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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

J’ai l’œuf (Petit délire de Pâques )

12 Avril 2009, 15:21pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

À peine sorti de mon œuf

j’ai habité les cieux dans cette constante du bonheur

où il n’y a jamais ni rires ni larmes

j’ai habité où l’œuf du serpent n’a pas sa place

où l'on a expulsé l’œuf du désir et Eve aux cheveux d’ange.   

 

Là, il n'y a plus rien, que du bleu

plus rien que du bleu, du vieux et rien de neuf

Là, Dieu met ses œufs dans un même panier

Parmi les saints, jouer n’est pas un jeu.

 

À peine sorti de mon œuf, j’ai habité les cieux

partout des colombes et des poules aux œufs d’or

partout et toujours des poules qui ne font que des œufs

des œufs coques, des œufs durs, des œufs mollets

des œufs à cheval, des œufs battus

des œufs entiers, des œufs brisés sur des crânes d’œufs.

L’œuf du malheur dans le ventre vide

l’œuf du destin sur la conscience oubliée

des œufs toujours des œufs et encore des œufs.

 

J’ai habité un ailleurs au pays des Merveilleux

où il n’y a aucune frontière entre la grisaille et les cieux

aucune douleur entre l’œuf et le poussin

où il n’y a ni rires ni larmes

où il n’y a rien de joyeux, rien de belliqueux

rien de juste, rien de mauvais, et toujours de quoi n'avoir ni faim ni froid.

Aucune place pour le désir

juste le rêve linéaire et juste de quoi toujours avoir l’œuf

du bleu du bleu du bleu et l’œuf

et jamais rien de mieux et jamais rien de pire.

 

Au matin, comme l’on fuit, en marchant sur des œufs

sans briser sa coquille, sans casser d’œufs

 je suis parti loin des anges et des dieux.

 

On m’avait dit "En bas, la vie ce n’est pas un jeu"

là où tu vas, même les poules ont les dents si longues

qu’elles tondraient les œufs pour avoir du blé

En bas, on ne peut avancer sans casser des œufs

Là où tu vas, on vole un boeuf aussi facilement qu’un œuf

En bas, ne mets jamais tous tes œufs dans le même panier.

 

Tous les œufs sont cassés, ma coquille est brisée

maintenant je suis né, Pâques est passé

j’ai des tristesses et du malheur à en être plein comme un œuf

chaque jour j’ai des colères que j’étouffe dans l'œuf

je ne fais pas de miracles, ne sortirai pas un lapin de l’œuf

les saints, les anges ont déserté mes cieux

je regarde le monde droit dans les yeux 

et je lui dis : "vas te faire cuire un œuf !".

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

Commenter cet article

colette 16/04/2009 10:42

te souviens-tu quand, à nos oreilles d'enfants encore heureux,  Salvador chantait"va t'faire un oeuf..."t'en souviens-tu frère de plume ?

Cheval fou 16/04/2009 12:18



Il semble que nous ayons été à la même école, je m’en souviens tout aussi bien que je me souviens des lumières aux yeux de mes cousines à pâque et à noël, c’était hier.


jm