Ils disent

Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 10:46

C'est fou comme tout s'éclaire quand est confiant ! Joyeuses, les mains piaffent. De petits démons farceurs tirent les manches.  Je pioche dans un tas de mots, j'en ferai bien quelque chose. Des éclats de lumière chatouillent les idées allongées sur la page. Des phrases chahutent, bavardage enjoué. On ne saura jamais tout le plaisir d'un bavardage. Une légèreté de moineau effronté picore le papier. Le carnet piaille comme une cour de récréation. Aujourd'hui, je n'ai de pays que cette joie délicieusement vivante sur ses pattes d'encre. Il fait vacances dans l'allégresse du poignet. Le papier s'enflamme, allumé de soleil.

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Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 23:08

Tu es là où je suis.

Solitaire, sans être dépossédé, ni de soi, ni des autres. Mais seul. Dans le miroir des souvenirs accolés aux tempes blanchies, hier est dans le rappel, dans l’écho des voix gisantes au cœur des terres tremblantes. Des mots blancs et bleus suintent de mes doigts. Des rangées entières de vert se cachent dans les arbres. Ma page est une colline, un vallon boursouflé. Je t’écris assis dans mon corps. De solides verrous cadenassent mes paupières. Sur mes étagères, une vieille photo de toi cherche l’oubli. 

Je ne deviens pas l’isolement et la fermeture que les ombres proposent, je pose juste mon cœur dans la farine où se déplace ton visage.   

Prolongement dans la voie verticale. Je parviens au cratère fumant dans le miroir. Comme un brouillard transparent tissé sur l’eau immobile, l’égarement s’engouffre dans la résurgence. De ces heures épiées dans les couloirs de l’angoisse, ma solitude se vide comme une agitation disparaît soudainement. L’absence est une imposture. Rien n’existe d’autre que soi. Tu es là où je suis et je suis où l’amour se défenestre.  

Il me semble quelquefois que je m’apprivoise de mes haines les plus exiguës. Mais, je me pardonne de n’être que cela lorsque je me reconnais. Dans la pièce d’à côté, un autre que moi-même ne manque pas l’occasion de me rappeler qu’une vie sans mémoire n’existe pas. Je lui tourne le dos. Car, il s’agit ici de réconcilier la plume et l’enclume et de réunir sur le même chemin l’eau et le feu. Il me faut conquérir à la mémoire la récolte laisser en amont et faire fructifier le grain. L’utopie est une terre fertile.

Tu n’apparaîtras plus à la porte de ma chambre ou arrivant d’un dépôt de lumière. Du vent entre les pierres, mon esprit s’ajoute au sable. Je n’entends plus ton pas dans le jardin. Clairière tamisée dans le corps du rêve. Je te sens, tu es brève. La mer se replie, des crabes s’enfouissent. Au matin, la promesse nue d’une blancheur nouvelle. Pourtant ton regard cinglant sous les feuilles qu’une main caresse.

Des cailloux sur l’épaule, le cœur à l’étroit, et cette source sans origine. Cette cascade de frissons qui délivrent. Mon corps sans mesure à la rencontre de l’immensité dans le semblant des ondes qui chaussent l’ossature. Ici, la solitude connaît la rigueur de ce qui se tait. Dans cette bassine de nuages où rien ne s’éponge, je vais, parcourant, avec des mots, ausculter les tempes fragiles de ce qui demeure encore vivant. Des braises et de l’herbe sèche s’efforcent au partage.

 

http://lacollineauxciga.canalblog.com/


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Vendredi 9 septembre 2011 5 09 /09 /Sep /2011 22:32

 

JEAN-MARC LA FRENIÈRE, vient de recevoir, au Québec, le Prix du Public 2011 pour l'ensemble de son oeuvre. Cette prestigieuse récompense lui sera remise lors du Festival International de Poésie de Trois-Rivières (30 septembre au 9 octobre 2011).

