Parfois, le rêve s'éveille

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Parfois, le rêve s'éveille jusqu'au matin.
Hier, j'y ai rencontré Van Gogh
mais, déjà je l'avais croisé
alors qu'il s'éternisait, en noir et blanc,
sur une vieille photo.
Et déjà, il se ressemblait beaucoup,
aussi n'ai-je pas été surpris.
 
Tous deux,
Comme si nous nous étions de toujours connus,
nous sommes partis
loin du siècle,
de ses imposteurs et de ses frayeurs.
Partis,                        
de l'encre jaune et des corbeaux sous le bras.
 
Entre avril et le mal de vivre,
nous avons croisé mai
dans le tue-tête d'un soleil
chantant le printemps à l'oreille de Vincent.
Moi, d'un œil, j'écoutais l'horizon
faire tourner l'heure, les moulins,
et la terre se faire noire
dans une ivresse
où l'encre et le pinceau brassaient le ciel et la lune.
 
Dans les silences de la vigilance,
un vieux hussard acharné et son palefrenier,
bon pied mais mauvais œil,
avançaient sur la route de Waterloo
là où le vivre mal et la mort faisaient leurs fêtes.
 
Depuis trop longtemps, au quadrille des vanités,
les hommes étaient allés, tambours battants,
si loin dans le plaisir d'être grands,
qu'à vouloir s'en expliquer, ils s'étaient perdus !
 
Mais, n'était-ce pas aussi parce qu'entre chien et loup
on ne reconnaît plus les siens ?
N’était-ce pas aussi qu'à prêter son oreille au chat,
on écoute les souris ?
Et qu'à montrer patte trop blanche à la chance,
parfois les portes se ferment
comme des promesses oubliées ?
 
Parfois, le rêve se couche au matin,
laissant traîner des mots tout aussi fluides
que ces larmes qui du ciel tombent
comme hallebardes et averses,
nous laissant dire que, même mélangé à l’eau,
le ciel reste lourd.
 
Van Gogh est parti,
le silence me revient comme une solitude,
immense.

Parfois, Dieu me manque un peu.

JMS

Van Gogh : Champ de blé aux corbeaux

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