Lettre à l'enfant qui dort

Dimanche 14 décembre 2008 7 14 /12 /Déc /2008 12:50
(Extrait de "Lettre à l'enfant qui dort")

Je viens d'un monde ailleurs.

Ici, on dit treize heures... mais là-bas...

Connais-tu cette chaleur brûlante d'une heure ? Quand l'ombre de l'église et des platanes se fait si petite que tu prends ton souffle avant de traverser la rue pour vite aller te tapir dans une autre ombre ?

Même les bruits s'y font différents, secs, brefs et mats. Tiens, je me souviens... Même la cloche de l'église retenait son souffle pour pousser son plus petit cri de la journée. A cette heure, la place, le kiosque, les terrasses des cafés, les ombres des palmiers, semblaient cloués au sol, tétanisés comme des flaques de lumière et d'ombre sur une carte postale.

Dans les maisons fermées, les enfants rusaient pour ne pas faire la sieste.

C'est vrai, tu n'en sais rien, toi, tu es d'ici, c'est ta certitude, tu dors et je te regarde, il est treize heures et tu ne sais rien de la bouffée d'air brûlant qu'on aspire comme la fumée d'une cigarette, douce brûlure, aimée comme le goût d'un pays.

Il est treize heures. Dans l'ombre, les silences ont tant de choses à dire.
Il est treize heures et le soleil a envie de folie, il se croit comme là-bas, fort à créer la torpeur.

Dans cet ici, blottis dans des carrés de mémoire, pêle-mêle, temps et vie, passions et regrets, rangés au fond d'un cœur, tu ne sais rien de cet ailleurs où chaque heure avait son poids de vie réglé au rythme profond des soleils et des parfums.

À six heures, tu dirais dix-huit heures, les hirondelles allaient s'assembler sur les câbles téléphoniques tendus au ciel des rues, arrimés en leur extrémité à des gobelets d'émeraude, les martinets joyeux striaient le jour et mes rêves.

A cette même heure, l'ombre des entrées des maisons, les feuillages, libéraient un flot de vie dans l'avenue principale sous la chevelure fantasque des palmiers, chimères fidèles et bienveillantes qui semblaient garder un bonheur éternel.

À cette heure, la vie bruissait et glissait de toutes parts. Les éclats de voix, les klaxons, les cris d'enfants, naissaient comme une marée puissante, invisible et forte comme le vent.

Comme les arbres qui jalonnaient cette quiétude, enfant un peu seul, j'épiais ces cris, regardant les heures.


Jean-Michel Sananès, "Lettre à l'enfant qui dort" - Editions Chemins de Plume - 8€

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- Cheval fou  (D'amour et de colère)
- Une étoile dans le sang
- À l’ombre des réverbères (J'ai faim, j’ai froid, j’ai peur)
- Le racisme (comprendre,expliquer, contrer)
- Mémoires des pierres et du vent (Mémoires d’exil)
- Opus 24 (Requiem pour 68) 
- Lettre à l’enfant qui dort (Mémoires d’exil)
- Occident/Accident de conscience
- La diagonale du silence
- Lettre à mon Alzheimer (Le festin de l'araignée)
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- La couleur des mots jusqu'à la douleur (illustrations Svensson Uno)
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- Les confidences de Maxime le chat
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- L'Enfant trèfle (Conte illustré par l'auteur)
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