Promesse de l’aube grise (pamphlet)

Publié le par Cheval fou (Sananès)

 Je suis assis, carrefour des aubes grises, là où vacillent des champs d’espoirs anciens. Les petits bonheurs font illusion, les grands bonheurs sont en croise-ailleurs.  Je viens de loin, j’ai fait le voyage intérieur, j’ai fait le compte et le décompte, j’ai l’âme ébréchée, le cœur écorché, l’oiseau qui m’habitait semble cloué à de vieilles nostalgies.

Pour la première fois depuis cent mille ans, pour la première fois depuis que j’ai quitté mes grottes du Hoggar, depuis que mon frère de Tautavel a migré emportant le cri des vents, depuis que j’ai fui la vieille Mésopotamie, pour la première fois, le monde rétrécit.

Moi qui viens de mémoire sapiennes, je vous le dis : le bilan est mauvais.

J’ai peur comme quand il fait nuit et froid.

Comme quand j’ai mal de Toi.

Pourquoi n’existes-Tu pas pour allumer la torche des prières ?

Où as-Tu mis le rêve ?

Au décompte de l’espoir, je ne trouve que des enfants qui ont peur, du sang et de la faim.

J’ai peur du crépuscule des rêves et de l’aube grise.

Ils sont là les mange-promesses, les dresseurs de mensonge, les mange-planètes et les démagogues

Assis au carrefour des aubes grises, je voulais croire, mais en matière de promesse tout ne va pas aussi bien que ça. Pourtant, main sur le cœur ils avaient dit :

Le droit au logement, la fin des sans abris, la fin de la faim…

Mais… c’est quand ?

Tout pose problème.

Cela me perturbe.

Les rêves inutiles m’éparpillent, je meurs en utopie et poèmes surannés.

J’arrive trop tard, Sniper vomit sa haine. L’humanisme n’a plus cours.

Est-ce la banque-route de l’espoir ?

Devrais-je changer et participer, entrer de plain-pied dans ces temps nouveaux ? 

La question se pose, devrais-je apporter ma pierre aux déréglementations de la conscience ou, de façon plus appropriée, ôter ma pierre du vieil édifice de la solidarité et de l’éthique ?

Au décompte de l’espoir et des enfants qui ont peur, dois-je me demander :

À quoi donc peut servir un homme si l’on ne peut en faire un chômeur ?

Si l’on ne peut le soumettre ?

À quoi donc peut servir un homme si l’on ne peut en faire un esclave du nouvel ordre mondial ?

Dois-je me demander :

À quoi donc de nos jours servirait une conscience si l’on ne pouvait s’asseoir dessus ?

Hé oui, les temps sont là mon vieux Shakespeare, la société pose ses lois. Faut-il en être ou ne pas en être ?

Pour m’intégrer, devrais-je surveiller, espionner mes voisins, croire que "La dénociation est un devoir républicain" ? 

Les temps changent et moi-même je change, j’en arrive à me demander : où en est le fichage des bébés ?

 

Au carrefour des aubes grises je deviens raisonnable, je suis de notre temps. Les fichiers de la délation organisée me m’interrogent plus, je rentre dans l’ordre, je déballe des mots bottés, j’écris des marches militaires et des discours anti-écologiques. Pour sûr, j’ai loupé Vichy, mais qu’à cela ne tienne, je suis bon teint, j’adhère aux grands projets : tenez, dès demain, je pars repérer les bébés délinquants !

Aujourd’hui, amis de l’aube grise et chers amis con-citoyens, je vous le demande, apportons tous ensemble notre contribution aux nouvelles exigences du projet social. 

Amis bien-pensants, dressons les bébés fortes têtes. Sanctionnons les, passons leur l’uniforme que j’ai spécialement créé pour les bébés hurleurs.

Avec moi, remettez  à l’ordre du jour un de ces bons vieux journaux qui fleurissaient sous Vichy. Non ce journal ne se nommera pas l’Anti-bébé mais :

Le Matricule des Langes.

Journal garanti non révolutionnaire

 

Chers amis et con-citoyens, soyez actifs,  soyez de votre temps !

Vous êtes conviés à m’adresser des photos, des noms, des adresses de bébés délinquants.

J’attends !

Je n’habite plus les Promesses de l’aube grise, je consume le noir des heures

J’attends.

Votre dévoué Collaborateur

Âne Fou

JMS - "Et leurs enfants pareils aux miens"

 

Uniforme

  

le-matricule-des-langes-centre-2-jpg.jpg

matricule n°1264

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J


vraiment très sympa !



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C


Merci de ta visite.


jms



N


Voici que je lis et voici que j'aime , écho des questions qui mettent les miennes en éveil ...encore et toujours...


 


Je vais répondre à votre venue si bienfaisante sur mon blog, le temps de trouver les mots.
Merci à vous


Nath



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C


Écrire, est-ce autre chose qu’un partage, qu’une suite de bouteilles de mots lancées dans le tumulte sourd d’un monde névrosé ?  


Merci de votre visite et de votre réponse.


jms



Z


J'avais fermé le Ziggie-blog.
Pas un de mes mots n'arrive à la hauteur de ce que je ressens, de ce que je voudrais dire. Ils sont en moi, éparpillés mais j'ai perdu l'ordre des choses, l'ordre de ma vie.
Pourtant je n'aime pas trop l'ordre parce que l'ordre c'est la mort, on l'a vu et on le verra encore.
Je ne peux pas m'assoir sur ma conscience, je ne veux pas devenir raisonnable.
"J’ai peur comme quand il fait nuit et froid"
"Je meurs en Utopie"...
Mais je ne saurais l'écrire.
Mais tu es là pour crever les ciels sombres.



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C


C’est en lisant les yeux d’un chat qu’on apprend à le comprendre. Les mots sont des chats sauvages. Il faut prendre le temps d'apprivoiser les mots pour s’en faire des amis. C’est un chemin de
patience, il faut aller aux mots pour qu’ils vous racontent votre vie sans en trahir le sens. Votre blog portait des promesses, de la jeunesse et des blessures. Continuez à écrire, c’est en
écrivant que l’on se rencontre le mieux. Votre encre est impétueuse laissez-lui le temps, elle vous en dira plus que vous ne le soupçonnez


 « Mais tu es là pour crever les ciels sombres » Votre phrase a une puissance poétique rare, cultivez la, sans attendre de retour, le poète écrit
essentiellement pour lui