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Ubuesque, hier deux hommes ont été poignardés

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Les tenants d’une vérité qui affirment que la terre est une planisphère, s'attaquent à ceux qui pensent que la terre est ronde.
Au nom de ces "vérités", hélas multiculturelles et millénaires, on tue, on exécute. On déshumanise l'homme, la vie et la nature, un même cri anime ceux qui refusent que l'on laisse libre cours à la pensée logique. Un livre devrait censurer toutes les encyclopédies, toutes les observations de la science, l'évolution, la nature, le cosmos, et surtout le droit à disposer de son identité !
Pour certains, l'homme libre, qui vit dans un monde de conscience et de tendresse, commet le crime de non soumission à leurs croyances. Affirmant leur négation de l’autre, leurs inquisitions, extrémismes et djihads se suivent, faisant de la grandeur du crime, de ses terreurs et holocaustes, la clef d'un autre monde. Le choix des extrêmes ne s'applique pas qu'à leur communauté, ceux qui partagent des valeurs humanistes communes à tout homme, sont en danger. Leur croyance ne devient alternative que lorsque les bienfaits de la science les soignent, les sauvent. Il semble que le monde de la croyance fanatique ne sait l'horreur ressentie par la communauté des consciences que lorsque le malheur la frappe, elle, personnellement. Le droit de l'extrémisme intolérant prédominera-t-il encore longtemps sur la logique, la science, l'altruisme et le respect de l'autre ? L'éducation à une morale tolérante, respectueuse de l'autre et de la vie, du semblable et du dissemblable, finira-t-elle un jour par triompher de l'obscurantisme ?


 

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Chaque soir

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Chaque soir
je compte
mes doigts brûlent
Habillé d'un manteau d'humour
et de mort vert d'âtre encore fumant
je mange et cabre les heures
je cherche l'ange
dans la fourmilière des malentendus
et dans la fosse
des vivants trébuchés
Chaque soir
la vingt-cinquième heure court
dans les mirages du temps
Chaque soir
je compte les étoiles et les larmes
chaque soir je ris aux éclats
Chaque soir
j'attends ta main
et le nécessaire
le rien
le lien intangible
qui verrouille la nuit
le passe lumière
où habite ma mémoire
Chaque soir
danse ma mémoire
Chaque soir
je vis de ces frissons princiers
où explosent les rêves
je vis et broute
des nuages tachetés
aux blanches nostalgies
que l'on brode
sur ces linceuls de soie
où l'attente dérive
Je sais la route et les trois galaxies
déjà longtemps que je m'y suis perdu
longtemps que je dérive
je reviendrai hier
compter les étoiles et les larmes
Chaque soir
je ris aux éclats
Tu es ma mémoire
Chaque soir
tu ouvres mes lendemains.

JMS

In "Cheval fou" & compilation "Chemin de Pluie et d’étoiles"

 

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Marche

Publié le par Ile Eniger

Cet article est reposté depuis PAGES ECRITES.

Je marche avec vous mes sœurs millénaires du Golghota. Avec vous je ne comprends pas, je pleure, je crie, je prie. Le silence nous accompagne. Je marche avec vous mes sœurs migrantes arrachées aux terres de vos ancêtres. Avec vous je sais la peur, le désespoir, le rien. Le silence nous accompagne. Je marche avec vous mes sœurs de partout meurtries, trahies, affamées, assoiffées, muselées, penchées aux dépouilles des vôtres et de vos rêves. Avec vous je sais le hurlement mutique sans écho. Le silence nous accompagne. Je marche avec vous mes sœurs de tous les univers, malmenées, flouées, torturées, forcées, oubliées. Avec vous je porte le fléau du non amour, son indifférence. Le silence nous accompagne. De loin, de près, toutes mes sœurs, je marche avec vous. Je ne comprends pas mais je marche. Et nos pas qui s'effacent délivrent la lumière.

