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Printemps des Poètes 2014

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Printemps des Poètes 2014

Publié dans Informations

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Aphorisme

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Quand le poète a la langue chargée
Il éternue des virgules et des pieds

Et quand le poète perd pied, le vers est imbuvable.

JMS

Publié dans Aphorismes de JMS

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Si loin

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Si loin

Peuple aux étranges beautés
fils des dieux perdus
hommes de nulle part jetés dans ce chaos
où les vérités s’étripent au nom de l’Unique

Peuple si loin
de cet univers où la vie ploie
sous le poids des ambitions

Peuple des vertes brumes et d'une terre immaculée
que le capital n’a pas encore consommées
sens-tu ramper le péril ?

Tu es photographié, cartographié,
pesé, mesuré, chiffré
déjà prisonnier
des convoitises affutées
des marchands de bois
et des marchands de labeur

Peuple de l’ailleurs millénaire
qui ne sait pas encore que la loi du profit
a eu raison de la maison des cœurs


Mes larmes n’y pourront rien
ils arrivent avec leurs logiques
leurs camions et leurs banques

Peuple de l’enfance du monde
tu leur es peuple virtuel
déjà au catalogue des civilisations perdues
et tes enfants pareils aux miens
perdront leur liberté
perdront leur dignité de peuple debout

Mes larmes n’y pourront rien.

 

JMS à paraitre
in : Et leurs enfants pareils aux miens

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Jean-Marc La Frenière : LA MÊME PÂTE

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Les jours de paranoïa, je me demande combien ils sont dans ma peau à vouloir me faire la peau, à troquer la chair des mots pour le cuir d’un cahier. Les faux pas mènent plus loin que les marches militaires. Des pensées frôlent ma tête sans déplacer un cheveu. La fumée est-elle plus libre que le feu ? Les deux obéissent au vent. À tant guetter les choses de la terre, les yeux finissent par s’ouvrir. Ils montent vers le ciel. Ce qu’on fait semblant de voir finit toujours par se voir. Sans invisible, on ne verrait plus rien. Les marins qui ont le mal de mer naviguent sur les mots. J’utilise l’aphorisme lorsque j’ai peur des mots, de me noyer dedans, de crouler sous les phrases, de dérouler un fil qui ne s’attache à rien. J’écris à quelques sous de l’essai, en-deçà du roman, à quelques pas de l’absurde. J’écris avec des mots trempés à l’eau salée de la souffrance, des mots aborigènes faisant flèche de tout bois, des pouces de maçon sur la pensée du plâtre, des mots de saint glin-glin disparus de la carte, des mots de cuir usé, des mots de brousse dans le creux des formules, des mots qui s’ouvrent comme une fleur au cimetière des livres, des mots qui roulent de gros yeux, des mots de chat de gouttière et de tam-tam indien, des mots faisant la gueule dans la lâcheté du monde, des mots comme des poings s’ouvrant à la caresse, des mots d’électron libre dans l’alphabet des choses. J’écris comme un enfant retient son souffle pour éloigner la peur et ses fantômes. J’avance du pas des bœufs jusqu’à la transhumance. Là où la fragilité se colletaille avec le dur des choses, là où la vie a faim, la poésie peut lui servir de pain. L’air n’est jamais vide. Lorsque l’eau se met à nu, on voit ses muscles tressaillir. Le vent est transparent au milieu des oiseaux. Le vent n’attend jamais. Il balaie quand il veut. Un arbre est toujours plus qu’un arbre. Le temps est une grande maison ouverte sur le temps. Chaque paysage a son propre visage. De la risette aux rides, il change selon les yeux qui le regardent. Des milliers de points se rejoignent partout en dessinant le monde.
Même en écrivant, il m’arrive d’être ailleurs sans quitter ma plume, devant la mer, sur un sentier de peaux-rouges, dans un sous-bois aux odeurs grosses comme un homme, sur la branche d’un arbre au milieu des oiseaux. Lorsque les yeux du vent s’élargissent, on voit danser les branches, les vagues se dresser comme des poils sur la peau du lac. On entend les éoliennes gronder et mordre le silence. Leurs moignons tournent en vain au sommet des montagnes tuant la paix du paysage. Mes regards volent jusqu’à loin, poursuivant les nuages et l’écume supersonique des avions sur le tarmac du ciel. Au bout d’un peu, je regagne la page. Tant de forces secrètes agitent la navette dans les fils du monde. Il faut tant d’humus, d’émotions, de larmes, de caresses pour le fruit rouge du cœur. Mon pouls bat du même pas que je marche. Le temps varlope les secondes pour alléger le gros des choses. Le temps a son travail tout tracé. On s’en arrange comme on peut. Lorsque le vent est comme de l’eau, les milles bouches de la terre agrandissent les lèvres. Il n’y a pas que l’air qui touche à tout. Les mots se frottent à chaque atome, à chaque pierre, à chaque main. De partout, on entend le bruit de la vie, le pas des fourmis, la montée de la sève, le gros bourdon des taons, le sifflement des merles, même la chlorophylle silencieuse, le craquement des os, le chant que fait la soupe quand elle bout, l’odeur des saisons, l’automne avec ses arbres en bras de chemise, l’hiver dans sa pelisse blanche comme un grand chien couché, son museau dans les cendres, l’été en calicot de fleurs, le printemps où tout éclot, de la peau des graines à celle des bourgeons. En lisant, c’est la vie aussi qui entre en moi, par la science du texte, le sexe de la forme, le poids des mots, la soif des images, le grain des métaphores sur la peau de la page, l’encre à la préscience des insectes, l’alphabet gorgé de sens tout autant que de sensualité, son allégresse tout autant cosmique qu’élémentaire.
Il m’arrive de lire dans les herbes, d’écrire sur la neige, tournant les pages avec des gants, de brouiller l’eau des mots avec la rame d’un crayon. L’écriture fait passer les formes de vague en vague, de main en main, de nuage en nuage. Des doigts du boulanger à celle d’un pianiste, c’est la même pâte qui lève sous la levure du temps, celle du blé rejoignant celle du son. Le monde existe par la vie qu’on y met, par le soleil et l’eau, par la sève et le fruit. Celui qui ne boit pas aux mots en aura soif toute sa vie, sans savoir de quoi, sans apprendre pourquoi. Il faut entrer dans l’écriture dans un semeur dans son blé, une femme dans son ventre, un homme dans ses muscles, une jambe dans ses pas, un oiseau dans son vol. Il faut parler avec ses mains tout autant que sa voix, entendre avec les yeux, toucher la terre avec sa tête, mettre du sel de mer dans la soupe du rêve. Chaque parole a son poids de chair, de sang, de sueur, ses goûts et ses odeurs comme un gros paquet d’herbes. Les arbres, les racines, les sèves, les oiseaux, les pierres, les renards, les abeilles, les fleurs, même les hommes, vivent serrés grain à grain comme un immense fruit. La peau touche à l’écorce. Le ventre de la terre touche au ventre du ciel. Au déplié du vent, le mou de l’air s’endurcit. Parfois mes phrases partent à la volée, allant de ci de là. Je les retrouve dans un coin quêtant le pain de mots. Où que l’on soit, la vie est là tout autour.