 

 

Bibliographie Jean-Marc La Frenière :
- L'autre versant (2006)
Éditions Chemins de Plume 
- Parce que (2007)
Éditions Chemins de Plume 
- Manquablement (2009)
Éditions Chemins de Plume 
- J'écris avec la terre (à paraître décembre 2011)
Éditions Chemins de Plume 
- Un feu me hante
(2010) Éditions Art-le-Sabord/Québec -  Illustrations Lino  - (Prix Nouvelle Voix en Littérature)
- La langue est mon pays
(2010) Éditions Trois-Pistoles/Québec

   

Il manque l'essentiel

Petit, je ne jouais pas aux Indiens et aux Cowboys. J’arpentais la forêt, me prenant pour un loup. Je préférais les fleurs sauvages, la neige, le froid, les mésanges qui prient, les petites épées d’aubépine à l’écran lisse des écrans. En regardant le monsieur d’à côté, toujours malade et mal en point depuis la mort de son fils, je pensais à Dieu avec rancune. J’ai du perdre la foi lorsque mon chien est mort, écrasé par un train. Sans liberté, il est impossible d’aller plus loin, de repousser ses limites, de trouver la lumière. Sans amour, il manque l’essentiel. Il y en a qui traversent la vie les yeux clos, le cœur absent, le doigt dans le nez, la pédale au plancher, le portefeuille bandé, une montre dans la tête, sans se faire écraser. Ceux qui les suivent doivent ramasser les cadavres et les blessés qu’ils laissent. Je suis plutôt parmi les lents qui marchent au ras de l’herbe, saluant les insectes en regardant le ciel. Je n’ai jamais lu en esthète. Je dévore les mots comme on le fait d’un pain. J’écris en affamé qui recherche la source. Le soleil se lève derrière la colline. Sa tête de géant émerge des nuages, colorant de rose la brume sur le lac. J’aime cette heure humide où les grillons dorment encore. Il y règne une qualité particulière de silence.

 

Le jour peine à se lever. La brume s’attarde, emmêlée aux nuages. J’ai parcouru tant de pays mais le seul qui m’attire encore est celui de ma tête. Trop de neurones restent fermés. Je les entrouvre de la pointe d’un crayon. Je me perds sur la route. À tout moment, je me retourne pour voir si j’y suis. Est-ce l’ombre d’un autre ? Je me rejoins un peu plus loin. Je m’agrippe au néant. Je fais l’effort d’avancer. J’entretiens d'un feu brûlant les murs qui m’habitent. Quand la conscience me revient, je marche sur le bas-côté parmi les herbes tendres. Je n’ai aucun souvenir d’être venu ici. Un pic bois me regarde, jouké sur une branche, la huppe de travers comme un coup de pinceau. Le brouillard s’est levé. Le soleil sourit parmi les tournesols. Je ne suis plus qu’un œil fasciné qui absorbe tout.

 

La journée n’a pas encore pris son élan. Elle titube d’heure en heure. Des corbeaux croassent quelque part. Je me surprends à parler seul. Je m’adosse au tronc d’un arbre pour mieux me recueillir. Je me laisse ballotter par le rêve. Des lieux, des évènements, des paysages surgissent dans ma tête. Où êtes-vous mes copains, mes amis, mes frères ? Il y a toujours un mur entre les mots et ce qu’on voudrait dire. Les caresses les plus douces ne peuvent pas s’écrire. Jamais un crayon ne remplacera la main. L’enfant que je fus vit toujours en moi. C’est lui qui court à perdre haleine dans l’herbe des mots, s’écorche les genoux sur une virgule, la voix étranglée d’émotion. Dans la maison du cœur, un oiseau laisse un nid, quelques notes furtives, un duvet d’espérance. La terre donne ce qu’elle reçoit. Chaque bourgeon se gonfle de la tension des feuilles. Même l’ombre se charge d’une énergie solaire. Les trembles faseillent. Les abeilles bourdonnent. Les oiseaux chantent. Leurs ailes dansent dans mes phrases avec de l’encre et du pollen. La vie s’affirme dans les arbres et la poussière de l’eau, soit par la sève ou le plancton, la chlorophylle ou le limon, l’odeur de l’iode ou celle du fruit. J’avance entre les arbres. D’invisibles regards accompagnent les bruits. Chaque vérité recèle son secret. La faim a fait le pain, la fatigue le rêve. La fleur se purifie par sa complexité. La source s’agrandit des terres qui la boivent.

