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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Quand la nuit déraille

6 Juillet 2016, 18:43pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

J’ai le cœur sédentaire et l’âme vagabonde
Quand la nuit déraille, je suis l’enfant du cri
Je viens d’une autre mémoire
Plus grande que l’ici, aussi vaste que l’ailleurs
J’habite le passé de l’absence
Je ne suis que l’odeur d’un regret
L’ombre pâle d’un anonyme
Une feuille d’automne que l’hiver piétine

Te souviens-tu
Du cri lointain du chèvrefeuille ?
De la déchirure du soir
Sur l’envolée des hirondelles ?
De l’odeur du désir dans la moiteur des étoiles ?
Du vent à l’arrêt aux déraisons du soleil ?

J’avais un sommeil de sable

Il pleut des mémoires et du feu
Et tant de guerres cognent aux vitres
Je cherche un enfant qui me ressemble
Mais tous les enfants me ressemblent
Ils partent, un parchemin à la bouche
Un sourire dans la main
Qui donc, autre que la mort
Déchire le parchemin ?
Qui donc, autre que les hommes
Écrase la main et piétine le sourire ?

Il faudrait repeupler le vent
Je me souviens le cri du chèvrefeuille
Être homme ne suffisait pas
Il fallait montrer papiers, identité
Couleur, carnet de confession
Il fallait partir, pleurer, mourir
Le rêve habitait des vertus polymères
Et des nuits dépeuplées
Quand les hommes meurent
Il fait brouillard partout

Il faudrait tuer les bruits qui courent
Pour tuer la rumeur

Là-bas, j’avais une terre
Des bourgeons d’argiles aux toits des maisons
Je me rappelle le nid d’hirondelles
Quand l’oiseau est tombé
Et la vie qui cessait dans une main d’enfant
Le vieil homme m’avait dit :
Tu auras d’autres raisons de pleurer
mais la vie ne vaut-elle pas toutes nos larmes ?

Quand la nuit déraille, je suis l’enfant du cri
Je viens d’une autre mémoire
Aussi vaste que l’ailleurs
J’ai visité le miroir
Un cri lointain de chèvrefeuille
Cache tous les mouroirs du monde
L’ogre de barbarie et le marchand
Encore traverseront la nuit
J’habite le passé de l’absence
Le vent me déplace sur une feuille d’automne
J’ai mangé ma colère et mes regrets
Je cherche un enfant qui me ressemble
Mais tous les enfants me ressemblent
Aucune vengeance, aucune guerre
Ne vaut le temps perdu à ne pas aimer.

 

 

JMS - Extrait de "Dieu, le silence et moi" - Editions Chemins de Plume

Commenter cet article

Olivier 12/08/2011 22:15



Merci pour ce lieu bien agréable à lire.


 


 


Je ne me souviens pas car je n’ai pas oublié. 


Je marche avec ma mémoire qui boîte comme je boîte parfois.


Cette nuit , je marche à côté de moi.


Au milieu de la route, là où glissent les bandes blanches


Au milieu de la nuit,


Où se réfugient les mots, les souvenirs de demain.


En souvenir d'heureux futurs, t'en souviens tu ?


Alors il y a écrire.


Dans un dernier regard à la lune, 


Ecrire le premier mot.


Et tu le sais, et tu ne le sais pas.


Je me souviens que j’écrivais.


Je me souviens que j’écris.


 



Cheval fou (Sananes) 22/08/2011 22:17



J’aime la beauté sourde des mots qui crissent quand, jors de moi, je crois me reconnaître qui court à la marelle des bandes blanches et passe sans même me
saluer.


Un très beau texte qui me rappelle ce que je me disais demain bien avant que je ne scrute le regret de ne pas naître hier, mais l’avenir c’est toujours.


Merci pour ce super texte


Amicalement,


jms


 



Ziggie 11/08/2011 16:24



Je ne sais que dire.


J'ai lu ce texte dès le 5 août mais les mots manquent qui diraient à quel point je l'ai reçu.


Crochet au plexus.


KO debout.


Je suis sûre que tu les imagineras.



Cheval fou (Sananes) 22/08/2011 22:28



Écrire et parler ne sont utiles que si l’on est compris.Merci pour ce mot qui me touche profondément.


Je ne sais pas pourquoi le Ziggie-blog ne répond plus ?


Amicalement,


JMS



Nath 11/08/2011 07:21



Bonjour JMS...


 


J'ai envie , très envie de faire parvenir ce texte à une personne...tellement je le trouve magnifique, j'ai envvie de le partager...puis-je ?



Cheval fou (Sananes) 11/08/2011 14:21



Avec grand plasir


jms



Nath 07/08/2011 07:12



JMS, un bonjour du dimanche...


 


S'il est bien un plaisir matinal, qui augure un rayon de lumière de plus dans mon crâne, c'est bien celui de découvrir des mots aussi splendides que ceux-ci...



Cheval fou (Sananes) 11/08/2011 14:23



Merci de ces mots : allumer des brins de bonheur me comble


jms



jeanne 05/08/2011 15:36



"j'ai mangé ma colère et mes regrets"


je prends cette phrase , mais toutes me touchent infiniment


là où les enfants pleurent


ne somme nous pas nous aussi des enfants encore


quand ces nuits déraillent


perdu dans la tourmente ?


 la révolte me porte


encore


merci pour ces mots qui s'envollent


cherchons encore,


toujours


 



Cheval fou (Sananes) 11/08/2011 14:28



Les enfants de la révolte se doivent d’apprendre la paix pour pouvoir semer l’amour


merci, Jeanne de vs  mots


JMS 




lutin 05/08/2011 14:29



Ce texte est superbe, on aurait pu aussi l'appeler "l'enfant du cri"