Ile Eniger

Publié le par Cheval fou

Ni

J'y pense souvent. Aux petits matins ruraux quand les platanes accompagnaient les écoliers. Quand les vélos d'enfance dévalaient les jeudis. Quand on mangeait des fruits au goût de fruits. Quand la terre n'était pas ce grand cri de blessure. Ils ont bitumé jusqu'au souvenir des tomates de Grand-Père, il est enfoui sous la tôle morte des containers. Jusqu'aux bonjours ou autres brins de mots qui prenaient le temps. Ils ont rangé l'antenne humaine pour celle des portables. Le séisme des graines n'aura plus lieu. Ni la saisie de l'herbe aux talus des ruisseaux. Ni la joie sauvage de l'enfant au jardin. Ni les virages du chemin cantonnier. Ni le sucre des mûres noires. Ni le grincement lent de la cabane à outils. Ni les cerises dévorées par les merles. Les vautours ont planté leurs griffes. Ils ont tout parqué derrière leurs écrans, enterré sous les piles des papiers monnaie. L'allégresse est morte. Aucun pas joyeux sur les cailloux restants au milieu des gravats. Seuls les dos chargés des camions délestent les frigos où meurent les pommes. La campagne est vaincue. Je ne les connais pas ceux qui ont tué l'oratoire où dormaient les moineaux. Ils sont légions. Mais la brindille têtue entre les ruines, je la reconnais, elle est ma soeur.

Ile Eniger - Le chemin, encore - à paraître

Publié dans Ils disent

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C
<br /> <br /> Oui, bien sûr. Mais l'enfance est toujours là dans le pic-vert du golf, les faisans dorés, le renard qui traverse la route, superbe, devant les voitures. On dirait qu'il revient d'avoir flambé au<br /> casino! Tous les jours je salue "mes" poules faisanes" je quête le rare  putois, l'été, l'écureuil. Non, tout ne disparaîtra pas.<br /> <br /> <br />  Et la mouette, altière et  tranquille, regarde la mer. Moi j'admire la mouette et je marche. <br /> <br /> <br /> <br />
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A
<br /> <br /> Bonsoir,<br /> <br /> <br /> Il est magnifique ce texte et il dit si poétiquement de bien tristes vérités  !<br /> <br /> <br /> Amitiés de Picardie<br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Savoir qu’un texte arrive à ses fins, c'est-à-dire qu’il est reçu jusqu’à l’émotion, est gratifiant<br /> <br /> <br /> amicalement,<br /> <br /> <br /> jms<br /> <br /> <br /> <br /> <br />