Plus je vieillis moins je me reconnais, plus je me ressemble.
Plus je vieillis moins je me reconnais, plus je me ressemble.
Je suis parti à la vie
comme un marin part à la mer
sans savoir
sans savoir si le retour
est au bout du voyage
sans peur
J'ai ouvert le jour et la nuit
j'ai cru aux étoiles
j'ai mangé du vent et de l'Histoire
Le prof m'a tapé sur les doigts
sans cesse
j'ai franchi la frontière
celle qui va d'hier à demain
celle qui longe le fleuve de l'instant :
Le Maintenant
Je respire
Je sais
entre le faire et l'oubli
il y a des cascades
des ponts sur les flots
des mots sous les ponts
chaque main tendue
est un pont qui ouvre les solitudes
Je respire
Je suis là
tout près de moi
j'ai cloîtré le silence et les nuages
Entre deux rêves et la question
j’ai posé la nuit sur le tabouret
entre le noir et la lumière
elle a si grand
la couleur de l'immense
qu'elle dépasse l’éternité
sort par la fenêtre
déborde, palpite
comme un corps de femme
Toi
dans le lointain
tu cours
tu marches à ta rencontre
La nuit
beauté endiablée
est là
avec ses soleils papillons
là
qui frappe à nos carreaux
Tu cours
Je marche
comme un marin part à la mer
sans savoir si le retour
est au bout du voyage
En quête de lumière et de vérités
je vais de moi à moi
sans peur.
Jean-Michel Sananès : De moi à moi
Editions Chemins de plumes-poésie (Recueil 8o pages)12 E
Je ne paraphraserai pas Prévert en vous déclarant Tu, "je dis tu à tous ceux que j’aime", cela serait d’une excessive prétention,
mais peut-être accepterez vous, vous qui parfois vous arrêtez sur mon blog, le nom d’ami.
Ainsi amis, excusez les absences dont je suis coutumier quand la vie m’appelle ailleurs, ou quand je rentre en écriture et en silence.
Dans cette absence, j’ai accouché de mon dernier recueil "De moi à moi ". C’est un voyage entre ma folie ordinaire et un regard non sans ironie sur moi même.
J’ai traversé l’espace
d’un rire à un amour
d’un mot d’enfant jusqu’à l’hiver
J’ai eu
un cerf volant
un chèvrefeuille
du papier blanc
un crayon rouge
J’ai chanté
J’ai traversé la rue
J’étais qui je croyais
Je me regardais passer
Je caressais de grands dragons bleus
Je me parlais fort
Être fou
être libre
être plus beau que beau
être plus grand que grand
savoir que les rêves changent le monde
savoir que la mer est bleue
savoir la distance entre l’être et le devenir
Entre hier et aujourd’hui
qu’ai-je oublié
Je ne joue plus
je suis sage
je suis pauvre
j’ai oublié
Je ne vais plus à moi
Je ne vais plus de moi en émois
je n’ai plus d’été
je sais le chemin entre être et avoir été
je sais la distance entre être libre et adulte
Je suis sage
je suis pauvre
je ne suis plus fou
Entre goudron et désespoir les poissons trient la mer
entre moi et moi j’ai perdu le rêve
j’ai traversé la vie
ce soir je tailladerai la raison et ses barreaux
ce soir j’irai me voir
ce soir un oiseau chantera.
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