Jean-Marc La Frenière

Publié le par Jean-Michel Sananès

Nous venons tous d'ailleurs

Nous venons tous d’ailleurs. Notre naissance est un exil. Je redemande la mise en chair. Les mots sont à la fois mes racines et ma terre. Il en faudra des phrases pour rattraper l’oiseau, pour signer l’arc-en-ciel, pour colorer la nuit, pour atteindre les feuilles. Si la vie est un mur, nous en ferons des portes. Si on ferme les portes, nous arracherons les gonds. Il y a trop de chaises vides à la table du partage. Il y a trop de choses vaines qui encombrent la route. Tous les grands mots finissent en discours de marchands, l’espoir en comprimés, le rêve en compromis, les bisons sur la table, la parole sur la dèche, l’infini sur la paille. Tous les oiseaux s’enfuient dans les villes incendiées. Tous les enfants s’ennuient qu’on habille en adultes. Le commerce rumine comme une vache à lait accouchant d’un veau d’or. Où l’homme se prosterne, les herbes se relèvent. J’écris à bout portant. Je taille la ligne droite à grands coups de mots nus. Je donne à mon crayon le visage des hommes.

Jean-Marc La Frenière, Prose

Publié dans Ils disent

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