Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Qui es-tu ?

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Je suis comme mon cherche souris
j'écoute, hume, traque l'odeur des mots.
Le mot est le miroir fou des apparences
le reflet d'un choc qui a embouti mon âme.

"Rouge" dis-tu, mais le rouge n'existe pas.
Tu n'existes pas
tu es l'écho de ton nom, je t'écoute, te hume, te traque
Je ne vois que ton apparence, qu'es-tu ?
Qui es-tu ?

J'ai dit rouge parce que je te crois de vie et de sang
parce que je te crois de bois et de fer comme la blessure
mais tu n'habites que l'apparence, cet écho du mensonge
et je sais la distance entre l'image et cœur
mais le cœur des choses existe-t-il ?
Je perçois le rire des fleurs,
la douleur de la hache  
qui blesse
Le vent me fait mal
mais à qui parler de cela quand le siècle est un poison
quand les êtres ne meurent pas tous dans leur lit
quand les hommes crèvent de faim et de guerres ?

Est-il encore utile
de ne pas piétiner l'insecte, de ne pas cueillir les fleurs
de sauver la vie parce que tu sais le prix de la douleur
parce que tu sais le sacré ?

Pas besoin d'en connaître le nom
pour savoir que dans l'anonymat
chaque vie à la même importance qu'une étoile.

Je dis rouge comme le cœur des étoiles
je dis rouge comme les griffes de mon cherche souris
je dis rouge comme ma douleur quand je parle de l'espoir

Partager cet article
Repost0

La vie de profil

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

La vie se traverse-t-elle de profil
comme un sentier de ciel
que les oiseaux parcourent d'Ouest en Est ?

Où vas-tu Enfant échevelée dans cette croisière
où le silence des cœurs enterre ses rêves ?

Je viens d'un pays où les ombres se croisent
les fêtes anciennes grincent dans l'ancien couloir des jours
mais rose devrait être le ciel quand l'avenir t'appelle.

Je te regarde, tu es là, dans ce monde peuplé de vie
où la distance n'est qu'apparence qui ne résout rien
Le monde reste à nos pieds, complexe et incertain
Tu viens d'une enfance irisée de chats et de tendresse
toi qui pars jouer au poker des jours
tu as l'espérance dans ton bagage
et l'envie de rebâtir le monde
Tu pars toutes tes cartes en mains.

Intrigué, je te regarde, comme un soleil avenir
je te regarde, je crois en toi
Blotti en fond de poche et empli du chant des âmes
le stylo est une arme qui nourrit les dessins
Il y a de la pensée dans l'encre
mais il faut voir plus loin que la couleur
pour en trouver le sens.

Tes quatorze ans chantent  le printemps
où vas-tu Enfant
dans cette croisière aux vents incertains ?

jms-24 février

 

Partager cet article
Repost0

Un jour

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Un jour
Un jour comme celui-ci
un jour où tout est noir
Qui a tué les étoiles de la nuit
qui a tué l’espoir
qui a bâti ce passé
qui a construit ces murs de fatigue
qui nous a exilés du bonheur
en captifs de la société ?

Huit heures - midi
deux heures - six heures
Quelles sont ces digues
entre le temps à vivre
et le temps à passer ?

Faut-il être ivre
pour ne pas hurler ?
Jouons de la gomme à tristesse
Au cœur des bouteilles est un feu d’oubli
qui consume la fatigue des heures amères
Au cœur de Marie-Jeanne
naissent des souvenirs feutrés
Aux portes de la conscience est l’ivresse
cette brume où vivent les chimères
il faut dire que ce n’était pas un hasard
si le génie d’Aladin
habitait une Dame-Jeanne

En déstructurant la mémoire
cette poubelle à réalités flétries
naissent des vérités sélectionnées
naissent d’autres amours
Quand meurent les souvenirs du jour
meurent les cauchemars
Le rêve est une réalité
où la fête se blottit

Pour que vienne amour et plaisir
il suffit de vouloir
Le bonheur se tisse
aux lueurs de l’espoir
Chaque heure qui glisse
sans tendresse ni sourire
est une heure qu’on nous vole

Enfants expatriés
derrière le dernier rempart de notre liberté
dans le jardin de nos rêves
aux confins de la conscience
Faisons la grève
la grève à leurs exigences
la grève à leurs réalités
Sombrons aux clameurs de l’ivresse
inventons les couleurs
dessinons le bonheur

Aux chaleurs de l’alcool
il faut peindre la tendresse
jouer de l’arc-en-ciel dans les nuages

Et tant mieux
si le temps s’y prend les pattes
chacun y choisira son âge.

jms-1966
in Cheval fou et Chemins de pluie et d'étoiles

Partager cet article
Repost0

Il y eut un autre temps

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Il y avait eu un autre temps
Une moissonneuse y battait la campagne
Et l'odeur du blé chantait aux fêtes laborieuses
Il était homme courbé par le labeur
Mais homme d'amitié
C'était avant que le fils et la vie ne migrent
Avant que le fusil des solitudes ne le livre au silence.

