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France 3 - A propos de l’émission : "Affaire Merah, itinéraire d'un tueur"

Publié le par Cheval fou (Sananes)

France 3, ou de l’irresponsabilité des medias à la valorisation et, pourquoi pas, à la promotion du crime !

A propos de l’émission "Affaire Merah, itinéraire d'un tueur"

 Chaque jour, je suis choqué de voir la télévision nous offrir des modes d’emploi utiles à la fabrication d’une bombe, de la voir divulguer des informations qui peuvent renseigner des malfaiteurs ou des criminels sur l’avancée d’enquêtes policières. Chaque jour je m'indigne lorsqu’elle montre des visages et des lieux, au risque de  transformer en cible des opposants à des fanatiques. De même, je ne comprends pas que la télévision puisse révéler des projets confidentiels, mettant en péril la vie de nos soldats ou d’otages.

La question se pose : les journalistes sont-ils responsables des conséquences de leurs actes ?

Certes, France 3 n’est pas seule à se trouver prise au jeu d’une information avide de sensationnel et de mort. Pour autant, Monsieur le président de France 3 et vous Messieurs les journalistes de tous bords, vous démontrez chaque jour que le crime vous passionne plus que la douleur des hommes, vous êtes des marchands de "scoops", vous spéculez sur l’ignoble, votre nourriture la plus demandée c’est la mort. Et vous en réclamez toujours plus. Votre terrain de prédilection c’est le morbide. Vous êtes davantage enclins à promouvoir la violence que la poésie ! Ce qu’il peut y avoir de fraternel et de beau dans les quartiers et dans le monde, ne vous intéresse pas.

Ce n’est pas seulement de votre faute, Messieurs, l’audimat et les concepteurs de programmes vous y engagent, et hélas, vous épousez si bien votre rôle que vous finissez par ressembler à vos œuvres. Les faits ne vous suffisent plus, il vous faut en rajouter, certes avec le tact nécessaire de tous ceux qui s’en défendent, mais qui ne sont pourtant que des propagateurs de haine.  

Alors, Messieurs, à vos micros et caméras, donnez audience à l’abject : le crime vous appartient.

Le documentaire "Affaire Merah, itinéraire d'un tueur", que vous programmez avec pour invités des admirateurs du crime raciste, telles Souad Merah, et sa mère Zoulikha Merah, contribuera à la mise au grand jour d’une idéologie et, je le crains sera au mieux, l’exaltation malsaine du voyeurisme le plus morbide, au pire, un podium pour le djihad. Je ne sais quel but vous servez quand vous offrez à des partisans de la guerre intercommunautaire et du crime religieux, la possibilité de redimensionner et de justifier cette série de meurtres bestiaux. J’éprouve, devant cette programmation, le même malaise que j’aurais eu à voir des supporters pédophiles, amis de Dutroux, narrer le supplice de ses victimes à la télévision, explicitant que certains crimes sont innocents.

Le salaire de votre voyeurisme prendra-t-il un jour en compte la souffrance des parents, des frères, des amis,  des suppliciés ? 

Cependant, Messieurs les programmateurs, vous arrivez trop tard, au rayon de l’odieux vous avez loupé Staline, Himmler et pas mal d'autres, alors consolez-vous avec la mauvaise soupe que vous nous servez, moi je continuerai à écrire contre le crime et la douleur des hommes.  

Jean-Michel Sananès

Vice-président SOS Racisme 06

Publié dans Coups de gueule

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L’oiseau, le chat, la vie, la mort ?

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Peut-on aimer l’oiseau et le chat, la vie et la mort
 Sans poser l’inéluctable en  excuse au destin
Sans  déposer la pitié au chevet de  l’indifférence  
Sans apposer l’amour et le crime
Sans opposer la vie et la mort
Sans imposer l’instinct à la beauté

Peut-on aimer le chasseur et la proie
Sans apostat à l’absolu, l’éthique et l’avenir ?

