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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Si le temps venait

17 Juillet 2017, 07:59am

Publié par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À toi passé, cette chambre d'enfant

et cette carte, laissée là-bas, couverte de petits drapeaux,

portant au mur l'adresse de mes amis,

à toi ma blessure, cette maison où je n'ai pas pu retourner.

 

À toi, l'exil, ce ciel et ces palmiers qui ont porté mon ciel,

à toi, la pierre noire si souvent posée sur tant de rêves,

et à tous ceux qui les ont contrariés,

cette mémoire qui ne sait pas s'éteindre.

 

À toi ma mère, à toi mon père,

à vos attentes que je n'ai pas su honorer,

à toi mon chat qui clopine sur trois pattes,

et à tout ce que je n'ai pas sauvé

 

À toi ma femme, à toi mon cœur, et à tous ses habitants,

à la vie et ses enfants du vent, ceux du bonheur,

à ceux de la rue, à l'herbe qui résiste dans les fissures du goudron,

aux oiseaux de soif, au vieillard qui part, au prochain grain de blé

 

À ceux que j'ai blessés, aux mille rêves que j'ai fermés,

aux routes que je n'ai pas prises,

pardonnez ce petit homme échevelé

Qui rêvait trop haut, mais était parmi vous.

 

À tous, inoubliés du jardin des consciences, si je ne revenais pas,

si jamais, dans l'infini, nous ne devions plus nous revoir,

s'il arrivait ce temps des transparences et du cri muet,

à jamais je vous garderais dans mes rêves.

 

À toi l'Inachevé, aux promesses perdues oubliées,

à tout ce que j'aime que j'aurais voulu protéger,

aux étoiles et aux enfants qui viennent,

s'il me fallait partir, je vous laisserais ma tendresse forteresse.

 

À l'éternité, au souffle millénaire où sont restés les miens,

à vous frères du vivant, fils des maisons de chair que la vie nous confie, 

fils des maisons d'eau qui font les océans, à l'atome retourné à l'infini,

je dis : nous sommes le corps de la vie.

 

À vous peuples des larmes disparues et du futur à naître,

je demanderais de pardonner, d'aimer,

plus grand que la vie, plus grand que le passé et le futur,

de vous aimer, aussi grand que vous-mêmes.

 

Car, ensemble, nous sommes la seule espérance.

 

JMS

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