Le grain

Publié le par la freniere

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Je détestais l’école, mais j’adorais les livres. Je suis devenu autodidacte par la force des choses. On n’a pas besoin d’un diplôme pour écrire. On enseigne la création dans certaines universités. Ça fait des critiques et des poètes qui se lisent entre eux, mais que personne ne comprend. Mes seuls papiers sont des pages blanches. J’y mets ce que je veux. Je n’ai jamais eu la tête de l’emploi. J’ai la tête d’un arbre, une cervelle d’oiseau, des bras de fleuve. Je lis comme au début. Je mélange le bon grain et l’ivraie, la lavande et l’ortie, la lavande pour son parfum, l’ortie pour la délicatesse de sa fleur.

Il y a des rides derrière les masques, les traces d’une blessure ancienne, l’ombilic sur un ventre, la cicatrice d’un fœtus, une vieille tendresse. Une énergie est là, une communion entre les gens. Dès le premier mot, j’entends la langue de ma mère. J’entends sa voix dès la première note. J’habite sa voix, le souffle de sa voix. Je trouve le germe dans le grain, la mélodie entre les mots. Je traverse en chantant une vallée muette.

Plus que du sang et des entrailles, le corps de l’homme est une âme. On baise avec son corps. On fait l’amour avec son cœur. L’homme se ferme dans la femme comme l’argile dans le feu, la main à la roue, la roue sur le chemin. Je n’ai pas l’âge du temps. J’ai celui des mots. J’ai faim, j’ai soif et j’ai des yeux. J’ai une bouche pour parler et des mains pour donner. Le matin, les rêves sont pressés d’abandonner les draps. Les pieds veulent des pas. Les pas veulent des routes. Il faut que l’amour glisse du cœur à la main, du corps à l’âme. Le ciel mêle sa pluie à la boue de la terre, la fontaine à la soif des hommes, le pain au four qu’on allume.

 

Jean-Marc La Frenière

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