La radio crépite

Publié le par Cheval fou (Sananes)

La radio crépite
Il y a un cri de mémoire froissé
Mes certitudes sont ébréchées
Je suis déconcerté
Il y a quelque chose dans l'air
Une odeur
Un rien
Le grincement pathétique d'un phoque qui fait le beau sur ordonnance
Quand le public applaudit alors que la banquise est loin
Si loin que l'espoir en semble infiniment petit
Je le vois ce phoque à vie loupée
Je le vois de l’intérieur ce loup-foque qui me ressemble
Je le vois avec ce qu’il enferme de silence
Sa banquise est faite de non-dits qui grandissent plus vite que ses cris.
 
Ne vois-tu rien ?
Suis-je vraiment seul à sentir
Que la quiétude s'inquiète à se demander
A quoi pensent les silences
N’entends-tu rien ?
 
Sans haut-parleur et sans phares
Je m’appelle dans un miroir
Où se perdent les mille êtres que je voulais être
Mon nom n'est qu'un écho vide qui n'a pas de nom
Je suis une multitude d’autres où je n’habite plus
Je devrais nous convoquer 

Nous nous rencontrerions tous dans le cri blanc des âmes
Chacun parlerait de ses rêves et de ses peurs
De la vieille école de la rue Marceau
Où nous pensions avoir rendez-vous avec la vie.

Quelque part quelque chose d'effrayant court
Est-ce l'avenir ou le silence qui s'embusque ?
Ne vois-tu pas qu’il m'arrive d'avoir peur de la peur
Et même de l'inconscience du courage
Ne sais-tu pas
Que la vie se prend parfois les pieds dans l’escalier du doute ?
Ne sais-tu pas  
Que parfois on se prend à ne même plus vouloir être qui l'on voulait être ?
 
Pourtant, j'étais ici venu avec l'espérance d’un éclat de rire au soleil
Gai et pétillant comme une bulle de savon
Coincée dans le regard d’un écolier qui regarderait par la fenêtre
Quand l'addition est sur la table et sa liberté dehors
Faut-il jeter le stylo et l'encre, le cri et la parole ?
Parfois j'ai envie de dégainer, de crier, de marcher dans la pluie
De me vautrer dans le ciel, de cesser de ne pas rire.
 
Quand je me parle les mots s'insurgent
Ce matin, ils hurlaient :
Il faut déclarer que l'intelligence est morte le jour où est née l'envie
Il nous faut courir moins vite pour être quelque part

Mais la vitesse
Qui donc contrôle la vitesse ?
 
Les doigts coincés dans le calendrier
Je crie que le monde est fou
Et toi, mon enfant, ma fille, mon fils, prends garde à toi
Si tu ne le sais pas encore, tu es dans le collimateur de mon amour.

Qui es-Tu ?
Où es-Tu,  que je n’attends plus ?
Le monde tourne comme une toupie en vrille
La radio remonte un cri de mémoire froissé
Et des joies d’étrangleurs
Mes certitudes sont ébréchées
Le monde est en marche
Et il tourne sans Toi
Cache-Toi comme le soleil quand la lune rayonne
Cache-Toi comme mon chat quand il s'émeut
À voir les souris grignoter des rires d’enfants
Où es-Tu quand les pluies sont grises
Où es-Tu quand les enfants espèrent ?
 
Les enfants me poussent
Pourtant, j’ai caché ma dent sous l’oreiller
J’ai fait un vœu et des rêves de loukoum
J’ai regardé plus loin que les mirages
Je n’ai rien trouvé qui vole aussi haut que l’espoir
Il y a un quelque chose dans l’air
Une frayeur éveillée, un frisson
Les heures tournent
Cache-moi mon fils, cache-moi ma fille, j'ai peur
J'ai peur d'avoir encore envie de vivre
Encore mes vingt ans grincent
Comme le manque et le miel au désir de l’affamé.
 
Chaque soir éloigne tant d’avenirs
Que je pars loin de moi
Je suis hors de moi, on me croit ailleurs
Je suis allé si loin que je me suis perdu    
Je ne cours plus dans ma tête
Je vis sous un cheveu qui tombe
J’habite un cri qui martèle de lancinantes vérités
Qu'on se le dise, il y a péril à suivre ses rêves
Les grands rêves vont trop loin
J’arpente le naufrage, je n'ai plus de voile
Mon bateau prend l'eau de nulle part
Je dérive
Je cherche
Il y a ce quelque chose dans l'air
Cette odeur de bruit qui court comme un vieux qui part
Il y a ce rien de jeunesse qui ne trouve plus ses goguettes
Et ces quelques mots pathétiques qui grincent aux rires de la déraison.

 

JMS

Publié dans JMS - A paraître

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