Papi s'en est allé sur la grand' place du village
Le soleil et des quolibets d'amis l'y attendaient
Tout autour, les bruits chevauchaient des pas d'enfants
Et quelques carrés de mots et de rires
Puis, le temps a passé
La quiétude des jeux d'enfants s'est déchirée
Papi est maintenant seul sur la place
Les oiseaux sont partis et les "espincheurs"
Embusqués derrière les volets, ne le regardent plus.

Papi est un anonyme
Un de la rumeur des invisibles
Un transparent
Un à qui nul ne parle vraiment
Les "comment ça va", tout le monde s'en fout
Ce ne sont que des rebonds de silence
Des ricochets d'indifférence.

Papi ne sort presque plus
Les amis sont partis et ont rangé leurs quolibets
Tout autour, les bruits ferment l'enfance et l'amitié
Sur la place, les enfants devenus grands font leurs deals
Seuls quelques carrés d'ombre se souviennent
Des fêtes laborieuses et des amitiés effacées.

Papi se souvient
Des enfants et des oiseaux, du bleu dans le ciel
De l'amour dans l'air, d'un monde de labeur et d'amitié
C'était avant que les hommes ne deviennent des ombres qui se croisent
C'était bien avant que la peur et le virtuel n'expulsent la vraie vie
C'était au temps d'avant les années solitude
Avant ce vent d'indifférence où personne n'a de place
Avant le silence des amitiés tangibles

Désormais, frontières du réel
entre un "j'aime" smileyet un "j'adore"heart
les transparents ont une terre d'illusion
Papi a des amis sur facebook.

jms /6/02/20

mail

Partager cet article
Repost0

Je cherche un Pays

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Convoque ta voix, arme-la comme un galet lancé
sur ce silence qui noie le cri des cœurs
regarde plus loin que le miroir des fausses douceurs
où se perdent les larmes et où s'égarent les peurs.

J'ai eu des amours jadis et un jardin perdu sur les routes du temps
convoque mes larmes et jette-les plus loin que la mémoire
j'ai besoin de rire.

Oubliez- moi, mes belles amours
fuyez les yeux verts de ce chat qui résiste aux fatalités de l'oubli
allez dans ces jardins d'enfance où se perd la nuit
convoquez le vent qui m'emporte
donnez-moi des ailes, je cherche un Pays. 

 

Partager cet article
Repost0

Je sais d’où je viens

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Mère, je sais d’où je viens
je ne suis pas né que de tes larmes
je ne suis pas né que de cette cellule première
qui comme le crime se multiplie
qui comme l'homme se divise pour posséder.

Mère, je sais d’où je viens
je suis un parmi les enfants de l'Incalculable
le fils d'un Bigbang et d'une fatalité  céleste
je suis un parmi les procréés
je suis fils de la mer et du sel
fils d'une mariée à robe d'eau saumâtre
fils du bouillonnement premier des matins
fils d'uni-vers marchant vers le futur.

Mère, je sais d'où je viens
je viens d'une saveur qui un jour de grand hasard
enfanta la première cellule
je suis de ce sel qui si souvent coulait de tes yeux
je suis de toi, ma Mère
moi qui ne sais s'il vaut mieux être fils de l'imprévu
que de l'attendu.
Je sais, ma Mère, les noces de l'eau et du sel
je sais les douleurs payées en larmes
je sais les faux apôtres du Savoir
et leurs mensonges psalmodiés
quand les enfants partent à la guerre.

Je suis là, ma Mère, à ouvrir mon cri
dans ce silence de premier matin du monde
où s'embusquent les dieux et le grand livre du Hasard
je suis là, et je vous regarde mes frères
fils de l'alarme sous toutes ses formes
je suis là avec vous, fils du Mystère
et je prie pour que disparaissent
les mandataires de l'invisible et leurs épées
leurs venins et leurs mots si doux à enterrer le crime
si durs à se croire maîtres du savoir
si tendres et si sanglants à rougir la terre
si enthousiastes à voir croupir les multitudes dissidentes
je suis là, et je prie pour que tarisse la voix des prophètes du malheur
et qu'enfin, les hommes vivent en paix.