 

Allant vers l’intérieur, je cherche qui nous sommes. Je m’étends sur le sol. Le visage plongé dans les odeurs de l’herbe, je laisse la terre monter vers moi. Une même sève anime le fouillis des racines, les bras tendus des branches, le frémissement des feuilles. La pluie pose un baiser sur les lèvres du vent et le soleil caresse les hanches des collines. Dans la grande nuit des hommes, seuls les mots d’amour apportent la lumière et font grandir la flamme. Il y a longtemps déjà que l’on peint sur la pierre. Depuis le fond des âges, des bêtes millénaires témoignent pour la vie sur les parois rocheuses. Les images et les mots laissent entrevoir l’âme. Une énergie circule de l’insecte à la pierre, de la chair à l’étoile. Je demeure en attente de tout ce qui peut sourdre, toutes ces présences, ces voix, ces rumeurs, ces rythmes. Chaque pas sur le chemin doit conduire à la source. Je porte en moi tous ceux que j’aime. Ils me revitalisent et m’indiquent la voie.


Texte de Jean-Marc La Freniere - Publié dans : Prose

 http://lafreniere.over-blog.net

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Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 17:42
je n ai pas de toit
 
moi, je n'ai pas de maison,  je n'ai pas de gîte
pas un abri, pas un seul nid ne m' abrite
je n'aime pas les plafonds bas ni les toitures
et les villas voilées de clôtures
qui font trempette sur la plage
hors de prix ça !
et plus de mon âge 
 
moi, je n'aime que les images et les sons
les rires et les soupirs
la moisson des chansons
les frissons et les gémirs
les abeilles, les guêpes et les cigales
les fourmis, les frelons, et les mygales
ça ne me fait ni rime ni raison
puisque les oiseaux n'ont ni toit ni maison
 
je n’ai pour amants que des mots taris
et un deux vieux ordinateurs pour maris
dans le jardin poussent des citrons vert-opales
tout juste ronds, à peine ovales
et  là, quelques vagues bleus à l'âme
jeux de couleurs, jeu de femme
 
j’entends souvent  pleurer les palmes du palmier
et les olives flirter avec ce tordu d’ olivier
si si, c’est vrai de vrai !
il suffit de regarder, au frais
a la bonne heure
les abeilles qui se butinent en cœur
les fleurs qui  ne se dévoilent
qu’à la brillance des étoiles
oh oui !
les étoiles brillent
et les planètes scintillent
tu connais ça !
eh l'autre !
comme si tu ne savais pas !
bon,  écoute voir la suite
je suis au bord de la cuite !
et les guêpes m'embêtent
les moustiques m’astiquent
et vive l’alouette !
une fourmi rieuse se pique
et le temps stoppe
je dois prendre une cloppe
non !
bien sur, petit con !
ma pendule est morte
et la pluie inonde une terre morte
l'orage gronde, grand son !
le  réveil vermeil
m’éveille au soleil
je gratte une ronde
pour quatre-vingts tours du monde
  
moi, je n'ai ni maison ni toit
oh, ça va !
on ne me la fait pas !
fous-rires de fourmis, mouettes moqueuses :
elles me recausent, les gueuses
d’un étrange oiseau qui gobe mes fruits
dans l'après midi.
il file sans un mot
à la vue du corbeau
ma coccinelle  revient  souvent
donner des nouvelles d'un ancien amant
   
mais tais-toi !
je ne t'ai rien dit
pourquoi tu souris ?
 
