Il est des enfants qui naissent si vieux

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Il est des enfants qui naissent si vieux qu'aux premières violences ils savent. Il ne leur faudra rien exiger de l'impossible.
Si vieux qu'ils sont fils du tumulte et des larmes des mères, des hurlements du père.
Si vieux qu'ils savent tout de la soupe et la maison froides.
Respirer, regarder le ciel est leur royaume. L’espoir est leur seul luxe.
Apprendre l'envie de vivre est leur seul combat.
J’en ai vu de ces enfants à l'orée des villes, les yeux et le nez collés aux vitrines de l'inaccessible.
J'ai vu ceux qui se nourrissaient de haine et ceux qui attendaient la voix qui leur dirait que le bonheur est un dû.
J'ai vu ceux qui, dans le silence, allaient mourir en eux d'une douce résignation.
J'ai vu les désabusés, les exploités, les enfants vendus et la vie trahie.
J'ai vu, et je n'avais que des mots à jeter sur un papier et un cœur indomptable nourri de la douleur d'être homme quand les dieux fréquentent l’indifférence.
Pourtant, si je ne suis pas en panne d'espoir, je ne veux rien de ce que l'argent achète.
Je ne veux rien que d'être au monde, dans le vivant, riche de la folie de croire qu'une simple plume pourrait sauver la vie.
J'habite un silence empli de toutes les musiques du monde, de l’insecte, de l’arbre, de l'oiseau, de l’homme et de ceux que j'aime.
Je porte en moi, comme une prière, cette extravagance de croire que toutes voix venues de l'amour comptent pour changer le monde.
Si d’aventure, avant que ne vienne l'épuisement du jour, me venait l'assèchement de l'espoir, avec larmes et rires sur mes épaules étroites, je garderais une provision de tendresse à partager et, au cœur, l'inextinguible nécessité de laisser courir le poème sur les pages blanches de ma vie.

Avec, pour seule richesse, de faire au mieux.

jms 2/12/19

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