JMS

(Rebond sur un texte et image de

Publié dans JMS - A paraître

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Grandir

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Si longtemps

Que le temps nous métisse

Si longtemps que je te connais

De mot en mot

De jour en jour

Le vent me ré-enfante

Je t'aime
Sans fard ni leurres

Je t'aime à en tisser le bleu des rêves
Je t’aime comme je respire

Je t’aime comme je traverse la nuit

Au matin, j’escalade des rires

Je foudroie des dragons de papier

Je tricote des mots en habits de gris et de joie
Au soir, je phrase des espaces clairs

Tu m’as appris

Dans l'encadré d'un rire

Je suis un homme sans médaille

Je ne flambe plus des rêves de paille

J’ai trouvé la lueur plus grande que le jour
 

Je vais en moi
Je jette les mots creux

Je porte un cœur lavé d'espérances inutiles

Je t'aime sans fard ni leurres
Je t’aime et je passe
L'avenir compte ses jours
Notre temps glisse à rebours

Je sais maintenant
Que l'indispensable habite peu de mots

Je sais maintenant que grandir
c'est désapprendre les apparences
C'est apprendre à aimer,

A comprendre, à accepter, les êtres tels qu'ils sont
Dans l'absolue nudité de leur fragilité
Dans le simple habit de leurs défauts
C’est les trouver suffisamment grands
Pour emplir l’univers de tendresse illimitée.

JMS

Publié dans JMS - A paraître

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Liberté

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Tant d’hommes posés et partis sur ta mélodie
Tant de larmes retenues sur tes routes d’espérance
Tu es l’entr'aperçue.

Entre nos doigts, sur nos consciences, nos cœurs
Tu passes et parfois trébuches

Mélodie gisante dans le sommeil des peuples
Fleur de déraison dans le frisson des heures
Musique vieillissante au fond de pâles mémoires.

Tu es le chant d’une cigale
Le cri béant de la misère à l’oreille sourde d’un été mourant
L’innocence fragile à l’heure des compromissions
Le tumulte des enchaînés
Le grand rêve fuyant la nuit des hommes
L’amour vacillant aux assauts de l’oubli
Le chant d’horizon entre espoir et nostalgie
L'immanente loi à taille de cantique
Le mot qui à jamais cherche son sens
La chanson qui ne sait ce que les hommes lui doivent.

Tu es la clef au fronton de la patrie
La mélodie aux  incertaines paroles
La rébellion quand elle dénonce la route du sang
Tu es toutes les larmes retenues sur la route des hommes
Tu es celle qui ne sait ce que les hommes lui doivent
Celle qui ne sait ce que les matins garderont d’elle

Tu es l’entr'aperçue.

Tu es La Liberté. 
 
Et si tu es ma dernière larme
Je te veux comme unique chagrin
Liberté.

JMS

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Sauver les abeilles ! Le Manifeste du Pélican

Publié le par Cheval fou (Sananes)

   "Quand les abeilles auront disparu,

les humains n'auront que cinq années à vivre sur cette planète".

Albert Einstein

 

Les derniers chiffres de l'Institut de recherches publiques FranceAgrimer, dépendant directement du Ministère de l'Agriculture, sont effarants :

Plus de 1 000 colonies d'abeilles sont décimées en France... CHAQUE JOUR !

Pétition :

http://www.pollinis.org/petitions/proposition_Laurence_Abeille.php

 

***

Le Manifeste du Pélican

(Extrait)

