Le vieux fusil

Publié le par Cheval fou

.../... 

Quand j’étais jeune, un vieux fusil sur le mur, pendait. Des photos, sur la commode, agitaient la mémoire de Grand-père. Il mâchonnait du gris. Il disait : «dans la guerre qu’anges et démons se livrent, chacun croit que l’autre incarne le mal.  Rien de tout cela n’est vrai, ce n’est qu’un jeu de miroirs inversés. Personne ne connaît rien à Dieu. Dieu, c’est la somme des douleurs et des joies de l’univers. Le bilan est mauvais. Combien de larmes pour un ventre satisfait ou un rire de bébé. Il faut être bête comme un homme pour croire qu’il connaît la création et les desseins du Créateur. Dieu ne tient pas plus dans la tête d’une alouette que dans celle d’un homme».

Grand-père parlait de son expérience. Il aimait à répéter : “j’ai vu grandir la fleur, et l’oiseau l’a mangée, j’ai vu voler l’oiseau et le chasseur a tiré. J’ai vu grandir la peur, et personne jamais ne l’a arrêtée”.

Parfois, quand le vin avait un peu trop coulé, Grand-père allait plus loin, jusqu’au point 17 de sa jeunesse. Il avait été soldat, là-bas, en France.

Pour Grand-père il n’y avait pas d’ennemi, seulement un regard différent sur l’autre. “L’autre coté du miroir ment toujours”, disait-il.

Quand j’étais enfant, Grand-père nous apprenait la vie. Moi Manuel, je jouais, nous ne connaissions pas la Guardia, le futur se dessinait dans les contours d’une école aux toits rouges.

JMS - Extrait de : "Le jardin des diagonales" (roman à paraître)

Publié dans Textes de JMS

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
Bonjour, bravo pour ce blog et cet article en particulier. Pascal Djemaa.pascaldjemaa.over-blog.fr
Répondre
D
Et si nous prenions le temps de "regarder les fleurs grandir"..Alors peut-être pourrons-nous, un jour nous aussi, les raconter...
Répondre
A
moi c'est mon père qui me racontait la guerre... et il mimait tout... et il rejouait ce qu'il avait vécu... Seigneur! comme j'aime ce que tu écris! et comme tu l'écris... à chaque fois cela me fait remonter quelque chose en moi, quelque chose que je croyais avoir oublié...  Beaucoup d'émotions ce soir.
Répondre
C
"là-bas, en France" eh oui tu te souviens quans nous disions cela ???
Répondre
U
Le film de Robert Enrico n'est pas loin...
Répondre
G
Voilà un grand-père qui a fait oeuvre de transmission
Répondre