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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Amis, un jour je partirai

21 Novembre 2015, 15:11pm

Publié par Cheval fou (Sananes)

Amis, un jour je partirai dans le silence des mots inécoutés.
Je partirai avec tout ce que je n’ai pas fait, pas dit, pas écrit.
Je partirai comme une encre effacée.
Je m’en irai loin, loin de vous et des miens.
Parmi les enfants du néant.
Dans les immensités de l’in-savoir.
 
Amis, peut-être nous sommes-nous déjà rencontrés.
Dans un monde ailleurs.
Au profond des réalités incontournables.
Peut-être même avons-nous échangé quelques mots,
une phrase ou un poème en ce langage des cœurs
que nul n’enseigne alors même qu’il est indispensable.
 
Amis, peut-être avons-nous bousculé la raison.
Jeté des pavés dans la mare aux certitudes.
Peut-être avons-nous cartographié quelques-uns des hiéroglyphes du Mystère.
Peut-être même que du haut de nos cultures,
nous les avons brutalisés parce que pour les approcher,
il nous aurait fallu être nus de culture et de savoir.
Il nous aurait fallu les décrypter loin des bibles et des guides de savoir-vivre.
 
Il aurait fallu tant et si peu de choses pour que le regard soit autre.
Pour que l’autre soit un prochain.
Pour que l’indifférence n’obstrue plus le paradis.
Il aurait fallu refaire la matrice et désinventer le crime.
Il aurait fallu plus de rêves que de réalisme, plus d’amour que d’argent.
Vous le saviez amis, et pourtant, peut-être ne nous sommes-nous jamais rencontrés.
Où allez-vous, ou courez-vous amis ?
D’où venons-nous amis ?
Tant de temps que je vais ma route,
que je parcours l’agitation désespérée de milliards d’hommes
qui se cherchent à la parade dans une course effrénée aux images
sans jamais regarder en arrière, sans jamais voir en eux.
 
Si la vie n’était ce virtuel où les contraintes empêchent de vivre,
peut-être aurions-nous pu nous rencontrer amis.
Un jour, peut-être, nous rencontrerons-nous plus loin que nos états d’âme,
cabotant ou dérivant vers des continents de fraternité.
Peut-être traverserons-nous ensemble les fleuves de la vie et de la mort.
Peut-être partirai-je sans que nos vies se soient croisées.
Peut-être partirai-je sans avoir usé la Question.
 
Peut-être qu’à la traversée du siècle,
j’aurais dû cesser de chercher un sens au voyage et partir sans boussole,
 ne plus user mes mots et mes cris à pleurer sur l’abdication de la beauté.
Peut-être aurais-je dû comprendre que la sagesse est dans l’acceptation
et ne jamais croire que l’acceptation est un renoncement.
Peut-être aurais-du bâillonner les cris de ma conscience.
Ne plus arpenter le rêve et l’amour.
Ne plus vouloir en habiller ceux que j’aime.
 
À la croisée des jours, j’ai voyagé, tendu la main,
appelé, lancé des bouteilles aux étoiles, à la toile et aux quatre univers.
Peut-être me suis-je trop nourri de tendresses d'enfants.
Peut-être ai-je trop traversé la larme et le rire.
Peut-être ai-je trop oublié mes certitudes.

Amis, je vous ai cherchés en ce royaume de chair et de sang
où mon rire se noie dans la marée des jours perdus.
Si dans cet ici, Dieu n'a jamais occupé plus de place que mon chat,
ne Lui en tenez pas rigueur, peut-être aurait-Il pu être, aussi, mon ami.
Les êtres de l’absence ne portent-ils pas plus de rêves
que les cyniques terroirs du visible ?
 
Amis, quand viendra l'instant,
je partirai riche d'amour et plein de ceux qui ont donné sens à ma vie.
Je partirai dans le silence des mots inécoutés.
Du fond de ma vieille peau d'enfance froissée,
je suis prêt.

 

JMS - Clinique St George nov. 2012

Commenter cet article

barbara alice richard 04/12/2012 09:02


c'est comme ça. interdiction!

barbara alice richard 04/12/2012 08:47


et vos amis, le sont-ils, prêts? prêts à ce que vous les quittiez? moi je ne le suis pas en tout cas. je ne veux plus que l'on me quitte.

jeanne 26/11/2012 06:04


être prêt


oui lacher nos amours au sens large


lacher le soleil, la mer


lacher


partir vers un autre "monde"


nous le savons depuis si longtemps


n'avoir  pas de regret


affectueusement-amicalement

Cheval fou (Sananes) 28/11/2012 15:34




Merci Jeanne pour ce message d’amitié et sur ce fracassant constat : voyeurs du verbe et des temps joyeux,  passagers des douleurs, notre futur
ne réclame ni passeport ni billet… un jour nous partirons sans bagages et nus de nos prétentions. Essayons donc de faire ici et maintenant nos devoirs d’humains, sans restriction donnons du
bonheur.