Moi,

l'homme pélican

l'homme cosmique

Moi,

l'homme chat

l'homme maïs, l'homme grenouille

l'homme hibou

Je déclare que l'univers

la terre, ses fruits et ses ressources

sont la propriété inaliénable

de tous les peuples

de toutes les espèces

de tout

ce qui est du monde des vivants 

Je déclare que

l'univers, la terre

ses fruits et ses ressources

sont la propriété inaliénable

du vent que l'on empoisonne

de la mer qui pleure

des étoiles que l'on souille

du présent

et du futur

dans leur dimension intégrale

Moi,

l'homme ni ange ni bête

l'homme animal

l'homme conscient 

Je déclare

que la douleur n'est pas fatale

que le statu quo n'est pas final

Je déclare

qu'aucune puissance

aucun trust

aucun

groupuscule d'affairistes corrompus

aucun

accaparateur

n’a droit à exploiter

à son seul profit

les richesses communes

Je déclare

qu'aucun législateur

n'a légitimité

pour cautionner

gérer

organiser

la spoliation

des peuples de la vie

à parrainer

le démantèlement de notre patrie

la Terre

Moi,

l’homme serpent, l'homme cheval

l'homme machine

l'homme affamé

l'enfant esclave

J'affirme

que le pouvoir

de l'argent et des armes

la peur et la violence

ne légalisent

ni la corruption

ni la douleur des forêts

ni la dépossession des peuples

Qui, jouit et pollue

saigne le pétrole

arrache l'or et les diamants

commet un crime

quand les enfants ont faim

Moi,

l'homme grenouille

l'homme hibou

l'homme fleur

Je déclare

précieux

le bruissement du vent dans la bruyère

précieux

le roucoulement de la tourterelle

le chant de la cigale

…/…

Moi,

l'homme pélican

l'homme cosmique, l'homme chat

l'homme maïs, l'homme grenouille

l'homme fleur

Moi,

l'homme conscient

Je condamne

ceux qui opposent

la raison d'Etat

la raison d'argent

au droit de vivre

digne et debout

sur sa tige

sur ses jambes

Je condamne

ceux qui souillent

le pain des enfants

le ciel, les jardins

et les eaux claires

Moi,

l'homme oiseau

l'homme anguille

Je condamne

les tueurs d'océans, les marchands d'armes

les chevaliers Bayer et capitaines d'industries

qui tuent les abeilles

 ceux

qui éradiquent les moissons du futur

Je condamne

tous ces hommes dits "responsables"

à être responsables

de leurs prétentions

de leur orgueil

de leur démesure

de leur avidité

de leur aveuglement

Je déclare

et nomme assassins du futur

la fratrie des assoiffés du pouvoir

Je déclare coupables

de crime universel

ceux qui s'octroient

le droit de ternir

de meurtrir

le vent

la mer

la forêt

le ciel 

Qui tuent la forêt

poignardent l'humanité

 

Je déclare coupables

ceux qui s'octroient

le droit d'accaparer l'univers

de prélever plus que nécessaire

Je déclare coupables

les tartuffes bien-pensants

qui, entre caviar et prière

parlent d'éco-terrorisme

et s'arrogent

le droit barbare

d'affirmer

que l'on n'arrête pas le progrès

Je déclare coupables

de crime universel

ceux qui s'octroient

le droit

d'affamer

d'asservir

de tuer

ceux qui s'approprient la pharmacie

et les semences

ceux qui, d'un œil suffisant

regardent mourir

la rivière

ceux qui, condescendants

regardent mourir

la marée des petites gens

mourir

les enfants affamés 

ceux qui, entre

leur yacht et le champagne

dans leur désastre éco-planétaire

égorgent

les habitants du futur

 

J'accuse

les spoliateurs de l'humanité

les destructeurs de la vie

Je déclare

que la douleur n'est pas fatale

Quand la mer se cabre

la tempête mange les capitaines 

le statu-quo n'est pas final

Je déclare

que le statu quo n'est pas final

que la douleur n'est pas fatale.

Le Manifeste du Pélican - JMS - Éditions Chemins de Plume - 10€

Publié dans Coups de gueule

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L’homme qui entendait des voix (SF.)

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Partout où s’agite la révolte,

qui fait taire les lois invisibles,

fait taire sa conscience

***

Le matin s’étirait en froids frissons. De toutes parts, l’aube bleue s’effrangeait en de mornes lueurs jaunes. Les premiers rayons de soleil, griffés par la pierre et la gerçure, traversaient l’opacité pour caresser les doigts de Pierre-le-Chevelu.

Comme d’autres, Pierre, un manant de basse campagne, survivait en extirpant des résidus de la vieille mine et d’un braconnage qu’il avait jusque-là partagé avec Margot, la Dame-des-Bois.

 

Ce jour-là, très tôt, il avait quitté son désert ocré d’herbages irradiés pour assister aux cérémonies. Il avait pris place sur le parvis de l’imposant bâtiment de verre orné des symboles de l’Empire et de motifs colorés.