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

 

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L'âme des peuples

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

L'âme des peuples, tu la croises dans les troquets de quartier, dans l'odeur de la sueur des travailleurs, loin des boutiques à flonflons où pacotilles et souvenirs aguichent le touriste.
L'âme des peuples s'ouvre comme l'essence d'un poème, on y entre en immersion, en s'imprégnant de sa clameur, et on en repart imbibé de la peau aigre des petits matins avec leurs cris de rue, ses lueurs d'yeux croisés, et ce ressenti  de solitude, de joies paillardes, de tristesse et d'espoir que l'on appelle la vie.
Je pense à toi, la petite fille trop belle qui voulait se vendre et qui ne comprenait rien quand, dans un anglais bancal, je lui disais : "Retourne chez toi, ne vois-tu pas que tu te nourris de pollution ? Fuis le désir crasseux des hommes, fais que ton âme te ressemble". Ange me tirant par la main, toi, la trop belle, je te ressentais pareille à ma petite fille. Je me suis enfui, mais tu restes dans mes mémoires de voyage, près d'une douleur figée qui me tutoie et où, encore je te range près de l'image de cet homme échoué dans un passage souterrain de Bangkok, près de ce lépreux en haillons et sans jambes, qui de ses moignons me demandait l'aumône. 
J'ai vu tant de pays que le ciel habitait si peu, que partout je suis chez moi dans la maison du cri.
Passager, dis-moi : le poème est-il le gisant d'un désarroi, une révolte du silence ?
Tant de crimes collent aux rêves, que je voyage incognito parmi les arbres et les mondes que l'on dit inférieurs, parmi ce qui vit et espère, sans jamais oser me réclamer de l'engeance des hommes.
Je suis le frère d'un projet qui ne verra pas le jour, une cellule dans l'immensité d'un univers, une fourmi dans les galaxies de l'inquiétude.
L'inaccompli me rassemble. Je me cherche.

JMS ( Carnets de voyages)

 

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Le cri du caféier

Publié le par Cheval fou (Sananès)

C'était il longtemps, si long-temps que ni toi ni moi étions là.
Le temps meublait le silence, on n'avait pas encore inventé le cri.
La souris attendait le gruyère et le chat n'habitait pas encore l'Egypte. 
La terre était peuplée de brocolis sauvages et de brontosaures affamés en quête de pâture sous des nuits enlunées.


Paniqué un caféier conscient du danger, partit mettre à l'abri sa progéniture, le plus loin possible, il visita la terre et fit des maisons au bout du monde, en Arabie, en Afrique et en Colombie pensant que ses bébés caféiers - prenez en de la graine- seraient hors danger. 

Hélas, après avoir mangé les brocolis sauvages et les brontosaures affamés, la bête à deux pattes, celle qui marchait debout, debout comme un arbre avec deux bouts de pattes, joua à inventer.
Elle inventa le cri, le crime, le lard, le larcin, le beurre, l'argent du beurre et aussi l'argent qui ne fait pas le bonheur. Mais la bête n'était jamais satisfaite aussi recommença-t-elle à inventer. Elle s'inventa un nom Homme.  Elle inventa le bateau, inventa des rames, inventa des voiles, soumis les femmes, les bateaux à voiles. Puis elle captura un chameau puis deux puis plus, en fit des queues leu leu, en fit des caravanes et fouilla de font en comble et d'est en ouest l'univers contenu dans ses cartes.
Brutal comme le silence quand on tait les oiseaux, la bête se glissa partout comme une rumeur, je dis bien comme "une rumeur" et non comme un "on dit". Ce fut une rumeur qui tourna mal, car en fait, très vite elle devint  un "on fait", mais pas n'importe quel "on fait", ce fut le plus terrible de tous, ce fut un "on fait tout et n'importe quoi".
Cela, était il y a longtemps, mais pas aussi longtemps que quand vivaient les brocolis sauvages et les brontosaures affamés, même, si ni toi, ni moi n'étions pas encore là.
En ce temps là, le  brouhaha  meublait le silence et le silence  ne parlait plus que dans les temps morts. Le cri habitait partout. La lune ne parlait plus aux étoiles. Elle se contentait d'être belle et pâle comme le désespoir d'un enfant serin qui sait que le Père Noël ne lit jamais les lettres qu'il reçoit.
Les montagnes fatiguées de bouger et de cracher le feu, ne voulurent plus marcher et s'assirent là où elles étaient, sous les étoiles, pour regarder la lune pâle, sans rien dire et impassible. Le ciel lourd se reposa, inconscient du danger, pourtant la bête à deux pattes jouait.
Là bas, paniqué un caféier entendait monter le danger.
Aux aubes mourantes arrivaient des armées de bêtes à deux pattes.
A nuits tombantes elles repartaient des sacs entiers de bébés bonne-graine, gentilles et tétanisées au fond des sacs. De cette atroce situation les papa caféiers tirèrent une expression qui formulait au mieux le le désespoir : être au fond du sac.
A l'autre bout du monde la bête qui avait inventé le cri, le crime, le lard, le larcin, le beurre, l'argent du beurre et aussi l'argent qui ne fait pas le bonheur, avait maintenant inventé le café noir, le café au lait, le café au lit, le café croissant, café moka et les marrons glacés. Pour cela, elle grillait les bébés bonne-graine. D'horribles machines à torréfier inventaient l'ère industrielle. Les bateaux à rames, les bateaux sans rame, les bateaux à voiles et ceux qui n'en n'avaient pas périssaient, comme fanent en nostalgie inutile, les rêves de brocolis sauvages et de brontosaures affamés quand le temps est passé et que le sang fragmenté des caféiers se brise en odeurs enivrantes et charnues.
Cela agitait et agaçait terriblement le caféier qui se fit énormément de caféine.
La bête à deux pattes avait été le plus loin possible, au bout du monde, avait trouvé : en Arabie, en Afrique et en Colombie la maison des caféiers.


