immeuble
où ta famille vient de disparaître,
et je sais
la mesure de la douleur,
le sanglot et la larme rugueuse,
comme un cri animal au profond des entrailles,
et l'agitation de mots qui n'expriment plus rien.

Que reste-il du rire de l'enfant que tu aimais ?
Me revient l'image de la petite fille de l'école Oha-Torah,

un pistolet sur la tête.
Partout au monde l'ignoble coagule l'innommable,
qui donc, et pourquoi, ont-ils fait cela ?

Est-ce l'image du dernier rire de ton enfant
dans cette rivière de sable et de poussière d'homme
que tu figes, là où était ton immeuble ?

Ta douleur a pénétré mon âme,
j'ai mal pour toi.
Nous sommes la flamme du brasier qui nous ronge.

Effaçons l'amour,
fermons les yeux
la mémoire et le futur,
pareille douleur, elle, ne se ferme pas.

Nos corps vivront et iront plus loin,
sans nous.
Notre effacement s'appelle l'Exil,
je le connais,
il y a si longtemps que je l'habite.

jms  le 18/04/2022

Photo internet

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Depuis que je m'habite

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Hé l'oiseau, où vas-tu ?
Et toi mon rire, où te caches-tu dans cette cohue ?
Tant de chats, tant d'amours dont je cherche les noms,
tant de jours à remettre dans l'ordre,
j'ai vu un tableau si profond que je m'y suis perdu.
Manque de perspective ?
Depuis que je m'habite,
à trop être en moi je m'égare, est-ce l'âge ?
Tout devient aussi grand que le vide,
j'y perds des mots, des jours, et l'heure file.
 
En rang les mots !
En ordre les jours !
Vite, mon calendrier s'effrite,
trop de bruit dans ma tête,
ça fait désordre,
avez-vous vu mes rêves ?
 
Je voudrais être un bruit posé sur un arbre
et retenir les chants d'oiseaux.
Où sont passées les comptines d'enfance ?
La musique est en ruine,
Pierrot ne chevauche plus la lune,
sa plume ne sait plus le chemin de l'encrier.
 
Perdu parmi tous mes habitants,
je ne suis plus seul,
et je ne suis plus celui qui parle le plus haut.
À être un homme multiple,
je me divise,
me brouille.
Ne parlez pas tous ensemble !
Laissez-moi me chercher,
je veux retrouver un coin d'enfance
et l'habiter seul,
m'y retrouver, et fermer la porte
 
Où sont donc les odeurs joyeuses
qui habitaient la cuisine ?
Maman n'est plus là,
les hirondelles sont parties.
 
Bruits, mots et jours du passé,
je ne suis plus celui
qui n'était jamais content,
celui qu'une règle de trois
faisait basculer
quand nous étions plus de deux.
 
Et si je suis seul,
si vous ne me parlez plus,
qui répondra à mes questions ?
 
Hé, l'hirondelle, reviens,
et dis-moi qui, là-bas,
habite ma maison ?
J'ai perdu le chemin d'enfance.
 
Quand je nous aurai quittés,
pourrai-je encore nous parler ?
JMS
 

 

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Devrais-je dire à mon fils

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Devrais-je dire à mon fils
quand deux hommes se battent :
"Interpose-toi et sépare-les ?".
 
Je me souviens de Polonais et d’Espagnols
venus défendre la France.
Je me souviens d'un temps
où les hommes eurent mal
et d'un autre qui emporta les miens.
 
Je me souviens de l'enfant syrien
errant sur un bord de route,
d'une frontière fermée à la misère,
d'un enfant du Congo
regardant sa mère éventrée.
 
J'ai vu, loin d'eux et du ciel,
les ventrus vendre leur vertu
de crainte d'avoir des assiettes
moins bien remplies.
 
J'ai bu de la bonne parole
et mangé du silence
dans le fracas des bombes tombées.
J'ai vu l’enfant, fleurs en main,
devant la tombe d'une maman.
 
J'ai vu,
et je ne sais plus quoi dire aux enfants.
 
JMS

image TV

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Tu vois, Martin, l’Histoire ne nous apprend rien (Texte déjà publié le 24 novembre 2015)

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Lettre à Martin Niemöller et à Mordekhaï Gebirtig

La clarinette de David Krakauer pleure
comme hurlerait un chien,
son os de vie planté en plein cœur.


«Ils brûlent brûlent notre bon village,
proie des flammes, proie de carnage… vent de haine …
C’est toute notre vie qui brûle»
*1

La voix de Catherine Ringer résonne
comme crépite le cri d’une femme
dévorée par d’atroces mémoires

Sa voix martèle et forge mes mots
le verbe compressé résonne
sur l’étendue d’un cri plus long que les décennies

Ailleurs et ici les hurlements mutilés
portent la plainte de peuples qu’on assassine
de femmes que l’on souille et d’enfants volés que l’on fait soldats

Ailleurs et ici sa chanson court comme un linceul blafard
posée sur l’agonie de l’Orient
sur des hommes esclaves et d’autres qu’on décapite

Dans un siècle qui rumine ses silences
la voix de Martin Niemöller*2

ne cesse d’embusquer son poème

Aux apothéoses de la mort
la haine n’est pas morte et les consciences incertaines
ferment les douleurs trop lointaines

Quand ils sont venus chercher les yazidis,
encore une fois, Martin
nous avons fermé les yeux

Quand ils sont venus chercher les chrétiens,
encore une fois, Martin
nous avons éteint nos cœurs

Quand ils s’en sont pris à nos enfants,
alors, nous avons tremblé

Tu vois, Martin,
L’Histoire ne nous apprend rien.