Hostile et solennel, mi-forteresse, mi-cathédrale, démesuré, le Palais enfonçait ses flèches et ses tours dans un ciel lourd sans transparence, presque gris, où de grands nuages de soufre, jaunes, phosphorescents, effrayants, naviguaient.

 

La foule s’amassait sur la grand place, une armée de zombies aux visages enduits de crème kaki. Tous avaient les yeux cachés par d’énormes lunettes qui intégraient un module de communication. L’Empire pouvait ainsi les informer des dangers météo et "être à leur écoute".

Une projection holographique sculptait dans le ciel une voûte arborant des armoiries. Un lion et une croix s’y entrelaçaient. Quatre cosmopendules indiquaient la direction des quatre grandes institutions de l’Empire. Toutes quatre affichaient : An de Grâce 2812, 15 avril, 10 heures 12 minutes.

 

Ce n’était pas par crainte d’être pris pour un opposant à l’Institution ou pour échapper aux nécessaires travaux qu’imposait l’Empire, que Pierre avait hâté son pas. Une force impérieuse le guidait. Il fallait qu’il salue une dernière fois Margot, sa voisine. Il fallait qu’elle le sente là, près d’elle. Il ne pouvait lui offrir rien d’autre qu’un adieu. L’appétit d’étrange curiosité et d’excitation malsaine de la foule se mêlait au terrible besoin confus de miracle et à la tristesse qu’il éprouvait.

 

Les cloches sonnaient et appelaient à la fête. Le soleil d’avril avait répondu à cet appel. Miraculeusement, ses rayons parvenaient à glisser entre les inquiétantes tours gothiques de verre et de fer. Chaque rayon rognait les brûlures d'un froid intense qui régnait en maître sur tous les coins de l’ombre.

Les gigantesques constructions où siégeait la Nouvelle Rome, distillaient une ombre noire démesurée et semblaient lutter contre la lumière, cela au propre et au figuré, comme la réalité assiège le rêve, comme l’oppression, en ce temps, cernait la liberté.

Les cloches, battues par un homme en noir, se mirent à tonner, assourdissantes. Elles couvraient l’ombre et la reléguaient en détails de perception, elles résonnaient, piétinant le vent et le frisson.

Pierre se blottit dans un recoin où étincelait un rayon de chaude lumière. Chaque parcelle de son corps buvait cette chaleur douce et laiteuse avec un plaisir non dissimulé.

Les autres s’étaient groupés autour de l’amoncellement de bois et de cubes en méthane carboné que l’on extirpait de la mine.

Un glapissement strident de moyeux mal graissés et de roues crissant sur la chaussée, déchira le brouhaha qui enveloppait la foule. Pour la circonstance, l’Empire avait fait reconstituer un antique chariot.

La foule se figea dans un silence religieux et l’on entendit alors distinctement l’approche du convoi ainsi que le claquement de sabots des chevaux mutants à tête de champignon.

Les cavaliers impériaux se raidirent quand le tambour se mit à battre. Des roulements méthodiques revenaient sans cesse, martelés comme le bruit des vagues, syncopés de très courts silences. Des Inquisitors portaient l’habit et la coiffe pointue et noire des antiques pèlerins de la Semaine Sainte à Séville sur Terre, là où l’ordre des défenseurs de la Nouvelle Rome avait vu le jour.

Pierre frissonna. Certains des manants riaient devant cette solennité.

 

Comme un couteau, le convoi fendit la foule et arriva au podium. Les soldats extirpèrent la Dame-des-Bois de sa cage roulante. Les supplices de la Question n’avaient laissé d’elle qu’une plainte sans forme et déguenillée. Elle était couverte de sang et des immondices dont la pieuse foule des bien-pensants l’avait gratifiée.

Pierre eut un sentiment d’horreur et de révolte. Les capteurs de pensées repérèrent son indignation et, instantanément, braquèrent sur lui des faisceaux scintillants et le regard des Inquisitors.

Margot coupa l’instant d’un hurlement.