Depuis les caféiers savent le cosmos n'est pas assez grand pour que quiconque échappe à la bête  qui avait mangé les brocolis sauvages et les brontosaures affamés

Jean-Michel Sananès - in Aube Fantasque autobiographie d'un vieux rêveur - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

Publié dans Textes de JMS

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Fuis

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Fuis fuis mon hirondelle,
fuis la biche du bois,
et toi, l'écureuil sur ta branche,
fuis, ça chauffe chez les humains.
Écoute,
écoute grandir le désert,
la colère du vent et des pluies sauvages.
Fuis, fuis petite vipère
j'entends grésiller le mulot, le campagnol et le renard,
ça sent la chair et l'herbe brûlées
ça crame au pays d’homme,
mais comme moi ne ferme pas tes yeux,
n'imagine pas la douleur qui court parmi les flammes,
la larme entravée dans ma mémoire*
ne retient ni colère ni désespoir.
Fuis fuis,
l'homme point zéro, l'homme primaire, l'homme point trois,
l'homme de rien et l'homme supérieur
jouent avec des allumettes, des bombes, et la nature meurt.
Fuis et jamais ne crois
à l'innocence des grands bipèdes,
à l'intelligence de ceux qui disent que la terre est plate,
à ceux qui croient que le cosmos leur appartient,
à la crédulité de ceux qui croient qu’un Dieu nous sauvera.
Fuis fuis,
n’imagine pas la douleur qui court parmi les flammes,
le vent qui te poursuit,
cours renardeau,
ça chauffe chez les humains,
demain il brûleront la Terre,
et toi mon hirondelle,
où es-tu quand j'ai peur pour toi ? 

                             
*Mordekhaï Gebirtig, poète auteur du poème "Ça brûle" (ils-brulent-brulent-notre-bon-village)

Lettre à Martin Niemöller et à Mordekhaï Gebirtig - CHEVAL FOU ...http://chevalfou.over-blog.net › 2015/11 › la-clarinette-...

 
 
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Hommage de la commune de Saint Martin-du-Var à l’artiste-peintre Emile BELLET

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Hommage à l’artiste-peintre Émile BELLET (1941-2022),
habitant de Saint-Martin-du-Var, décédé le 1er juillet 2022.

La carrière picturale de Monsieur BELLET est très importante, sa peinture est  accrochée aux cimaises de la ParkWest Gallery dans le Michigan aux USA, une des plus grandes galeries de peinture américaines avec laquelle il travaillait en exclusivité mondiale depuis une quarantaine d’années.

La ParkWest Gallery a sur place une salle Emile BELLET destinée à ses expositions personnelles, et organise également des expositions de ses œuvres dans le monde entier, Japon, Norvège, Paris, …

    La “french touch” d’Emile Bellet

    Il y a chez Emile Bellet, peintre français ayant obtenu gloire et reconnaissance outre-Atlantique, cette « french touch » que les Américains aiment tant : cette capacité d’un peintre classique à se libérer du classicisme en toute simplicité, sans pour autant renoncer aux fondements du passé.

