Vendredi 5 août 2011 5 05 /08 /Août /2011 13:13

J’ai le cœur sédentaire et l’âme vagabonde

Quand la nuit déraille, je suis l’enfant du cri

Je viens d’une autre mémoire

Plus grande que l’ici, aussi vaste que l’ailleurs.

 

J’habite le passé de l’absence

Je ne suis que l’odeur d’un regret

L’ombre pâle d’un anonyme

Une feuille d’automne que l’hiver piétine.

 

Te souviens-tu du cri lointain du chèvrefeuille ?

De la déchirure du soir sur l’envolée des hirondelles ?

De l’odeur du désir dans la moiteur des étoiles ?

Du vent à l’arrêt aux déraisons du soleil ?

J’avais un sommeil de sable.

 

Il pleut des mémoires et du feu

Et tant de guerres qui cognent aux vitres

Je cherche un enfant qui me ressemble

Mais tous les enfants me ressemblent

Ils partent un parchemin à la bouche

Un sourire dans la main.

 

Qui donc autre que la mort déchire le parchemin ?

Qui donc autre que les hommes écrasent la main et le sourire ?

 

Il faudrait repeupler le vent

Je me souviens du cri du chèvrefeuille

 

Être homme ne suffisait pas

Il fallait montrer papier, identité

Couleur et carnet de confession

Il fallait partir, pleurer, mourir

Le rêve habitait des vertus polymères

Et des nuits dépeuplées.

 

Quand les hommes meurent

Il fait brouillard partout.

 

Il faudrait tuer les bruits qui courent

Pour tuer la rumeur.

 

Là-bas j’avais une terre

Des bourgeons d’argiles aux toits des maisons.

 

Je me rappelle du nid d’hirondelle

Quand l’oiseau est tombé

Et la vie qui cessait dans une main d’enfant.

 

Le vieil homme avait dit :

Tu auras d’autres raisons de pleurer

La vie ne vaut-elle pas toutes nos larmes ?

 

Quand la nuit déraille, je suis l’enfant du cri

Je viens d’une autre mémoire aussi vaste que l’ailleurs

J’ai visité le miroir

Un cri lointain de chèvrefeuille cache tous les mouroirs du monde

L’ogre de barbarie et le marchand, encore, traverseront la nuit.

 

J’habite le passé de l’absence

Le vent me déplace sur une feuille d’automne

J’ai mangé ma colère et mes regrets

Je cherche un enfant qui me ressemble

Mais tous les enfants me ressemblent

Aucune vengeance, aucune guerre

Ne vaut le temps perdu à ne pas aimer.

 

JMS

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Commentaires

Ce texte est superbe, on aurait pu aussi l'appeler "l'enfant du cri"

Commentaire n°1 posté par lutin le 05/08/2011 à 14h29

"j'ai mangé ma colère et mes regrets"

je prends cette phrase , mais toutes me touchent infiniment

là où les enfants pleurent

ne somme nous pas nous aussi des enfants encore

quand ces nuits déraillent

perdu dans la tourmente ?

 la révolte me porte

encore

merci pour ces mots qui s'envollent

cherchons encore,

toujours

 

Commentaire n°2 posté par jeanne le 05/08/2011 à 15h36

Les enfants de la révolte se doivent d’apprendre la paix pour pouvoir semer l’amour

merci, Jeanne de vs  mots

JMS 

Réponse de Cheval fou (Sananes) le 11/08/2011 à 14h28

JMS, un bonjour du dimanche...

 

S'il est bien un plaisir matinal, qui augure un rayon de lumière de plus dans mon crâne, c'est bien celui de découvrir des mots aussi splendides que ceux-ci...

Commentaire n°3 posté par Nath le 07/08/2011 à 07h12

Merci de ces mots : allumer des brins de bonheur me comble

jms

Réponse de Cheval fou (Sananes) le 11/08/2011 à 14h23

Bonjour JMS...

 

J'ai envie , très envie de faire parvenir ce texte à une personne...tellement je le trouve magnifique, j'ai envvie de le partager...puis-je ?

Commentaire n°4 posté par Nath le 11/08/2011 à 07h21

Avec grand plasir

jms

Réponse de Cheval fou (Sananes) le 11/08/2011 à 14h21

Je ne sais que dire.

J'ai lu ce texte dès le 5 août mais les mots manquent qui diraient à quel point je l'ai reçu.

Crochet au plexus.

KO debout.

Je suis sûre que tu les imagineras.

Commentaire n°5 posté par Ziggie le 11/08/2011 à 16h24

Écrire et parler ne sont utiles que si l’on est compris.Merci pour ce mot qui me touche profondément.

Je ne sais pas pourquoi le Ziggie-blog ne répond plus ?

Amicalement,

JMS

Réponse de Cheval fou (Sananes) le 22/08/2011 à 22h28

Merci pour ce lieu bien agréable à lire.

 

 

Je ne me souviens pas car je n’ai pas oublié. 

Je marche avec ma mémoire qui boîte comme je boîte parfois.

Cette nuit , je marche à côté de moi.

Au milieu de la route, là où glissent les bandes blanches

Au milieu de la nuit,

Où se réfugient les mots, les souvenirs de demain.

En souvenir d'heureux futurs, t'en souviens tu ?

Alors il y a écrire.

Dans un dernier regard à la lune, 

Ecrire le premier mot.

Et tu le sais, et tu ne le sais pas.

Je me souviens que j’écrivais.

Je me souviens que j’écris.

 

Commentaire n°6 posté par Olivier le 12/08/2011 à 22h15

J’aime la beauté sourde des mots qui crissent quand, jors de moi, je crois me reconnaître qui court à la marelle des bandes blanches et passe sans même me saluer.

Un très beau texte qui me rappelle ce que je me disais demain bien avant que je ne scrute le regret de ne pas naître hier, mais l’avenir c’est toujours.

Merci pour ce super texte

Amicalement,

jms

 

Réponse de Cheval fou (Sananes) le 22/08/2011 à 22h17

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