Les capteurs réagirent aussitôt, délaissant Pierre. Leurs faisceaux s’orientèrent sur elle et le flux d’émotion qu’elle avait libéré, l’auréolant d’un voile surréaliste. Tous rirent ou glapirent des horreurs à son encontre, nourrissant les sourires des Inquisitors.

Le goût noir de la peur avait un instant envahi Pierre. Il savait qu’en détournant l’attention, Margot l’avait remercié, tant de sa compassion que de son indignation. Elle lui avait offert son dernier message, sa dernière rébellion. Quand une phrase, venue de nulle part, aiguë, claire, dominante, surprenante et incontournable, inonda la conscience de Pierre : méfiez-vous des hommes en noir.

   

Le Prélat, les yeux protégés par un cosmoverre, portait la cape noire des dignitaires de l’Empire. La texture brillante et soyeuse des fibres antiradiations qui composaient ce vêtement, ainsi qu'une coiffe pointue et démesurée, attestaient de son rang. L'ensemble lui donnait une silhouette conique et inquiétante.

D’une voix sifflante et ferme à peine perceptible, il imposa sa volonté :

- Silence ! 

Deux soldats en justaucorps soyeux bâillonnèrent la femme d’un tampon de gomme adhésive.

Le silence traversa la foule comme une onde tétanisante.

Le tambour se tut.

Le Prélat se raidit, et croyant brandir ainsi sa légitimité, pointa "la chose". Sa voix claqua comme un fouet.

- Margot, la Dame des bois, a été arrêtée pour conspiration contre l’Ordre. À l’encontre de tous nos principes, elle a détruit des pièges et noué intelligence avec l’ennemi. Elle a aussi reçu et abrité chez elle des créatures qu'elle dit dotées d’intelligence et d’amour, ce qui est blasphème et pure folie. Margot doit expier ses crimes.

L’index du Prélat se déplaça, changeant de cible, il désigna un sac. Un Marshal-Inquisitor en extirpa la petite forme noire d’un félin mutant pareil à une mini panthère molle aux yeux démesurés : c’était un néochat.

Le discours du Prélat reprit :

- Les animaux, pas plus que les mutants, ne disposent de conscience ou d’âme. Si tel était le cas, les savants de l’Empire le sauraient et si cela était ces "choses" seraient sujets de l’Empire. Payent-ils tribut à l’État, comme vous le faites ? 

La foule rodée à ces manifestations beugla un NON sourd qui résonna comme un tocsin. Par trois fois, la foule répéta ce NON comme un mantra purificateur qui lave les consciences.

Le Prélat reprit d’une voix métallique, glaciale et impérieuse, qui fit frémir plus d’un manant :

- Ils n’ont pas d’âme ! Car aucune âme ne peut vivre hors de la Foi et de l’Empire ! Luttons contre les créatures du Mal et de l’Inconscient qui convoitent notre monde, brûlons-les, brûlons ces monstres ! En la Foi nous croyons.

Les flammes léchèrent les pauvres corps.

Margot parut laisser partir sa vie sans une plainte, presque souriante, peut-être attentive aux voix d’un ailleurs qui ne pouvait être pire.

Tous burent un breuvage qui, symboliquement, contenait quelques cendres, indiquant que, maintenant purifiée, la suppliciée revivrait en chacun d’entre eux.

   

La fumée se dissipa dans le bruit des tambours, portant l’odeur âcre de la souffrance muette, du sang et de l’encens.

 

Alors que Pierre quittait la place et tentait de se faire oublier, une autre phrase incongrue venue de nulle part, emplit à nouveau sa conscience. Elle ricochait dans sa tête, cherchant sa pleine dimension : la mort est un passeur d’absence.

L’étrangeté de cette formulation le percuta de plein fouet et le tint aux aguets d’un indicible ailleurs.

Sur la route sableuse, pendant qu’il parcourait des taillis de plantes et de buissons étranges aux formes parfois frémissantes, d’autres pensées venues d'ailleurs le maintinrent dans un état d’extrême tension : méfie-toi des hommes en noir… la colère guette dans l’ombre… viens à nous fils de l’homme, rejoins-nous.

Pierre se décida enfin à converser avec l’étrange :

- Est-ce toi Margot ?