    Pour un instant…

    La femme est, et demeure, l’un des sujets de prédilection des artistes. Du mystère ancestral de la mère à la fascination immémoriale de l’amante, voici la muse éclairant le monde, comme savait si bien le dire et le peindre Dali.

    Chez Bellet, cette fascination semble celle d’un instant fugace, preque flou, qui se grave à jamais dans la mémoire. Une silhouette qui se découpe sur un fond à peine plus esquissé. Un instant de vie capturé par l’oeil, un instant d’envie livré comme un souvenir précieux.

    Autodidacte, Bellet a su prendre dans ce qui existait, choisir d’aimer la simplicité des aplats de couleur d’un De Staël, et la fureur chromatique des Fauves; choisir d’être amoureux de la fin des années cinquante, quand Grace Kelly était l’égérie d’Hitchcock et que les couleurs de la Méditerranée s’imprimaient sur les pellicules Technicolor de la MGM.

    Ainsi avec ses pinceaux et ses brosses, Emile Bellet nous conte un temps rêvé où les femmes, à peine sorties des crinolines, attendaient adossées à des rembardes de terrasses avec vue mer, le prince, assurément charmant, qui viendrait les délivrer de cet instant où rien ne se passe, mais où tout demeure possible.

    Car c’est cela que Bellet capte si bien, et qui l’a rendu si célèbre : la mise en image d’un possible à venir …
   
© Textes : Natacha PELLETIER , Passion Estampes

La commune de Saint-Martin-du-Var et son Maire Hervé Paul, présentent ses plus sincères condoléances à son épouse Ile ENIGER, écrivaine réputée.

Publié dans Informations

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Pablo, je me souviens

Publié le par Cheval fou (Sananes)

16 et 17 juillet 1942 "Rafle du Vel d'Hiv"
À mon grand oncle

Lettre à Pablo Neruda

 

Nous,

Nous n’avions que des mots d’oiseaux,

les larmes de nos enfants

et une tendresse pudique

à opposer au vent, au froid et à l’acier.

 

Eux,

se croyaient mandatés

pour perpétuer les pogroms de l’Eglise ancienne,

pour boire le sang de nos femmes

et voir pourrir nos corps.

 

Nous,

une étoile tatouée sur le cœur,

 

nous n’avions

que des prières d’oiseaux,

et nos mains nues,

à opposer aux bourreaux,

 

que nos rêves de justice

à opposer au cauchemar.

 

Je pense à toi Néruda

 

et avec toi je dis :

je ne veux pas qu’ils nous tendent

leurs mains humides de notre sang.

 

Je pleure sur l’Afrique et la Négritude,

sur l’Orient, l’Asie et l’Indien.

 

Je pense aux tiens Pablo

et à tous

qui n’avaient que des mots d’oiseaux

à opposer à la barbarie.

 

Pour les tiens, pour les miens

et ceux qui ont souffert

 

Pour ceux qui ne reconnaissent rien

ni du mal, ni des larmes 

 

Comme toi, Frère d’ailleurs,

je demande un châtiment.

JMS

 

Publié dans Cheval fou

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Six ans déjà et la mémoire

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Nice (juillet 2016)

