Lettre ouverte à Monsieur Depardieu

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Cher Monsieur Depardieu,

Je regrette de vous voir hissé en porte-drapeau d’une communauté d’expatriés économiques et déplore que vous vous retrouviez sous les sunlights d’un théâtre où vous n’avez pas votre place. Les bravos de Monsieur Copé, de Madame Parisot, ceux des politiciens qui défendent leurs multiples statuts et leurs onéreux avantages, de même que les hourras des grands chanteurs, des grands naufrageurs du petit commerce, de ceux qui font commerce avec des sièges sociaux hors de France pour s’exonérer de leurs devoirs, les magouilleurs, les rois du luxe, tous ces applaudissements et ce bruit, vous vont mal.

Oui Monsieur Depardieu, ce n’est pas vous, c’est ceux qui veulent démontrer l’utilité de tuer le modèle français, ceux qui l’assassinent à coup de dérèglementation qui devraient être sur scène. Cependant, si vous n’êtes pas responsable de l’exode fiscal qui ponctionne les richesses de notre pays, les médias ont fait de vous le symbole d’un affrontement entre ceux qui profitent d’une dérégularisation voulue par le grand capital et ceux qui visent à une régulation du système. Aussi, même si vous êtes loin d’être un cas unique, votre réaction épidermique mais compréhensible, nous laisse croire que pour vous et certains d’entre nous, payer 150 millions d’euros d’impôts est un drame !...

Mais pour d’autres, quel privilège… !

À en croire cette allégation, certains français, ceux d’en bas, constatent que parce que le système le permet, vos seules impositions ont, si mes calculs sont justes, avoisiné 11 200  années de Smic, (une petite partie de vos revenus) alors que nombre de français, après une vie de difficile labeur, n’arrivent pas à cumuler les 41 années de travail nécessaires à leur retraite. À en croire d’autres allégations, le patrimoine que votre métier d’acteur vous a permis d’acquérir, avoisinerait les 85 millions d’euros, le prix d’une multitude de 2 pièces en une période où tant de nos concitoyens sont à la rue et où une vie d’honnête salarié ne permet pas à tous d’avoir son chez soi.  

Le drame, n’en déplaise à vos supporters et aux tenants du grand capital, c’est que vu d’en haut, la misère n’a pas d’odeur et la solidarité a une bien vilaine odeur. La société se scinde entre ceux qui s’octroient le droit de se partager le monde et ceux qui pensent que le monde est un bien collectif auquel il convient d’appliquer des normes écologiques et financières visant à la préservation d’un équilibre global. Ces derniers vous semblent insupportables quand croyant à la justice sociale par l’impôt, ils importunent ceux qui, chaque année, engrangent des centaines d’années de Smic pour un seul foyer. Certes, rassurez-vous, nous savons bien que vous n’avez rien à voir avec les Jean-Marie Messier et autres pilleurs de la France, nous savons bien qu’il est injuste que ce soit vous qui n’êtes en rien responsable des dogmes de la nouvelle économie, qui soit montré du doigt.

Cependant, je suis sûr Monsieur Depardieu, que vous êtes conscient de l’indécence de certains salaires et, parce que vous avez un cœur, vous comprenez que les quelques mois de tournage d’un acteur ne méritent pas 200 à 300 fois le salaire annuel d’un travailleur manuel, ou 200 fois un salaire d’instituteur, et que, même si le rire soigne, il n’est pas normal qu’un comédien gagne 100 fois plus qu’un médecin. 

Ne rejoignez pas ceux de vos amis politiques qui défendent une caste et non la France, ceux qui insultent ceux qui croient en l’utopie citoyenne et à un droit à la non précarité.

Dire qu’aucun Français ne doit dormir dans la rue, ne doit plus être une supercherie politique.

La solidarité n’est pas un "gros mot" !

Penser que l’économie française sera sauvée dès lors qu’on précarisera les salariés, dès lors que l’hôpital public, les retraites, l’école publique et les universités seront privatisés, n’est en rien du réalisme économique, c’est la programmation de révolutions où triompheront les fascismes rouges ou noirs comme on le voit dans les pays en crise.

Je ne sais, Monsieur Depardieu, si le destin vous a tant comblé que vous n’avez jamais usé des allocations chômage des travailleurs du privé, de celle du monde du spectacle, qu’aucun de vos films n’a bénéficié de subventions. Je ne sais si vous avez eu suffisamment de chance pour que votre famille et vous-même n’ayez utilisé ni la sécurité sociale, ni les hôpitaux, ni l’école, ni même les routes de notre beau pays de France. Si cela est, je veux bien croire qu’il vous répugne de participer plus abondamment au financement de la France.  

Mais si cela n’était pas, je ne pourrais croire que c’est la petite phrase de Monsieur Jean-Marc Ayrault, à l’égard de ceux qui s’expatrient, qui vous a blessé. Hélas, je craindrais que ce soit le regard que vous avez porté sur l’abandon de vos utopies qui vous a été insupportable.

De grâce, Monsieur Depardieu, redevenez le sympathique héros de ma jeunesse, ne laissez pas Obélix poignarder Vercingétorix. Ce n’est pas trop tard.

Jean-Michel Sananès

Publié dans Coups de gueule

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L
<br /> Je suis entiérement d'accord avec tout ça.<br /> <br /> <br /> Rester en France tant que l'on a besoin de l'argent des français et partir ailleurs dés que l'on en a trop.<br /> <br /> <br /> Bravo!!!!!!<br />
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C
<br /> <br /> Heureux de te savoir d'accord<br /> <br /> <br /> Merci de ton passage<br /> <br /> <br /> Amitié<br /> <br /> <br /> jms<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> citoyenne c'est mieux !!!<br />
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J
<br /> à cette heure depardieu<br /> <br /> <br /> est presque citoyen russe,<br /> <br /> <br /> pays de la démocratie dit-il<br /> <br /> <br /> povre povre  de lui l'a trop bu de potion magique fermentée<br /> <br /> <br /> ça lui porte au ciboulot<br /> <br /> <br /> alors bon vent depardieu<br /> <br /> <br /> que notre bb vous suive<br /> <br /> <br /> ça dégagera l'atmosphère<br /> <br /> <br /> une cytoyennne <br /> <br /> <br />  <br />
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C
<br /> <br /> Un remerciement un peu tardif, je suis loin de moi et aussi de mon blog. Si BB part on ne perdra peut-être pas une amie de la démocratie, mais que dira mon chat ?<br /> <br /> <br /> Amicalement jms<br /> <br /> <br /> <br />
P
<br /> D'abord je vous souhaites de bonnes fetes <br /> <br /> <br /> Deuzio j'ai perdu votre mail<br /> <br /> <br /> Alors Père Noel tu me renvois çà stp<br /> <br /> <br /> J'ai plein de choses à vous dire encore, car 40 ans c'est long<br />
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M
<br /> Admirable monsieur !<br /> <br /> <br /> Si Obélix pouvait vous entendre, pardieu que ce serait bien !<br />
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B
<br /> Joli poisson rouge fuis ton bocal et vas retrouver le torrent d’eau fraîche où<br /> <br /> <br /> le jour emporte de son parfum. De par dieu où de n’importe<br /> quel autre navire,<br /> <br /> <br /> la tempête s’essuie toujours trop sur les vaguelettes qui ne<br /> savent rien de<br /> <br /> <br /> l’ouragan.   <br /> <br /> <br /> Joli, joli, monsieur Sanases.<br />
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