Un rire l’ébranla de spasmes incontrôlés : la cendre ne parle pas, fils d’homme. Regarde autour de toi !

Un étonnement né de sa conscience le fit sourire. Pierre formula alors une pensée en forme de doute : je n’ai mangé ni champignons, ni humé les brûlis d’herbes folles, je crois halluciner !

D’un regard circulaire, il détailla la campagne et vit frissonner de noirs feux follets étincelants. Sa vision se disséqua en trois néochats. Il crut reconnaître certains protégés de la Dame-des-Bois.

 

Les interférences de pensées avec les races mutantes étaient rares mais elles étaient connues. Autrefois, l’homme avait harmonieusement cohabité avec toutes les espèces du monde. Les liens et les contacts entre tous avaient foisonné au point d’en être devenus courants.

Hélas, cela avait cessé le jour même où les ligues de défense des espèces avaient réclamé un statut et des droits pour ces créatures. La revendication avait entraîné la condamnation de tous ceux qui prônaient cette idéologie. De même avait été promulguée l’interdiction et la mise hors la loi de toute cette "folle propagande". Ce qui s’était appelé "réclamation universelle" avait été décrété "folie utopique" !

Quelle puissance penserait à partager le monde avec des partenaires désarmés ?!

Le pouvoir et ses légistes avait alors sorti de vieux textes empoussiérés, d’encyclopédies millénaires. Ils avaient alors chanté "l’idéologie de la première Rome", celle qui avait fait la toute puissance de l’Homme, celle qui avait régné sur l’Ancien Monde, soumettant ou détruisant ceux qui lui résistaient. Pour la Nouvelle Rome, rien ne devait changer l’Ordre, le monde lui appartenait et ce n’était pas des mutants qui modifieraient cela !

 

De retour chez lui, Pierre traversa rapidement l’unique pièce de sa maison, ferma porte et fenêtre pour éviter toute lumière. Un grand miroir flanqué de deux réflecteurs ovoïdes occupait une place de choix entre un vieil évier et une douche délabrée. Ayant jeté ses vêtements sur le lit, Pierre prit place devant le miroir. Un fin jet d’eau glacé recyclée l’aspergea et le débarrassa de la crème filtrante qui le protégeait des rayonnements. Pierre regarda ses mains, une verrue attira son attention. La voix séditieuse l’interpella à nouveau : serais-tu en train de muter par hasard ? Il haussa les épaules et, mentalement, répondit en riant : allez-vous me dénoncer ?!

Il eut un sourire de satisfaction en voyant sa silhouette encore athlétique dans le miroir. Il actionna le gros commutateur. Les réflecteurs vibrèrent et, imperceptibles, les champs magnétiques destinés à piéger les radiations traversèrent son corps. Il eut envie de siffler mais il se retint, conscient d’une possible écoute indiscrète.

Nu, il s’affala sur sa paillasse et s’endormit profondément. Très vite son sommeil fut perturbé par cette voix qui sans cesse lui disait : crains les hommes en noir. Il fit un de ces cauchemars qui laissent d’interminables courbatures et un inexplicable sentiment de malaise.

Le matin arriva, impitoyable. Il essayait de terrasser son apathie quand la voix le prévint : fuis, ils arrivent !

Comme si, de tous temps cette voix avait côtoyé ses pensées, ou comme s’il obéissait à une vieille habitude, il répondit en ami désabusé : fuir serait un aveu… et fuir pour aller où ?

Émue, la voix crissa : fuis, rejoins-nous en zone contaminée, rejoins les mutants, nous savons comment y vivre.

Trop tard, les sabots résonnaient sur le chemin.

Il se hâtait de mettre sa crème de protection et de se vêtir quand la porte s’ouvrit.

Un Inquisitor surgit. En maître des lieux, sans s’être annoncé, il ordonna :

- Suis-moi, nous devons t’interroger.

Les capes à croix des cavaliers leur donnaient un air de mousquetaires d’Apocalypse perdus dans les entrelacs du temps. Pierre sentit la crainte froide des chevaux mutants à tête de champignon.