Les barbares sont à nos portes

——————————————-
*1Mordekhaï Gebirtig, poète auteur du poème : Ça brûle
*2Martin Niemöller, pasteur et poète au célèbre poème : "Je n’ai rien dit"

http://www.dailymotion.com/video/x2i08ix_catherine-ringer-soiree-david-krakauer-et-son-all-star-extrait_music

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Parfois, le rêve s'éveille

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Parfois, le rêve s'éveille jusqu'au matin.
Hier, j'y ai rencontré Van Gogh
mais, déjà je l'avais croisé
alors qu'il s'éternisait, en noir et blanc,
sur une vieille photo.
Et déjà, il se ressemblait beaucoup,
aussi n'ai-je pas été surpris.
 
Tous deux,
Comme si nous nous étions de toujours connus,
nous sommes partis
loin du siècle,
de ses imposteurs et de ses frayeurs.
Partis,                        
de l'encre jaune et des corbeaux sous le bras.
 
Entre avril et le mal de vivre,
nous avons croisé mai
dans le tue-tête d'un soleil
chantant le printemps à l'oreille de Vincent.
Moi, d'un œil, j'écoutais l'horizon
faire tourner l'heure, les moulins,
et la terre se faire noire
dans une ivresse
où l'encre et le pinceau brassaient le ciel et la lune.
 
Dans les silences de la vigilance,
un vieux hussard acharné et son palefrenier,
bon pied mais mauvais œil,
avançaient sur la route de Waterloo
là où le vivre mal et la mort faisaient leurs fêtes.
 
Depuis trop longtemps, au quadrille des vanités,
les hommes étaient allés, tambours battants,
si loin dans le plaisir d'être grands,
qu'à vouloir s'en expliquer, ils s'étaient perdus !
 
Mais, n'était-ce pas aussi parce qu'entre chien et loup
on ne reconnaît plus les siens ?
N’était-ce pas aussi qu'à prêter son oreille au chat,
on écoute les souris ?
Et qu'à montrer patte trop blanche à la chance,
parfois les portes se ferment
comme des promesses oubliées ?
 
Parfois, le rêve se couche au matin,
laissant traîner des mots tout aussi fluides
que ces larmes qui du ciel tombent
comme hallebardes et averses,
nous laissant dire que, même mélangé à l’eau,
le ciel reste lourd.
 
Van Gogh est parti,
le silence me revient comme une solitude,
immense.

Parfois, Dieu me manque un peu.

JMS

Van Gogh : Champ de blé aux corbeaux

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5 Avril

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

                                                     à Pierre

À la foire aux jours,
ton anniversaire tombait le 5 avril,
moi, j'avais ramassé le mien une semaine plus tôt,
je ne savais pas que déjà commençait
le compte à rebours des peines et des joies.
J'étais souvent chagrin
et souvent chez toi,
André nous faisait bonheur,
et nos rires éclataient
comme du maïs sur le poêle.
Déjà les hirondelles étaient venues
et le soleil au matin entrait dans la cuisine,
nous attendions la Pâque et les vacances.
Mais toi, déjà t'es parti,
du chemin ne reste qu'un souvenir
que les autres oublieront.
Mais encore résonnent les bonheurs perdus.

jms

mon cousin Pierre 1950

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Remerciements

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Merci à ceux qui ont eu une pensée ou un mot pour mon Léo.
Vous m'avez touché, je vous en remercie.

Mais,
si vous l'aviez connu mes amis…
ce petit bonhomme qui le matin me regardait
avant de m'appeler, me montrant le chemin de la cuisine.
Si vous l'aviez vu
mon petit handicapé à grand cœur,
toujours prêt à faire gros dos
à faire caresses-content.
Si vous l'aviez connu…
lui qui me parlait dans la langue d'œil-doux,
ce petit chat pareil à mon enfant,
qui quémandait la vie
et m'ouvrait sa confiance.
Si vous l'aviez connu…
mon copain, ce petit bonhomme,
à qui, plus que ma mémoire,
je confie ce reste de nous deux,
à qui je donne ma prière,
ce coin de ciel posé sur notre banc,
les quatre fleurs et les épines du jardin,
là où maintenant, près de lui,
l'amour fleurira.


JMS

 

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Le bruit et la fureur

Publié le

Cet article est reposté depuis lafreniere&poesie.