9 janvier 2014

Texte de Jean-Marc La Freniere - Publié dans :  Poésie - http://lafreniere.over-blog.net

Publié dans Ils disent

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Surtout ne rien changer ! (réforme scolaire)

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Surtout ne rien changer ! (réforme scolaire)

Voici les archétypes qui devraient enchanter les opposants à la réforme scolaire : sauvegarder le vieil idéal des sociétés conservatrices et pour cela tout faire pour que les femmes ressemblent à leurs mères, qu’elles soient soumises aux principes familiaux. Donc, avec madame Machin, disons : vivent les bombasses, les soumises, les voilées, les répudiables (pourquoi pas les sans droit au chéquier) et vivent les hommes, les vrais, les soldats, les durs qui savent parler aux femmes. Évidement je comprends : les madame Machin ne voudraient pas avoir d’enfants qui ne leurs ressemblent pas… mais je connais des enfants qui, eux non plus, n’aimeraient pas avoir de mères comme elles, je connais des suicidées pour mariages forcés et des machos qui battent leurs femmes : une femme qui meurt tous les trois jours, ce n’est rien, un homo brûlé, ou pendu de temps en temps, ce n’est rien. Pour les braves conservateurs fiers de leurs guerres, de leurs massacres et de leurs carottes Vichy, bien sûr, le monde qu’ils ont forgé, il ne faut pas le changer ! Alors, inutile de modifier l’éducation et vivent les machos, les bombasses et la téléréalité ! À moins que les madame Machin aient fait semblant de ne pas comprendre l’esprit des réformes.

JMS

 

Publié dans Coups de gueule

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Au tribunal des oiseaux

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Au tribunal des oiseaux
Je plaiderai coupable.

L’amour que je n’ai pas donné
Je l’ai volé
Volé
A ma femme
A mes enfants
A mon chat
Au hibou qui niche sur mon arbre
Volé
A l’enfant de la rue que je n’ai pas entendu
A l’affamé que j’ai ignoré
A l’aveugle que je n’ai pas éclairé
A la haine que je n’ai pas éteinte
Au souffle de vie
Que je n’ai pas honoré.

Au tribunal des oiseaux
Je plaiderai coupable.

Coupable de ne pas avoir pardonné
Aux porteurs de faux sourires et autres escrocs de l’amitié
Coupable de ne pas avoir su
Que certains préfèrent prendre
Coupable d'avoir tardé à comprendre
Que ce qu’ils m’ont pris
Je me devais de leur offrir.

