Je suis triste

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Je suis triste.
D'une tristesse lente et vanillée,
triste à ne pas en mourir
et la voix de Ferré me comble.

Je suis l'âme d'un voilier en bout de monde,
d'un voilier qui sait la frontière noire et la latitude
où la mer démonte ses vagues à larmes.

Je sais les brisants et les caps d'espérance,
je suis le brin de sel dans la soupe d'amers,
le monde a mal et n'a pas de frontière,
je farfouille dans le crissement du siècle
à écouter pleurer les hommes.
Combien de larmes pour faire une mer ?

Femmes, vous êtes coupables
de donner la vie à qui la détruit,  
hommes, vous êtes coupables
d'intelligence dans l'art de convoiter,    
combien de douleur dans le ventre vide
d'un bébé qui meurt affamé ?
Vous voulez l'ocre et le soleil,                                          
la faim et le pain de l'autre,
les médailles des champs de déshonneurs
vous enlaidissent et me font horreur.
Combien de balles pour un orphelin, pour une veuve ?

Je suis triste.
Si triste que la voix de Ferré me comble,
le silence de la mer fracasse des odeurs d'absence,
l'humain a perdu son prochain.


Passager des solitudes,
il erre oubliant le chant des âmes.

Il y a longtemps,
j'ai perdu mon âge et épousé une peur d'enfant seul,
seul dans le fracas moqueur  
des sarcasmes du Maître qui le questionne
sur tout ce qui fractionne le monde,
les acres, les hectares, les savoirs, les pays, les frontières.
Ne sait-il pas que la règle-loi
isole la joie pour muscler la solitude ?

Sous son regard,
des yeux de môme fuient,
franchissent les fenêtres
pour apercevoir les vieux platanes
balafrés de cœurs gravés dans une écorce innocente.
Es-tu là ? demande l'instituteur ?

Oui, il faut "Être"
pour savoir qu'encore le jour revient
que le cauchemar n'est rien d'autre qu'une absence de soi,
l'enfant veut des ailes plus hautes que le ciel,
avec des joies d'oiseaux,
des rires de cours d'école aux bonnets d'ânes éradiqués,
apprenez-moi l'en-vie demande-t-il,
apprenez-moi le rêve,
oubliez la règle de trois, la fraction et ce qui divise,
le monde a mal et n'a pas de frontière,
apprenez-moi à être un en nous,
apprenez-moi l'humain
apprenez-moi la vie,
et le chemin sans piège qui ouvre les lendemains.

JMS

Dessin sur nappe Café le tube JMS 1981

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