Je fuis le bruit et la fureur. On est vraiment soi-même quand on s’éloigne des autres. J’avance très lentement. Je m’attarde des heures à poursuivre un insecte. Je me perds et me trouve dans la vie d’un brin d’herbe.  La vitesse n’est que le temps qui se répète plus vite. La lenteur, au contraire, est une métamorphose. Il faut traîner la patte pour découvrir une porte invisible. Ceux qui passent trop vite se butent au chambranle du réel. Il est difficile d’harmoniser tous les aspects de l’homme. Le pire prend le pas sur le reste. Le poing parle plus fort que la caresse. Il reste le refus d’obéir, la paresse, l’insoumission, le partage, la soif d’absolu. Ce qui n’existe pas nous sauve de ce qui est. Pour bien profiter du présent, il faut d’abord se débarrasser de l’avenir, savoir marcher lentement, apprendre à goûter la paresse, cajoler l’inutile, respirer sans raison, être à la fois ici et là. L’avoir, le pouvoir et le valoir n’apportent rien à l’homme. Ils le dispensent d’exister. D’un autre côté, la servitude et l’obéissance ne font pas mieux. C’est ailleurs qu’il faut chercher la vie. Peut-être dans la contemplation. Ce qui sidère aimante l’âme. Dans le théâtre de la vie, l’acteur m’intéresse moins que le spectateur. Il n’a pas besoin qu’on l’applaudisse. Il remercie les fleurs avec ses yeux, les choses avec sa main, les mots avec sa bouche. Il y a si peu de nous dans les images qu’on projette. Il y en a plus dans celles qu’on regarde.

Il faut accueillir les fleurs, non les cueillir. On apprend tous à compter, mais on ne sait plus dire bonjour. On écrit sans savoir épeler. On mange sans avoir à goûter, à saliver, à mordre. Je rêve d’une chandelle au milieu des néons, d’une simple parole éteignant les micros, d’un pissenlit sur l’asphalte. À l’abondance du vide, je préfère la qualité du peu. Certains regardent la pluie comme si c’était des larmes. D’autres y voient l’arc-en-ciel. La vie n’est pas faite pour être subie ou méritée. Elle est, tout simplement. Par inadvertance, j’ai échappé mon cœur. J’en ramasse encore les débris. Je les assemble mot à mot comme un immense puzzle. Dans l’église des athées, le partage a remplacé la charité. Dans le troupeau des mots, les bergers sont en laine. Combien de lèvres porte une pomme ? Combien de gestes pour un bras ? Combien d’onces de soif dans un verre ? Il y a des questions servant d’échine à tout ce qu’on ignore. Il faut se présenter vivant face à la mort.

L’argent laisse des cernes à chaque chose que le savon du cœur n’arrive pas à laver. Comment peut-on préférer la médiocrité à l’admirable ? L’habillement, le vêtement, le déguisement importent moins que la manière d’être nu. J’aime le parfum du frêne ameutant les insectes, les boules de buis tendues comme des seins, les vagues d’encre laissant du sel sur la page, les avant-bras de l’herbe soulevant des odeurs, la rosée qui résiste à la poussière d’usine, le frisson du tonnerre dans les oreilles de l’air, les mots qui s’approchent des choses avec leurs pattes de mouche, les roseaux infusés de soleil, les galeries de rats d’eau déchaussant les racines, les loges de verdure encastrées dans la pierre, le rayon vert dans le gris des routines, les papillons nichés sur un filet de flûte, les champs de tournesols impatients de s’ouvrir. Il m’arrive de flotter entre le conscient et l’inconscient, de pêcher à la ligne sans passer à la ligne. Des fragments de musique s’agglutinent pêle-mêle à mes visions d’enfance. En danger de vertige, j’ai le cœur qui louche et l’âme qui tressaute. J’ai plaisir à cueillir des mots sur le bord des fossés. Ils montent des orteils à la tête. Lorsque les fleurs me transmettent leur pensée végétale, je pense par le nez. On m’a privé de pays, mais sa langue m’accompagne. Ma maison n’est pas encore bâtie. Elle est dans l’air des paroles, le froid d’hiver, l’été trop court, les eaux du fleuve, la chair des enfants. J’écris avec mes yeux comme des clefs qui tournent et ouvrent l’invisible.

Que me reste-t-il de toutes ces années à faire le con ? Trop de choses nous heurtent en cherchant l’absolu. On écrit sur le vide pour mieux le traverser. Jamais droit dans ses bottes, serrant de près l’instant, on écrit pour après, pour plus tard, contre le temps aux yeux méchants qui brise les visages. Il n’y a pas d’oiseaux s’inventant une cage. J’écoute la tempête comme un enfant comprend le chien. La moindre goutte de vide cherche une goutte de plein. J’avance mot à mot dans ce qu’on ne sait pas, dans l’entre tout et rien, dans l’infime infini. J’écris surtout la nuit. Je tourne et me retourne dans un grand lit défait. Quand il ne reste que les mots, je m’habille de leurs draps. Je ressuscite entre les lignes d’un cahier, entre les linges du silence. Mes parents sont en moi. Leurs doigts se touchent dans ma voix. Leurs mains témoignent dans les miennes.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Ils disent

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