Ève, n'étais-tu qu'une goutte d'eau ?

 

 

Partager cet article
Repost0

Lettre à Pablo Neruda

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Nous  
Nous n’avions que des mots d’oiseaux
les larmes de nos enfants
et une tendresse pudique
à opposer au vent, au froid et à l’acier

Eux
se croyaient mandatés pour perpétuer
les pogroms de l’Église ancienne  
pour boire le sang de nos femmes
et voir pourrir nos corps

Nous
une étoile tatouée sur le cœur

Nous n’avions
que des prières d’oiseaux
et nos mains nues
à opposer aux bourreaux

Que nos rêves de justice
à opposer au cauchemar

Je pense à toi Neruda
et avec toi je dis :
Je ne veux pas qu’ils nous tendent
leurs mains humides de notre sang

Je pleure sur l’Afrique et la Négritude
sur l’Orient, l’Asie et l’Indien

Je pense aux tiens Pablo
et à tous
qui n’avaient que des mots d’oiseaux
à opposer à la barbarie

Pour les tiens, pour les miens
et ceux qui ont souffert

Pour ceux qui ne reconnaissent rien
ni du mal, ni des larmes  

Comme toi, Frère d’ailleurs
Je demande un châtiment.

Partager cet article
Repost0

Le grain

Publié le par la freniere

Cet article est reposté depuis LaFreniere&poesie.

Je détestais l’école, mais j’adorais les livres. Je suis devenu autodidacte par la force des choses. On n’a pas besoin d’un diplôme pour écrire. On enseigne la création dans certaines universités. Ça fait des critiques et des poètes qui se lisent entre eux, mais que personne ne comprend. Mes seuls papiers sont des pages blanches. J’y mets ce que je veux. Je n’ai jamais eu la tête de l’emploi. J’ai la tête d’un arbre, une cervelle d’oiseau, des bras de fleuve. Je lis comme au début. Je mélange le bon grain et l’ivraie, la lavande et l’ortie, la lavande pour son parfum, l’ortie pour la délicatesse de sa fleur.

Il y a des rides derrière les masques, les traces d’une blessure ancienne, l’ombilic sur un ventre, la cicatrice d’un fœtus, une vieille tendresse. Une énergie est là, une communion entre les gens. Dès le premier mot, j’entends la langue de ma mère. J’entends sa voix dès la première note. J’habite sa voix, le souffle de sa voix. Je trouve le germe dans le grain, la mélodie entre les mots. Je traverse en chantant une vallée muette.

Plus que du sang et des entrailles, le corps de l’homme est une âme. On baise avec son corps. On fait l’amour avec son cœur. L’homme se ferme dans la femme comme l’argile dans le feu, la main à la roue, la roue sur le chemin. Je n’ai pas l’âge du temps. J’ai celui des mots. J’ai faim, j’ai soif et j’ai des yeux. J’ai une bouche pour parler et des mains pour donner. Le matin, les rêves sont pressés d’abandonner les draps. Les pieds veulent des pas. Les pas veulent des routes. Il faut que l’amour glisse du cœur à la main, du corps à l’âme. Le ciel mêle sa pluie à la boue de la terre, la fontaine à la soif des hommes, le pain au four qu’on allume.

 

Jean-Marc La Frenière

http://lafreniere.over-blog.net/

Partager cet article
Repost0

Je ne ferme pas la fenêtre

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

La nuit, je ne ferme pas la fenêtre
pour que les étoiles entrent
pour que mes peurs s'envolent
Debout, je rêve plus haut que mes cauchemars
j'ai de la nuit jusqu'aux chevilles
j'ai peur de voir plus loin
de savoir ce qui arrive
de regarder les enfants dans le froid
les yeux d'une mère dans l'émoi.
Une odeur de pain noir grippe mes matins
J'ai perdu la clef
l'armoire aux espérances est fermée.

Oh ma frayeur, viendras-tu au matin  
raviver le jour quand mes yeux se ferment ?

J'ai perdu l'enfance
j'ai perdu ma vie
j'ai tant perdu de jours
que l'avenir me semble court
je cherche un poème
certains mots s'accrochent à moi
ont-ils quelque chose à dire
les vils brequins, les branquignoles et les parpaings
quand je voudrais des noms de fleurs pas trop lys
des poinçonneurs de lilas, des rémouleurs, des marchands d'oublis,   
quand je voudrais les étoiles et la nuit ?