Quand le sang coule,
appelez-moi chagrin,
appelez-moi larme douleur révolte,
je suis Nice, Kaboul, Jérusalem,
Damas, Mossoul, Munich…
Quand le poignard s'enfonce,
je suis l'enfant,
la femme aux yeux tristes
dont on a éteint le regard,
les 84 personnes qui ont péri à Nice,
les 10 enfants volés,
les 331 blessés
qui s'acharnent à vouloir vivre et encore aimer.
Je suis ce rire encore collé à une photo,
cette femme qui ne reverra jamais sa mosquée,
ce père et son fils si loin de leur Texas,
ces deux enfants
qui ne fêteront jamais leurs cinq ans.
Je suis
un père en deuil, une mère en larmes,
une grand-mère qui ne sait plus vivre,
cet homme qui protégea les siens,
ceux qui s'interposèrent pour que d'autres vivent,
cette nuit où les étoiles eurent mal,
ce cri qui ne veut pas partir,
cet oubli qui ne viendra pas,
cette nuée des âmes
qui s'insurge contre tous les détenteurs de vérités,
contre tous ceux qui jugent et s'arrogent le droit de tuer,
contre tous ceux qui souillent le droit sacré de vivre,
d'aimer et d'être libre
et d'avoir une conscience.
Appelez-moi destin
car je suis celui qui sait
que les enfants de l'échec
sont une obole à l’intégrisme,
que les infirmes de la conscience
vendent la prière et le meurtre à la criée.
Appelez-moi ineptie
car je suis celui qui, sur Internet, regarde
les marchands de haines prospérer
dans l'impunité et l'indifférence
de ceux qui en font commerce.
Appelez-moi Nice,
Toulouse, Bataclan, Orlando ou Paris,
appelez-moi Kaboul,
Jérusalem, Damas, Mossoul ou Munich,
appelez-moi Afrique,
États-Unis, Asie, Tunisie, Algérie,
j'ai le nom et le sang de millions d'hommes
qui grésillent au fond de ma mémoire.
Où que j'aille,
de Port El Kantaoui à l'extrême sud de l'Afrique,
encore et encore, je cherche l'humain.
Appelez-moi détresse
car je suis celui qui sait qu'entre la bestialité et l'homme,
il y a la conscience.
Appelez-moi doute, fatalité, malchance, aveuglement.
Appelez-moi Homme,
si être homme encore a un sens.
Appelez-moi espoir,
appelez-moi avenir car je suis celui qui croit
que l'on peut encore restaurer le cœur de l'homme
et encore lui donner des étoiles, des projets et du rêve.
À Nice, Toulouse, Bataclan, Orlando, Paris
Kaboul, Jérusalem, Damas, Mossoul, Munich,
et dans les mille autres ailleurs où court le crime,
vous serez toujours là,
à peupler les donjons de ma mémoire,
où que j’aille, je porterai votre sang et vos rêves.
Enfants d’ici,
enfants d'ailleurs,
convoquez l'amour, le respect, la tolérance, la joie,
je cherche l'humain,
où que j’aille, encore et encore,
toujours je chercherai des frères.
Pèlerin sans croix, sans croissant, sans étoile,
sur une route où les intégrismes sont légion,
sur cette route où la lumière est sous voile,
j'affirme
que l'humanité sera laïque,
diverse, généreuse, fraternelle,
ou qu'elle ne sera pas.


In "DE CHAIR ET D'ÂME   Suivi de  DE MÉMOIRE ET D'INFINI
aux éditions Chemins de Plume (2021) page 66 à 68

Six ans déjà

Peinture de Slobodan (rue de la Poissonnerie Nice)

 

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Poème à mon enfance

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Sur les berges d'un mot, j'accoste des continents,
là-bas déferlent des tempêtes de vagues à l’âme,
j'y esquive des rires défunts,
des saveurs archaïques,
de vieux cumulus dans un azur inégalé,
il y a du varech et des chansons d’enfance,
hé, maman, es-tu là ?
Là-bas bruissaient la colère et le verbe aimer,
l'ombre et la lumière,
ta voix y était chanson,
Mère, je ne sais où tu es
.

Entre hier et jamais plus,
mon  passé frissonne
tous, je vous entends palpiter
dans l'éclatement des pendules.

Là-bas, sur mon bureau,
une carte d’Europe portait le nom de mes amis,
des adresses, et le drapeau de leurs pays
.

Le savez-vous, l'Histoire a arraché vos noms
et tant de rires oubliés sur une terre qui tuait ses enfants.
Toi, mon ami d'Alger et toi le Yougoslave,
où êtes-vous ?

Je viens d'un pays qui n'existe plus,
mes rêves apatrides cherchent leur royaume,
où suis-je dans les errances du vent ?

Dans cet entre-temps où chutent les décennies,
je cherche un territoire,
un lieu d'accueil pour tous ceux
qui encore chuchotent en moi,
et pour tous ces jours qui s'appelaient tendresse.

De mon cœur et ma tête, ne reste-t-il rien ?
Le savez-vous, je suis orphelin d’hier.
Ils ont tué le soleil.

Je cherche des gitanes de flamenco
et l'ombre du platane aux  oiseaux,
et vous, hirondelles de mon enfance,
défroissez les cœurs, les amitiés, les rêves anémiques,
inventez des mots nouveaux qui parlent de retour,
des syllabes d'oiseaux qui soient solfège d’infini.

Et toi, ami des Temps perdus,
où es-tu sur ces chemins sans retour
où j'effrite ce qu'il me reste d’espoir ?

JMS

 

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