lutin 25/11/2012 17:37


Je retente. Je disais à quel point ce texte m'apporte d'émotions. Je disais aussi qu'il me faisait penser à un texte que j'ai écrit il y a quelques années


 


Il en tomba combien dans cet abîme
Et je disparaîtrai un jour dans le silence
De ce monde, c’est certain

Il en tomba combien dans cet abîme
Le vert de mes yeux, l’éclat de mes cheveux
S’éteindront au fil du temps

Il en tomba combien dans cet abîme
Dans ma chute se figeront les souvenirs
De ma vie resteront les images

De ce monde, c’est certain
La vie renaîtra
Et tout sera comme si je n’avais pas existé

Dans ce monde, c’est certain
J’aimerais laisser mon empreinte
Le vert de mes yeux, le son de ma voix

Vous qui m’aimez
Ecoutez-moi !
Il faut m’aimer encore du fait que je mourrai

Entendez mes cris du silence !
L’écho de ma chute où l’abîme m’entraîne





                                            

lutin


 


 

Cheval fou (Sananes) 28/11/2012 15:40




Merci de ce beau texte il est indéniable que la condition de bête pensante nous oblige à mesurer la fragilité de nos prétentions. Que reste-il de nos rêves, laisserons-nous autre chose qu’une
phrase ou qu’un silence évanoui dans le cosmodrome de la pensée universelle ?




lutin 25/11/2012 17:31


Je ne vois plus mon texte, ah le vent que ne fait-il pas.

lutin 25/11/2012 17:28


Beaucoup d'émotion, merci pour ce beau texte qui me fait penser à celui que j'avais écrit il y a quelques années,


 


Il en tomba combien dans cet abîme
Et je disparaîtrai un jour dans le silence
De ce monde, c’est certain

Il en tomba combien dans cet abîme
Le vert de mes yeux, l’éclat de mes cheveux
S’éteindront au fil du temps

Il en tomba combien dans cet abîme
Dans ma chute se figeront les souvenirs
De ma vie resteront les images

De ce monde, c’est certain
La vie renaîtra
Et tout sera comme si je n’avais pas existé

Dans ce monde, c’est certain
J’aimerais laisser mon empreinte
Le vert de mes yeux, le son de ma voix

Vous qui m’aimez
Ecoutez-moi !
Il faut m’aimer encore du fait que je mourrai

Entendez mes cris du silence !
L’écho de ma chute où l’abîme m’entraîne


 


lutin  

gazou 22/11/2012 18:51


quel très beau texte !  Il est très émouvant et nous porte à la réflexion


Nous partirons tous, un jour, on ne sait quand


et il faut s'y préparer..pour pouvoir partir en beauté...et pour mieux jouir de la vie tant qu'elle est là


Mais le départ,parfois, est moins proche qu'on ne le croit...merci encore pour ce beau poème

Cheval fou (Sananes) 28/11/2012 15:42




Non, Gazou, c’est moi qui vous remercie de ces mots, qui laissent entrevoir que l’homme n’a d’autre voyage que celui d’une quête où il se doit de trouver son humanité, avant le grand aléa (ou le
grand aller à ?)



Amitiés



jms



Chantal 21/11/2012 19:18


Hé hé mon cher Jean-Mi, tu ramènes à ma mémoire une certaine Chantal qui, en juin 1989,  a été opérée d'une anomalie génétique/ ASCDRO (artère sous-clavière droite rétro
oesaphagienne) qui était, semble-t-il, la raison d'une dysphagie de Lusoria (très rare). Woua comme c'est poétique et singulier cette bête-là! Ce n'était pas une maladie, mais un branchement
singulier d'artère qui faisait un oesophage en baïonnette... Je crois que c'est ce qui fait cette Chantal rare, d'ailleurs.De part cette rareté, la Chantal a pioché le lancet proposé par le Pr.
Andreassian qui n'en avait opérée qu'une dans toute sa carrière illustre, elle s'est crue à sa dernière heure. Alors Chantal a écrit une lettre à ses enfants qui disaient en moins bien
quelque chose comme ce beau texte  que tu viens de livrer. Cette Chantal que tu as soutenue en d'autres temps sévères dans un environnement redoutable et  malsain, où si l'on ne
 meurt pas,  on en renaît en LACHANT PRISE face à l'inéluctable et merveilleuse responsabilisation de soi.


Oui, rendre grâce, accepter contempler, recevoir les signes et vivre. Ton texte est superbe. Bises. 


 


 


 

Cheval fou (Sananes) 28/11/2012 15:44




Merci de ton mot Chantal



Je crois que ce qui fait une communauté en écriture et plus spécialement autour de l’écriture poétique est dans cette universalité de ce que certains appellent l’âme et que je crois être
l’universelle conscience mue par des mécanismes d’identification naturels. Il est difficile d’aimer sans se reconnaitre en l’autre. Nous sommes 8 milliards de semblables qui se perdent à chercher
leurs dissemblances…. (Mais pas nous !)



Amitiés



jms