 

Très vite, ils furent sur le parvis de verre devant la cathédrature. Elle s’érigeait, démesurée et mangeuse de ciel. La grande place était déserte. Une projection holographique s’afficha à leur arrivée, indiquant : An de Grâce 2812, 16 avril, 8 heures 02 minutes.

Très vite, Pierre fut conduit dans une grande salle dont le luxe était inconnu du peuple des manants.

Il ne s’étonna de rien, agrippé à la petite voix qui continuait à lui dire : méfie-toi des hommes en noir... la mort est un passeur d’absence… notre colère navigue dans l’ombre... pourquoi n’es-tu pas venu à nous, fils de l’homme ?

Le Commandateur-Inquisitor le toisa. Le regardant droit dans les yeux, il annonça :

- Nos capteurs ont détecté, hier, tes sécrétions d’adrénaline, pourquoi cette peur ? T’opposes-tu à l’Empire et à sa Foi ? Le doute est un blasphème ! Qu’as-tu à dire ?

La petite voix lui dicta : prétends que tu avais une terrible douleur, pense à tes lombaires.

Dans un sourire plein d’innocence, Pierre répondit :

- J’avais mal au dos, Maître 

Il dut, à moins que ce ne fut la voix qui s’agitât en lui, être convaincant, car le Commandateur acquiesça :

- Je te crois. Fais ta prière d’allégeance

Pierre baissa les yeux, se voûta selon la tradition et entonna le "Merci Maître".

- "Merci Maître de m’avoir laissé la vie. Merci Maître de me laisser respirer l’air de Tes mondes. Merci Maître de me laisser habiter Tes terres. Merci Maître de me laisser manger les fruits de Ton domaine. Je sais que toutes choses de ce monde sont à Toi. Merci Maître d’accepter mon travail en signe de gratitude. Je sais, oh Maître, que Tu es la Loi, en dehors de laquelle nul ne peut vivre".

 

Le Commandateur-Inquisitor eut un sourire condescendant, un sourire de bonté étudiée et mille fois rodé, puis il avança sa main et Pierre la baisa. D’un geste doux, il lui indiqua, sans mots inutiles, qu’il pouvait se retirer.

 

Alors que, soulagé, Pierre s’apprêtait à sortir, la voix seigneuriale tonna :

- Tu es bien bâti, je te prends comme chasseur de mutants et de néochats !

Plus fort que tout, une conscience de mécréant ou d’indien ancien, ou peut-être de chat, s’imposa à Pierre, plus forte que l’instinct de survie :

- Jamais !

*

La fête fut grandiose. La foule était là.

Pierre affronta la fumée en écoutant pleurer les chevaux mutants à tête de champignon. Une voix disait dans sa tête : je t’avais prévenu fils d’homme, je t’avais dit : méfie-toi des hommes en noir… la mort est un passeur d’absence… notre colère navigue dans ton ombre… pourquoi n’es-tu pas venu à nous, fils de l’homme ? Prends la mort comme un sucre car nous sommes la Conscience.

JMS

in : Chronique de la dernière étoile (roman à paraître - SF)

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John Lennon

Publié le par Cheval fou (Sananes)

 

John77.jpg

 

Je pense à toi Lennon,
toi qui chantais
"Imagine les peuples, Vivant dans la paix"1,
si tu savais, comme les temps changent.

Nos utopies ont tari dans des placards de politiciens.
Partout les crève-espoir glapissent leurs aubades à la déréglementation.
Lentement, les jours engloutissent
San Francisco et sa Maison bleue.

Gilles Servat, Glenmore, les insurgés de la conscience, s’effacent.
Partout le silence crépite comme un fusil à crever les mots.
Partout la musique s’étouffe dans de vieux vinyles.
Le vieux Léo hurle encore
comme un prédicateur de mémoires troubles.

Lennon, si tu savais
comme ne rien oublier est une douleur furieuse.
Si tu savais comme dans mon crâne de petit homme
courent encore de vieux rêves.
Comme partout l’espoir se meurt.
La magie et le rêve sont éparpillés.