L’amour que je n’ai pas donné
Je l’ai volé gaspillé perdu.

Que les oiseaux me pardonnent

JMS

 

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Gitanos gitanos

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Gitanos gitanos
Que le vent emporte que le vent emporte
Où allez-vous où allez-vous
Dans ce siècle qui rapine sur la peau des pauvres ?
 
Gitanos gitanos
Mon chien n’a plus de terre
Mon hibou n’a plus de nuit
 
Gitanos gitanos
Où vont vos vies ?

Au royaume barbare partout la mort cogne aux portes
La nuit n’a plus d’étoiles
Mon chien n’a plus de rêves
Où va le vent que le jour emporte ?
Où est votre place où est ma place ?


Gitanos gitanos
Mon hibou mange la nuit
Mon chien ronge sa chaîne
Les hommes vivent en laisse
Les hommes s’enchaînent entre Dieu et Diable
Ils ferment les portes
Mettent le rêve sous clef
Se gavent de fausses vertus
 
Gitanos gitanos
La liberté roule à contre sens
Le vent mange mes mots
Les préjugés menottent l’amour
Où allez-vous loin des prisons dorées ?
 
Gitanos gitanos
Le long de nos routes, la misère est une ortie blafarde
Partout où les hommes souffrent
la vie s’étire comme une flamme sur nos douleurs
Partout le flamenco ouvre la nuit
comme l’aube illumine l’espoir
Gitanos gitanos
Mon chien cherche la lumière
Et le vent nous emporte

Gitanos gitanos
Où est votre place
où est ma place ?

Gitanos gitanos
Où va le vent que le jour emporte ?

 

JMS - "Et leurs enfants pareils aux miens"

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"Mémoires d'outre-tombe"

Publié le par Cheval fou (Sananes)

D’une telle écriture au texto,  de son élaboration aux ânonnements phonétiques informatisés, le temps semble avoir rogné une part essentielle à la dimension de l’homme. L’avenir nous fait-il rétrécir ? L’ange a-t-il perdu sa plume, n’est-il devenu qu'une clameur d'ignorance et de haine, un chien qui oublie l’hygiène du réverbère et ne trouve plus son espace ?

Quand tout semble perdu la sagesse ne devrait-elle pas, au delà de glorieuses nostalgies, s’affirmer au corps à corps des mots dans un ultime combat pour la sauvegarde de la beauté absolue, celle des idées qui grandissent le rêve ?

JMS

"Mémoires d'outre-tombe"

Publié dans Coups de gueule

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Pas trop Net

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Tu cours après la vie, mais tu n’en as pas.
Dans le silence du siècle
dans l’effondrement des codes
tu cherches un projet de de beauté
une vision de l’avenir
mais où es-tu ?

Que fais-tu dans ce néant ?

À la foire aux misères
derrière son œil de verre
Big Brocante te regarde.
Au forum de l’insignifiance
tout est Net.

Au portemanteau du réel
tu accroches ta vie
tu entres dans l’écran
tu t'éclates à l’infini
en milliards d’échos.
Tu cherches l’œil qui te regarde
et le vide se répand comme la rumeur.

Les rêveurs et les quêteurs d’humanité
se perdent dans des torrents de médiocrité
les Dieux-volés lancent leurs djihads
leurs cris de haine
on vend du cul à la criée
la bourse cote l’indécence du voyeurisme.

Assis sur ta chaise face à l’écran glauque
tu meurs d’un futur estropié
tu meurs dans un monde d’utopies virtuelles.

JMS

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Rue Cortot

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Rue Cortot

Était-ce ici, était-ce ailleurs ?
un jour qui vient, une nuit qui part ?

Sur un kiosque à journaux
Brel émaillait le paysage
une femme sentinelle, frontière d’horizon,
essorait l’envers d’un regret.

Sous un ciel sans croissant
s’effaçaient les cantates de Thibhirine,
un rire piétinait les rêves d’Anne Franck.

Était-ce à Ostende ou bien ici ?
Dans cet entrelacs où périssent les Poulbot,
Léo habitait la rumeur et encore se demandait
"Si c'est utile
Et puis surtout si ça vaut l'coup
Si ça vaut l'coup d'vivre sa
vie."

Loin de La Tamise
la voix de Radio Londres se dissipait,
rue Cortot sur un flot des pavés
le siècle fermait ses utopies.

Était-ce hier ou maintenant
Étais-ce une nuit qui part, un jour qui vient ?
Quai des revers de vie et des regards perdus
dans un ailleurs où la mémoire s’assombrit
un train plombé de souvenirs déchirait la brume.

L’heure demandait :
Où vont ces voix, où va la vie ?
Nul ne savait
s’il était encore bon de rallumer le jour.

Était-ce ici, était-ce ailleurs ?
Était-ce un jour qui vient, une nuit qui part ?
Rue Cortot le siècle me faisait mal.

JMS sur une photo de Robert LOÏ

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