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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Ça y est, c’est décidé !

15 Septembre 2015, 15:07pm

Publié par Cheval fou (Sananes)

Ça y est, c’est décidé, jusqu’à présent je me posais des questions sur l’avenir, je veux dire le Grand Avenir, avec un changement radical. Celui qui appelle à la Sagesse majuscule, celle qui fait que toute protestation est inutile.
La fin des rébellions jusque-là posait problème, mais c’est décidé, je veux mourir en bonne santé, dans mon sommeil. Je ne veux pas de l’accouchement des chrysalides, celles qui mettent des heures à sortir de leur scaphandre. Non, je ne veux pas de longues transitions. Je veux mourir net, court, et de préférence sans m’en rendre compte, et si une fois parti, personne ne m’en informe, tant pis.
L’option, t’es là, clic t’es plus là, me convient parfaitement.
Surtout, je détesterais l’option "La Mama" avec tout le monde autour de moi, et l’odeur de la cuisine pour un repas où je ne serais pas invité, et ceux qui forcent la dose. Le lacrymal trop abondant me perturbe, trop parcimonieux il m’interroge, me fait supputer.
Supputer ! Un bien drôle de mot, pourtant si bien approprié à mon propos…
Eh oui ! À observer la pleureuse aux yeux trop cernés de rimmel, je suppute. Elle force la note, elle est au crescendo dell’arte. Cette jolie garce fait mine de ressentir mon départ comme insupportable, alors qu’il a cinq ans que je ne l’ai pas vue.
Et il y a celle qui regarde sa montre. Et l’autre qui a posé un congé de 24 heures ! Si je ne me presse pas, ils vont louper leur train !
J’avais pourtant décidé de partir dans l’incognito des douleurs et des regrets, je voudrais bien me pincer pour en être sûr, j’ai dû louper mon départ. Je suis encore là, une pluie retenue m’enchaîne, filtre des images d’oiseaux, et des musiques de mots, de regards inquiets et de corps où s’embusquent des enfants grandis, des amis vieillis et des êtres que j’ai aimés. Ce n’est pas la taille et le cri des déchirures, pas plus que le faste des faux-semblants qui font la valeur d’une vie. Tout est joué. Trop tard pour me pavaner dans mes vanités ou me vautrer dans mes désillusions. Je suis un homme raisonnable et puis, c’est décidé, je veux mourir sans passion ni révolte, dans le calme rassurant d’une cellule de moine, dans la pâleur d’une conscience qui ignore tous ses silences. Je vous vois et je suis là, à savoir mon impuissance à veiller sur vous, mon impuissance à ne pas pouvoir réveiller le temps de faire et de dire.
Dans la pénombre, un ami à temps partiel, patient, cloué à ses chaussures comme un poisson rouge à qui on a dérobé son eau, me regarde en mâchonnant. Lui aussi suppute et se dit que si j’avais fait autrement, si je l’avais écouté, j’aurais pu réussir ma vie, et ça l’attriste. Ce mufle n’est venu assister que celui qu’il aurait voulu que je sois.
Mais je suis moi, avec ce qu’il me reste de cheveux, de rêves en partances, de gras sur le lard, d’arthrose, de mots perdus aux dictionnaires des ambitions, de poèmes brisés sur des papiers froissés, avec ce qu’il me reste d’envie de vous vouloir humains et tendres, mes amours, à vous vouloir heureux et en vie. Encore je suis moi avec ce qu’il me reste de compassion et d’amour pour ceux qui restent. Mais rien ne change, c’est décidé, je veux mourir en bonne santé…

Mais rien ne presse, j’attendrai.

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