Lennon, toi qui chantais
"Aucun besoin d'avidité ou de faim"2,
croirais-tu qu'aujourd’hui
il nous faut encore affronter la vie et son désert d’utopies ?
Le futur et ses rêves atrophiés ?
Si tu savais, Lennon, comme la blessure est grande !

Les temps changent.
Nos enfants sont des orphelins du rêve.
Partout les tueurs d’avenir ont capturé l’espoir.
Les utopies tarissent aux coffres des financiers.

Je pense à Dylan, Martin Luther King, l’Abbé Pierre,
à l’île de Wight, à Woodstock.
A ces temps où l'on chantait
"Imaginez tous les peuples, Partageant le monde"3.
Je pense à Colette Magny, Yves Simon, Brigitte Fontaine,
Joan Baez4, Graeme Allwright, Dylan, Higelin, Areski…
Encore résonnent leurs voix.
Je pense à tous ceux, poètes fous et flambeurs d'utopie,
qui faisaient de leurs mots des chansons d’espoir.

Je pense aux soldats du cœur, aux objecteurs de conscience,
aux combattants pour les droits civiques5
en Amérique Noire, Biafra, Vietnam, Chili…
Je pense à Chico Mendes6, Dumont7,
à tous ceux qui se sont opposés aux avidités destructrices.
Je pense aux Mères de la Place de Mai8
à la lutte contre toutes les dictatures.

Je pense à toi Lennon,
toi qui écrivais à ceux qui "n'avaient pas compris la vie".
Je pense à ton mot "heureux",
à l’exigence qu’il enferme en son périmètre,
à l’intelligence qu'il renferme.

Je pense à l’Ile de Lumière9 et aux 'Boat people'.
A la flambée de conscience qui embrasa le monde
en ces temps où l’ambition d’être homme passait par le cœur
et non par une apparence certifiée grand luxe.
Ces temps où sauver un homme primait
sur l’autopromotion carnassière des élites.
Ces temps où des millions de petits épiciers
donnaient du cœur aux villes,
où les grandes surfaces n’avaient pas encore dévasté la France.
Ces temps où les travailleurs chantaient le dimanche.

Tu ne savais pas Lennon, vous ne saviez pas amis,
que si vite reviendrait le temps du martyr de la terre et des hommes.
Le temps où ceux qui paradent
au classement des grandes fortunes et aux box-offices des prédateurs,
substitueraient l’argent
aux valeurs fraternelles que vous aviez chantées.

Les temps changent,
nos utopies tarissent dans des placards de politiciens.
Des hommes pourrissent à genoux
tels de vieilles espèces animales endémiques
qui mendient leurs victuailles.
La conscience meurt dans des livres jaunis et sur de vieux vinyles.

Les temps changent,
je pense au temps d’avant la mort des utopies.
Quand les hommes voulaient changer le monde.
Quand survivre n'était pas un but.
Ce temps où l'on chantait l'amour.

Je pense, et encore, j'"imagine" le bonheur.
JMS


1 "Imagine all the people, Living life in peace..."
2 "No need for greed or hunger"
3 "Imagine all the people, Sharing all the world..."
4 David et Joan Baez son épouse, furent les porte-drapeau des objecteurs de conscience du Vietnam,
5 Les droits civiques : combats de l’Amérique Noire contre la ségrégation raciale (Dylan, J. Baez et d'autres, s’engagèrent au côté de Martin Luther King
6Chico Mendes : défenseur des forêts et des Indiens d’Amazonie, il fut assassiné par les propriétaires terriens
7 Dumont : il fut le premier en France à dire que l’eau potable était en péril
8 Les Mères de la Place de Mai : elles bravèrent la dictature de Pinochet pour réclamer leurs enfants disparus
9 L’Ile de Lumière : bateau équipé par B. Kouchner et Médecins du Monde pour sauver les 'Boat people' en perdition en haute mer quand ils fuyaient l’arrivée des communistes au Viet Nam

 

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Voeux 2013

Publié le par Cheval fou (Sananes)

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Mes Meilleurs Voeux pour cette fin d'année

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Les Voeux de ma petite Natacha (8ans)

Publié le par Cheval fou (Sananes)

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