Mais déjà le miroir arrive, un intrus dans le viseur
j'ai mal comme une bougie dont on écrase la flamme
mes mots vacillent, se courbent
la question jette des interrogations inédites
la réponse est un frisson
c'est matin et les étoiles s'envolent
mes peurs savent le chemin.

La nuit, je ne ferme pas la fenêtre.

jms16/01/2020

 

Partager cet article
Repost0

Jean-Marc La Frenière : Le premier mot

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Le premier mot vient de loin, du fœtus au berceau. Il continue les phrases dans un carré de sable, poursuit sa route sur une table en bois, entre le sel et le poivre, l’apéro, le fromage et le dessert, les verres de plain-pied avec l’azur, les gouttes de pluie sur une assiette, les mottes de beurre qui ont le jaune des pissenlits, les faïences bleu-ciel qui se joignent aux nuages. Je donne un quignon de pain à la grande faim du monde, un litre de vin rouge à la soif des hommes. J’ajoute un os à la soupe, des nouilles en forme d’alphabet, une gousse d’ail, une pincée d’oignon. La vie colore le visage. Une ombre bouge dans mon dos. Ce n’est pas la beauté qui m’importe, mais l’amour où elle s’épanouit. Un sourire sort de ma bouche comme un oiseau de sa cage. Je lance mes regards le plus loin possibles. La langue passe par mon corps. Elle éponge le cœur.

Le temps lutte contre la montre, le sang contre l’argent, la nuit contre le jour, la vie contre la mort. On sait très bien ce qu’on ne veut pas. On sait moins bien ce que l’on veut. Les nuages font la moue sur le visage du ciel. J’aime que le temps m’offre son temps, que l’espace agrandisse les routes. J’aime les pauses, la flânerie, le vent d’avant le vent, la fleur d’avant le fruit, les mots d’avant la phrase, la rosée d’avant l’aube, la première page du jour, sa montée vers la cime suivie de sa descente, la vie d’avant la vie, le fœtus d’avant l’homme. J’ai été amibe, bacille et poisson. J’ai peut-être été bête, pétale, planète, fleur de mai. J’ai une langue apprivoisant les loups, une main pour l’outil, une autre pour écrire, deux bras pour l’accolade, deux jambes pour la courte échelle. J’ai une bouche pour mordre, la même pour embrasser, pour sourire et parler, la même pour aimer.

Je fais la chaîne avec les arbres et les oiseaux, la sève et l’eau d’érable, les plantes et les ruisseaux, le clair de lune et le soleil. Je saute à la corde à danser avec la ligne d’horizon. Les secondes de l’enfance me remontent à la bouche. Je hume les parfums, l’aubépine, le sureau, le cormier, le vinaigrier couleur lie-de-vin, le bleu des lavandes, le mauve des lilas, le rouge des framboises, les yeux noirs du tournesol. J’ai hâte que la colline remette son tablier de fleurs, que la fontaine soit bordée de cresson et de mousse, que la brume soit rose jusqu’aux yeux des nuages. Les sentiments s’élèvent quand on monte. Le cœur bat la chamade sur les chemins de l’eau et les sentiers pédestres.

Les mains jointes pour prier ne valent pas les mains ouvertes pour donner. Ce ne sont pas les dieux qui ont laissé des traces, bâti des cathédrales, érigé des dolmens entre les croix de bois, ce sont les hommes. Ce ne sont pas les fantômes qui hantent les tombeaux, ce sont les souvenirs. Ce n’est pas le feu qui réchauffe la terre, mais la main à la pâte, à l’épaule, à la roue. Un écureuil surgit entre deux parenthèses, écalant quelques mots. Une couleuvre se glisse entre les lignes. Je reviens souvent à la rivière Larose pour parler aux poissons, aux galets, aux arbres, aux écrevisses. Je mords à l’hameçon du temps, au rapala du rêve. La fin épouse le début comme la faim marie le pain, la fontaine la soif. Il n’y a pas de dernier mot. La même phrase se poursuit, d’une lettre à l’autre, de livre en livre, de maux dits en mots tus. Parfois, une parenthèse s’ouvre sur la vie. Elle se ferme trop tôt.

 

Jean-Marc La Frenière  lafreniere.over-blog.net

Publié le par la freniere

 

 

Partager cet article
Repost0