J'ai trimé, j'ai travaillé, délavé le ciel, les nuages, l'escalier. Le tablier s'est usé à frotter l'établi du jour, à voir le
soleil noircir.
L'heure est en pente raide, je piétine, glisse, m'éreinte, dit l'homme en route sur le chemin de l'âge. Entre deux sourires affaissés, il les regarde jamais contents et assoiffés de vouloir. La
table toujours trop petite, jamais à leurs faims.
Le jour me lève, je cours, travaille, me glisse, m'insinue dans le flot des minutes, m'essouffle, piétine, cours, travaille, travaille.
Pas content le boss ?
Pas contente mon amour ?
Et les rires, les rires où sont-ils ? Dit l'homme assis sur un recoin aigre de sa mémoire.
Ce soir, le ciel est courroucé. Le lézard, le chat, le frigidaire, le petit frère et les trois sœurs, tous, sont assoiffés. Ils boivent, ils mangent tes heures et des quenelles, du chocolat
et des couleuvres, mais face à l'infini des désirs, ta vie est petite, si petite que tu la logerais dans une peau de chagrin. Et tu cours, tu cours, t'arrimes, t'éreintes à en faire plus et
plus…
Tu es seul sur la ligne d'horizon et le jour recule.
Le soleil est trop gris, le tablier usé. Et toi, toi tu en as assez, tu as envie de tout poser, de jeter le marteau et l'enclume, de retirer les doigts, et d'aller dormir.
Déjà au matin lundi est là, et tu as une overdose de vie. Tu veux fermer les yeux, fermer le jour, fermer la vie. Courir plus loin que Las Planas, plus loin que le Mont-Blanc, plus loin que
Valparaiso, tu as de la neige dans tes cheveux, tu te sens petit, trop petit, et tes épaules sont étroites, trop étroites, ton genou est malade, tu ne veux plus courir. Les exigences sont
grandes, trop grandes, et tes jours trop courts.
Tu te couches et tu te demandes.
Tu te lèves et tu demandes.
Et la vie, c'est quand ?
Et le rêve, c'est où ?
Je ne suis pas venu pour ça.
J'exige du soleil, des frites et des vagues, un horizon plus loin que les étoiles.
jms
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SANANÈS Jean-Michel
Éditions Chemins de Plume ©
Un beau texte, attendre toujours quelque chose d'autre qui ne viendra pas car on veut toujours autre chose.
Oui Lutin, la misère tant à l’intérieur qu’à l’extérieur touche les oubliés de la fraternité. Implacablement triste.
Merci de votre mot
Amicalement,
jms
Et la vie c'est quand?
Et le rêve c'est où ?
c'est exactement ça que je me dis
Et les frites qui se promènent entre rêves de soleil et de vagues,cela ne me paraît pas incohérent du tout,...j'aime
Comme vous le dites si bien dans votre dernier texte : « Ce qui manque c'est de pouvoir renaître »
Amicalement,
jms
le rire est là
dans celui d'un enfant qui dessine
la vie c'est chaque matin qui se lève
le rêve ? je suis sûre que vous rêvez cher cheval fou
la folie un cheval ?c'est du rêve dont vous tenez les rênes ?
non ?
mais si !!!
dit elle une espèce de lueur folle dans son oeil gauche
Les rêves de cheval fou, il n'y a pas lieu d'en faire un foin, ce jour la « Le vide m’avait absorbé dès le chemin, sur la route. ».
Merci de votre passage. J’apprécie votre beaucoup votre blog.
Amicalement,
jms
je vois que vous passez...
merci