fraises des bois, murmures de mûres
bocal vide !
plus de confitures !
j’hésite entre des coquillages à la vanille
et un sorbet de pacotilles
mais, je n'aime pas les maisons de là-bas
parce que je n'ai ni  maison ni  toit
je ne t'ai pas non plus
je n’aurais pas dû…
et alors ?
alors et alors !
je veux retrouver les images des sons forts
ma passerelle d'amitié et mes retraites d'amours
mon abri de liberté, mes mots à rebours
mes amis cachés dans mon ordinateur
mes bêtes, l’alouette, la mygale et une fleur
 
et pour photographier les murmures du silence
je construirai une tour pour chatouiller
le ciel et  assouvir ma vengeance
et peut être enfin édifier
un phare sans couleur
un clocher alentour
un beffroi  de malheur
le donjon sans secours
 
ce serait une flèche du temps
avec  toi, l’éternel
un foyer  pour cent ans
singulier et pluriel
une maison trempée dans les nuages
une maison de renard perdu sur la plage
une maison dans les dunes
pour combler mes lacunes
un simple refuge pour mes lettres
un petit terrier, peut-être…
que dois-je dire encore
 
pour défendre mon sort ?
puis-je habiter dans un livre ?
 
dis-moi à quelle page il y aura assez de givre
pour me laisser écrire à jamais
sans effort et du premier jet
juste écrire avant de crever  et perdre la raison
je ne veux pas de maison
sans toi… 
 
Zorica Sentic
tiré de son recueil Eteins le silence


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Dimanche 26 juin 2011 7 26 /06 /Juin /2011 19:36

Tout bouge autour. La mer d'un bleu frais, les mouettes bavardes, un flot de monde dans les allées, et le soleil tout neuf brûlant ses cartouches d'été sur les tentes blanches du Salon du Livre. Nous sommes assis les uns à côté des autres, des oignons qui sèchent et sourient. Les gens vont, viennent, passent. Certains regardent, distraits, fermés, ou indifférents. D'autres approchent les livres comme des gourmandises, s'arrêtent, questionnent, s'intéressent. Un très vieux monsieur dit : "il y a des ombres qui restent". Parle-t-il de lui ou d'un souvenir qui guide ses mains ? Une dame cherche "de la vraie poésie". Pas celle comme la mienne qui ressemble aux mots de tous les jours mais "la vraie poésie avec des rimes et des titres". Elle s'éloigne dans un haussement d'épaule. Et la jeune anorexique dont les os des clavicules trouent son vêtement comme des moignons d'ailes avortées. Elle écoute, légère, la réponse que je donne à sa question, puis me demande quel est mon livre le plus triste, le feuillette et s'en va, transparente dans la foule épaisse. Et aussi le professeur, "j'ai tous vos livres, j'en parle dans ma classe de seconde littéraire". Tout ce remue-ménage de gens, de livres. Tout bouge autour. Dedans aussi. Et celle qui écrit accompagne l'élan, du regard, de l'âme. Le contact en plus des mots. Cette joie au milieu. La gratitude.

Ile Eniger - Le raisin des ours - à paraître

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- Une étoile dans le sang
- À l’ombre des réverbères (J'ai faim, j’ai froid, j’ai peur)
- Le racisme (comprendre,expliquer, contrer)
- Mémoires des pierres et du vent (Mémoires d’exil)
- Opus 24 (Requiem pour 68) 
- Lettre à l’enfant qui dort (Mémoires d’exil)
- Occident/Accident de conscience
- La diagonale du silence
- Lettre à mon Alzheimer (Le festin de l'araignée)
- De moi à moi
- La couleur des mots jusqu'à la douleur (illustrations Svensson Uno)
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- Les confidences de Maxime le Chat 
- Dernières nouvelles de mon chat
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- Les confidences de Maxime le chat
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- Les Wakikinous (le racisme expliqué aux enfants)
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