La langue des oiseaux

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

L'alphabet de la nuit résonne comme un chant de voyelles et consonnes stellaires, il est d'étoiles de lunes et de pensées égarées, de piétinements de mille-pattes, de gazouillis de nourrissons et d'oiseaux toujours en quête de leurs chants.
Aux matins des idolâtres, loin des coronavirus et des temps qui courent, chaque vibration est une musique perdue dans une magie inlassable qui cherche ses lendemains.
Les dictionnaires d'oubli s'éventent comme des mots arrachés et jetés aux immensités des millénaires. L'architecte du verbe compose des symphonies hétéroclites où les écrits perdent leur sens quand un chant de cigale déchire la nuit, quand une trompette trace un sillage de cuivre dans un ciel sans frontière.
J'entends battre les Tambours du Burundi, le Te deum de Marc Antoine Charpentier, et tous les oratorios qui dressent le frisson sur la peau des hommes.
Loin des dictionnaires, l'internationale des ressentis calligraphie des hiéroglyphes sonores et des tonalités graphiques. Partout au royaume neuronique, des silences sans noms et sans visages peuplent le ciel de pluies de mots qui ressemblent à des mésanges aux cris de joie jaunes ou à des oiseaux de proie prêts à défenestrer la larme. L'incommensurable polymorphe des ressentis, sans cesse, réinvente l'univers.
Un automne de feuilles au vent transporte des carrés de sourire et quelques coudées d'une rosée joyeuse en attente d'avenir. Tous en parlent, mais bonheur et tristesse résonnent dans l'in-décrypté. Aucun terme n'existe pour en dire l'épaisseur. Les firmaments étonnés glissent sur des cristaux d'infini. Aucune main n'agrippe l'éternité, pourtant, chaque jour, un merle redessine un horizon sonore, invite le silence à se taire. Un monde de cerfs, de biches, de chevreuils, de rongeurs, d'insectes, éblouis, écoute ce flot d'appels liquéfiés qui parle à chacun.                               
Le bruit n'existe pas quand l'âme de l'univers adresse ses messages. Mozart, de Falla, et le rossignol, parlent une langue étrangère à la barbarie.
Enfant, j'écoutais le langage de la mer, puissant comme l'écho du Big-Bang, je buvais la couleur des crépuscules comme on boit la tristesse des âmes, l'or des matins comme on déguste une pépite de joie. À pleine oreille, je croquais des piaillements de moineaux et des rires de soleil.
Comment ne pas concevoir qu'une langue originelle longe et berce l'incalculable ?
J'ai vu des langueurs de plantes épouser le soleil, un chat blessé pleurer comme un enfant, la danseuse s'élever comme une étoile. J'ai vu le mouvement circulaire du volubilis à l'appel de  la lumière, et ce qui habitait hors des mots.
Nous nous sommes enfermés dans une arithmétique des vocables qui oublie les langages intuitifs non codifiés, pourtant immensément plus larges et profondément ancrés dans des symbioses d'univers de couleurs et de musiques. Chaque perception, si subtile ou secrète qu'elle soit, invite à entrer dans une dimension à la taille du mystère de la vie. Le rouge-gorge, le hamster, les lichens et la pierre, le savent !
L'homme a perdu son lien au cosmique. Depuis le premier matin du monde, il court sans avoir compris qu'il n'est qu'une étincelle de vie. Il se croit immortel et pense perdurer en s'attachant à des parts de matière et au pouvoir de paraître. L'homme ne possédera jamais plus que son enveloppe.  Écrire son nom, le graver sur le marbre, n'entamera pas sa fusion au territoire de l'oubli.
Tout comme nos frères de tout poil, de toute écorce, de toute plume, nous sommes les enfants de l'univers. Toute appropriation est un détournement, une captation de cet infini qui appartient à tous.
Amibes, poissons, dinosaures, et peuples disparus, le savent bien, la vie un jour s'évaporera comme une larme oubliée sur un tic-tac d'horloge. Sur les routes du vivant, nos baluchons de savoir, de désespoir et d'amour, partiront comme meurent les étoiles.
Dans l'immatérialité du Temps nous sommes les notes égarées d'une symphonie galactique où nos images voyagent dans le train des années-lumière.
Un jour nous renaîtrons d'un regard d'ailleurs. La plante le sait, elle qui chaque jour projette ses graines au vent.
Nous sommes tous du même voyage dans l'essentiel message du vivant : l'amour et la compassion illimités.
La colombe, l'étoile, et l'enfant, le savent bien.

jms 7/03/2021

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D
Merci pour ce joli texte
et bravo pour cette riche écriture
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